12. Ecraser de la glace pour en faire de l’eau, faire passer une chose de l’état solide à l’état liquide et inversement

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Nos sages interdisent d’écraser de la neige, des grêlons ou de la glace afin d’en faire de l’eau, car cela ressemblerait à un travail : en effet, de cette glace, on créerait de l’eau. Mais il est permis de mettre des glaçons dans de l’eau, glaçons qui fondront d’eux-mêmes : puisque l’on ne fait aucun acte direct en vue de cette transformation, il n’y a pas d’interdit (Chabbat 51b). De même, il est permis de casser de la glace pour mettre les fragments dans un verre ou une carafe – bien que, en se rompant, la glace laisse s’écouler de l’eau –, puisque cet acte ne vise pas à extraire de l’eau de la glace. Il est encore permis de marcher sur la neige, bien que la marche provoque la fonte d’un peu de neige, car l’intention ne porte pas sur cela (Choul’han ‘Aroukh 320, 9-12).

De l’avis d’une partie des Richonim (Térouma, Roch), la raison de l’interdit d’écraser de la glace et d’en faire de l’eau est que, par cela, on fait naître une chose nouvelle, car une matière qui était figée (qarouch) se transforme en liquide. D’après cela, il est également interdit de réchauffer de la nourriture figée et de la changer ainsi en liquide. Mais pour la majorité des décisionnaires, l’interdit d’écraser de la neige ou des grêlons ne s’explique pas par la création d’une chose nouvelle, mais parce que l’écrasement se fait de façon directe, ce qui ressemble au fait de presser des fruits. D’après cet avis, il est permis de rendre à une sauce figée son état liquide en la réchauffant de manière indirecte (Maïmonide, Na’hmanide, Rachba, Séfer Mitsvot Gadol, Séfer Mitsvot Qatan). L’usage séfarade est d’être indulgent en cela. Selon l’usage ashkénaze, il faut être rigoureux a priori, et ne pas rendre liquide un aliment figé en le réchauffant ; mais en cas de nécessité, on peut être indulgent (Choul’han ‘Aroukh 318, 16).

La règle est la même en ce qui concerne la congélation d’eau afin d’en faire de la glace : suivant la coutume séfarade, c’est permis ; quant à la coutume ashkénaze, certains sont rigoureux a priori et interdisent de le faire durant Chabbat ; mais en cas de nécessité, par exemple durant une journée chaude, il est permis de faire cette préparation (Chemirat Chabbat Kehilkhata 10, 4). D’autres décisionnaires ashkénazes sont indulgents, permettant a priori de préparer de la glace, même si la journée n’est pas chaude. En effet, la glace n’est pas destinée à se maintenir par elle-même comme un corps solide ; dès qu’on la sort du congélateur, elle commence à se liquéfier ; par conséquent, on ne fait pas naître, ce faisant, une chose nouvelle (Tsits Eliézer VI 34 ; VIII 12).

Il est permis de mettre des épices, qui ajoutent saveur et parfum, dans des plats. Bien qu’il soit interdit de parfumer[g] des vêtements, il n’est pas interdit de donner du parfum à de la nourriture (Choul’han ‘Aroukh 511, 4, Michna Beroura 24).

Selon de nombreux avis, il est interdit de battre des œufs en neige ou de faire de la crème fouettée à partir de crème fraîche, car on semblerait préparer ces ingrédients pour les faire cuire (Chabbat 109a suivant Rachi, Michna Beroura 321, 68). D’autres le permettent (cf. Liviat ‘Hen 66).


[g]. Léholid réa’h : littéralement « faire naître une odeur ».
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