06 – S’interrompre par égard pour un homme important

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Afin d’éviter haine et affronts, les sages ont permis de dire bonjour – alors même que l’on est en train de réciter le Chéma ou ses bénédictions – à une personne à l’endroit de laquelle la politesse oblige d’observer de tels égards. Par conséquent, si l’on se trouve au milieu des bénédictions du Chéma ou au milieu d’un des paragraphes du Chéma, et que l’on aperçoive un homme auquel on est obligé de témoigner de la déférence, comme son père, son Rav ou l’un des grands maîtres de la génération en matière de Torah, on lui adressera son salut. Si l’on aperçoit un homme honorable, tel qu’un érudit (talmid ‘hakham), un homme fortuné ou possédant quelque autre distinction, on ne lui adressera pas son bonjour le premier ; mais si cet homme distingué nous envoie son bonjour, on lui répondra.

Si l’on se trouve entre deux bénédictions ou entre deux paragraphes du Chéma, la règle est plus indulgente, et il devient permis de s’interrompre de sa propre initiative afin de dire bonjour à un homme distingué ; quant à répondre, on peut dans un tel cas rendre son bonjour à tout homme (Choul’han ‘Aroukh 66, 1 ; Michna Beroura et Kaf Ha’haïm). Au milieu du verset Chéma Israël et de la phrase Baroukh chem kevod malkhouto…, on ne s’interrompt pas, à moins qu’une interruption ne soit nécessaire pour sauver une vie humaine.

Les décisionnaires écrivent que, dans la mesure où il est admis, de nos jours, de ne pas s’interrompre au milieu de la prière, les personnalités distinguées elles-mêmes ne se sentent pas offensées par le fait que l’on ne leur adresse pas son bonjour. Dès lors, il n’est plus permis de s’interrompre au cours du Chéma ou de ses bénédictions pour adresser son bonjour à un homme distingué ou à un homme auquel on doit de la déférence (Michna Beroura 66, 2 d’après Séfer Ha’hinoukh). Toutefois, s’il se présente un homme qui ne connaît pas la valeur de la prière, et qui risque d’être offensé si l’on s’abstient de lui répondre, il est permis de lui adresser son bonjour. De même, quand les parents d’un ba’al-techouva[c] ne saisissent pas la valeur de sa prière, le baal-techouva est autorisé à leur dire bonjour, mais il ne leur parlera pas davantage.

On est autorisé à s’interrompre par des paroles, au milieu du Chéma et de ses bénédictions, afin de se mettre à l’abri d’un dommage corporel ou d’une perte pécuniaire. Dans ces différents cas, il est préférable de s’interrompre entre les paragraphes ou entre les bénédictions (voir Béour Halakha 66, 1, passage commençant par O). De même, un Rav auquel est présentée une question urgente peut y répondre, entre les paragraphes ou entre les bénédictions (‘Aroukh Hachoul’han 66, 4).

Si on lit le Chéma et ses bénédictions, et que passe devant soi un érudit, on se lèvera devant lui (Birké Yossef, Yoré Dé’a 244, 1). Toutefois, lorsque l’on reçoit le joug de la royauté du Ciel en récitant le verset Chéma Israël et la phrase Baroukh chem…, il n’y a pas lieu de se lever. On trouve également un avis selon lequel, durant toute la récitation du Chéma, il est préférable de ne pas se lever (Tsits Eliézer 14, 10).

Si l’on voit son prochain transgresser un interdit, alors qu’on est soi-même en train de lire le Chéma et ses bénédictions, on lui fera un signe afin de le détourner de cette transgression. Si l’allusion n’est pas comprise, on s’interrompra par des paroles afin de détourner son prochain de la transgression. En effet, si les sages ont autorisé de s’interrompre au milieu de la lecture du Chéma ou de ses bénédictions en l’honneur d’un être de chair et de sang, à plus forte raison est-ce autorisé en l’honneur du Ciel (Ritva ; Kaf Ha’haïm 66, 7).

Il n’est pas souhaitable de quêter pour la caisse de bienfaisance au milieu des bénédictions du Chéma, afin de ne pas distraire les fidèles de leur kavana. Mais quoi qu’il en soit, si un pauvre honorable demande une tsédaqa (un don), on pourra la lui donner (Halikhot Chelomo 7, 4).


[c]. Ba’al-techouva: « repentant », Juif qui revient à la pratique des mitsvot après en avoir été éloigné.

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