14. Qabbalat Chabbat et autres ajouts à la prière

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Il y a plus de quatre cents ans, les kabbalistes de Safed ont initié l’usage de réciter des cantiques et des poèmes pour accueillir le Chabbat. Or, dans la mesure où les Juifs, de par le monde, voulurent eux aussi donner expression à l’âme supplémentaire qui les habite dès l’entrée de Chabbat, cette coutume kabbalistique se répandit dans toutes les communautés juives : c’est la prière dite de Qabbalat Chabbat (accueil du Chabbat). À cette époque, vivait Rabbi Chelomo Alkabets, l’auteur du merveilleux poème Lekha Dodi (« Va, fiancé, au-devant de ta fiancée… »), que l’on a aujourd’hui coutume de réciter dans toutes les synagogues pour accueillir le Chabbat.

La coutume de Rabbi Isaac Louria était d’accueillir le Chabbat dans les champs ; ses compagnons et lui se tournaient face à l’ouest, là où le soleil se couche, point cardinal qui, aux dires de nos sages, est la direction principale où se dévoile la Présence divine (Baba Batra 25a). La coutume s’est répandue, dans les synagogues, de se tourner du côté ouest quand on récite la dernière strophe du poème Lekha Dodi, strophe où se disent les mots bo-i, kala (« viens, fiancée »). D’après cela, même quand l’entrée de la synagogue est orientée dans une autre direction, on se tourne du côté ouest. D’autres ont coutume de se tourner vers l’entrée de la synagogue, même si cette entrée n’est pas orientée à l’ouest, exprimant en cela que le Chabbat est semblable à un invité, qui entre par la porte[9].

Une coutume très ancienne, qui date de l’époque des Richonim, consiste à réciter avant l’office d’Arvit le deuxième chapitre de la michna Chabbat, « Bamé madliqin » (« Avec quoi allume-t-on les veilleuses de Chabbat ? ») (Choul’han ‘Aroukh 270, 1), à la fin duquel nos sages enseignent : « Il y a trois choses que l’homme doit dire chez lui, le soir de Chabbat, à l’approche du coucher du soleil : “Avez-vous fait les prélèvements ? Avez-vous préparé la jonction des domaines (‘erouv) ? Allumez les veilleuses !” » Dans certaines communautés, on n’a pas l’usage de réciter ce chapitre. Certains ont coutume de réciter un extrait du Zohar ayant pour thème la grandeur du Chabbat (et dont le premier mot est Kegavna).

Depuis l’époque des Richonim, on a pris l’usage d’ajouter des cantiques aux Pessouqé dezimra qui ouvrent l’office de Cha’harit. On a choisi des cantiques qui rappellent la Création du monde et le don de la Torah, car le Chabbat est célébré en souvenir de la Création, et la Torah fut donnée un Chabbat. Avant la bénédiction Yichtaba’h, par laquelle on conclut les Pessouqé dezimra, on intercale l’hymne Nichmat kol ‘haï (« L’âme de tout être vivant bénira ton nom, Eternel, notre Dieu… »), qui contient un rappel de la sortie d’Egypte, car le Chabbat marque le souvenir de la sortie d’Egypte (Tour, Ora’h ‘Haïm 281, Levouch)[10].

Les femmes sont dispensées de la mitsva de prier en minyan et de la récitation des ajouts fixés par nos sages. En revanche, elles sont tenues de réciter les bénédictions matinales (Birkot hacha’har), les bénédictions de la Torah (Birkot ha-Torah) et la ‘Amida de Cha’harit, ainsi que celle de Min’ha ; mais si elles se contentent de ne réciter qu’une ‘Amida par jour, elles sont quittes de leur obligation. A posteriori, les femmes peuvent s’acquitter de leur obligation par la seule lecture des bénédictions matinales et des bénédictions de la Torah (La Prière juive au féminin 2 § 5). Pour celles qui le peuvent, il est bon de se rendre à la synagogue pour la prière du Chabbat (op. cit. 20 § 2).


[9]. Dans certaines communautés séfarades, on a coutume de se tourner vers l’ouest quand on dit Mizmor lé-David (Cantique de David, Ps 29) et tout le poème Lekha Dodi. La coutume des communautés yéménites et d’une partie des communautés séfarades est de ne se tourner ni vers l’ouest, ni vers l’entrée. Dans toutes les communautés ashkénazes et une partie des séfarades, on ne se retourne que vers la fin de Lekha Dodi, au début de la strophe commençant par Bo-i véchalom. Il n’est pas convenable qu’en un même lieu, une partie des fidèles se tournent vers l’ouest depuis Mizmor lé-David et que les autres ne le fassent qu’à partir de Bo-i véchalom, en raison de l’interdit de lo titgodedou (« Vous ne vous séparerez pas en petits clans »). En revanche, il est admissible que certains fidèles restent assis quand d’autres se lèvent, puisqu’il est fréquent de voir une partie de l’assemblée assise et une autre debout.

[10]. De prime abord, il y a lieu de s’interroger : au traité Berakhot (21a), on dit que, pour l’honneur du Chabbat, nos sages n’ont pas voulu peser sur le public en exigeant que fussent dites les treize bénédictions centrales de la ‘Amida. Comment comprendre que l’on prolonge la prière par l’adjonction de cantiques ? Il faut répondre que ce qu’ont essentiellement visé nos sages, c’est de ne pas peser sur le public en conservant, dans la prière, les requêtes portant sur les affaires profanes, susceptibles de causer du tourment aux fidèles (comme l’expliquent le midrach Tan’houma, Vayéra 1, le Ma’hzor de Vitry 140, Maïmonide, Peer Hador 130, ainsi que nous le rapportons en Har’havot 5, 11, 1). Tandis qu’il est bon et souhaitable de multiplier les louanges.

 

On peut encore dire que nos sages ont voulu abréger la prière pour ménager du temps à l’étude de la Torah et aux délices sabbatiques ; en effet, telle est bien l’orientation du Chabbat que de s’adonner à l’étude de la Torah  au milieu de délices. Mais quand, au fil du temps, les gens étudièrent moins la Torah, les décisionnaires ajoutèrent des cantiques, qui, sous un certain rapport, se rattachent à l’étude de la Torah – à la manière de ce qu’écrit Rachi dans le Séfer Hapardes 174, au sujet des hymnes qui s’ajoutent au rituel des fêtes, et que l’on a fixés là en raison du principe עת לעשות לה’ הפרו תורתך (« Il est temps d’agir pour l’Eternel, car on a transgressé ta Torah »), ces hymnes tenant donc lieu de derachot (homélies rabbiniques).

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