03. Le sommeil du Chabbat

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Parmi les éléments du ‘oneg Chabbat (la délectation sabbatique), se trouve le fait de dormir paisiblement. Nos maîtres ont dit : « Le sommeil du Chabbat est un délice. » Mais il n’est pas juste de dormir, le Chabbat, dans le but de pouvoir mieux travailler à l’issue de ce jour ; en effet, ce faisant, on abaisserait le Chabbat à un rang inférieur à celui des jours ouvrables. On ne dormira pas non plus le Chabbat dans le but d’étudier à l’issue de ce jour, car on perdrait par là le bénéfice des heures saintes qu’offre le Chabbat, durant lesquelles l’étude est plus importante que celle que l’on mène durant les jours de semaine (Ben Ich ‘Haï, deuxième année ; dans son introduction à l’Exode, l’auteur écrit, se fondant sur les maîtres de la Kabbale, que l’étude du Chabbat agit mille fois plus que celle des jours de semaine ; cf. ci-après, chap. 22 § 15).

De même, il ne convient pas de travailler davantage le jeudi et le vendredi, en prévoyant de rattraper pendant Chabbat les heures de sommeil manquantes. Au contraire : c’est une mitsva que de se préparer pendant les jours de semaine au Chabbat, d’accommoder pendant les jours de semaine les mets de Chabbat, de nettoyer la maison, de lessiver les vêtements, de laver son corps. Il est évident que, parmi les préparatifs de Chabbat, se trouve le fait d’arriver frais et dispos ce jour-là, et non affaibli, afin de pouvoir se concentrer dans son étude, prier avec kavana[c], et savourer les repas comme il convient. Ce n’est qu’a posteriori, dans un cas de force majeure où l’on s’est trouvé contraint de travailler plus que d’habitude le jeudi et le vendredi, au point d’arriver fatigué le jour de Chabbat, qu’il devient permis de compenser pendant ce jour des heures de sommeil manquantes ; mais il est interdit de programmer cela a priori. Quand nos maîtres disent que le sommeil du Chabbat est un délice, cela signifie que, si l’on a l’habitude de dormir environ sept heures, on en dormira environ huit pendant Chabbat, afin d’être plus serein et plus reposé, mais le propos n’est pas, à Dieu ne plaise, que les Juifs transforment le Chabbat en servante des jours profanes, et qu’ils y rattrapent les heures de sommeil qui leur manquaient durant la semaine.

Concernant la sieste des hommes, il y a différents usages. Selon Maïmonide, les justes de jadis avaient coutume de se lever tôt le matin, faisaient l’office de Cha’harit et de Moussaf, prenaient ensuite chez eux le deuxième repas de Chabbat, puis se rendaient à la maison d’étude où ils étudiaient sans interruption jusqu’aux abords du soir. Ils faisaient alors la prière de Min’ha, puis prenaient leur troisième repas jusqu’à la tombée de la nuit (Chabbat 30, 10). Selon d’autres décisionnaires, si l’on a l’habitude de faire une sieste le midi, on n’annulera pas ce temps de sommeil, car le sommeil, lui aussi, fait partie des délices sabbatiques (Tour 290). Simplement, il faut bien entendu veiller à ce que le sommeil ne soit pas si long que l’on ne puisse plus consacrer à l’étude le nombre d’heures requis. Nous l’avons vu (§ 1), il faut à tout le moins consacrer six heures à l’étude de la Torah, le Chabbat ; par conséquent, plus on dort à midi, plus il faut ajouter d’heures à l’étude de la nuit, qui se fait à la suite du repas ou avant le lever du jour.

Il faut prendre garde de trop manger lors des repas, car une alimentation exagérée fatigue beaucoup ; de plus, on n’en retire pas de véritable jouissance, car ce n’est que lorsque les mets passent sous le palais que l’on jouit de leur saveur, tandis qu’après le repas, on se sent lourd, fatigué, et assez souvent déprimé. En effet, toutes les ressources corporelles sont mobilisées pour digérer la trop grande quantité de nourriture. Après de telles ingestions, on n’a pas non plus la force de se concentrer dans son étude, ni de tenir une belle et profonde conversation avec les membres de sa famille. Aussi faut-il avoir grand soin de ne pas manger à l’excès, afin que les repas et toutes leurs délices ajoutent énergie et vitalité à l’étude de la Torah. Si l’on éprouve de toute façon de la fatigue à la suite d’un repas, on dormira un peu après celui-ci, et l’on se lèvera énergiquement pour étudier la Torah.


[c] Attention, orientation de la pensée sur le sens des mots que l’on prononce.

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