10 – Celui qui éprouve un besoin naturel alors qu’il se trouve au milieu de la prière

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Si l’on a commencé à réciter sa prière alors que l’on n’avait pas besoin d’aller aux toilettes, et qu’au milieu de sa prière on éprouve un urgent besoin, la règle dépend, d’une part, du degré d’urgence de ce besoin, et d’autre part de la partie de la prière où l’on se trouve. On distingue trois degrés de besoin :

1) Cas où l’on peut se retenir soixante-douze minutes : il est permis de continuer jusqu’à la fin de l’office.

2) Cas où l’on estime que l’on ne pourrait se retenir soixante-douze minutes, mais où l’on n’a pas pour autant besoin de se contenir pour empêcher une perte, et où, si l’on allait aux toilettes, on aurait besoin de s’efforcer quelque peu pour expulser ses besoins : on peut terminer la partie de la prière dans laquelle on se trouve, puisqu’on a commencé à prier de façon permise, et que le besoin n’est pas si urgent. Si ce besoin est survenu au milieu des versets de louange (Pessouqé dezimra, cf. chap. 14), on peut attendre jusqu’à la fin de ces versets, qui se concluent par la bénédiction Yichtaba’h ; on ira ensuite aux toilettes. Si le besoin est survenu tandis qu’on récitait les bénédictions du Chéma (cf. chap. 16), la règle stricte autorise à terminer ces bénédictions. Mais puisque l’on aura de toutes façons besoin d’aller aux toilettes avant la ‘Amida qui suit ces bénédictions, et dans la mesure où il vaut mieux ne pas marquer d’interruption entre la bénédiction de la Délivrance d’Egypte (Gaal Israël) et la ‘Amida qui la suit immédiatement, on ira plutôt aux toilettes immédiatement après la bénédiction ou le paragraphe du Chéma dans lequel on se trouve (Michna Beroura 92, 9 ; Béour Halakha, passage commençant par « Ya’amid »)1.

3) Le degré le plus strict est le cas dans lequel on doit véritablement se contenir pour empêcher ses besoins de sortir. À ce niveau, on transgresserait l’interdit de bal techaqetsou (« Vous ne serez pas souillés par des choses impures ») (Rama 92, 2 tel que le rapporte le Choul’han ‘Aroukh Harav 3, 11). Si l’on se trouve dans les Pessouqé dezimra ou les bénédictions du Chéma – puisqu’une interruption n’est pas très grave durant ces passages – on ira immédiatement aux toilettes. Mais si l’on est au milieu de la ‘Amida, dans la mesure où l’interruption y est strictement interdite, et dans la mesure où l’on n’avait pas ressenti de besoin en commençant à réciter la ‘Amida, on terminera de dire la ‘Amida. Ce n’est que si l’on ne peut plus se retenir que l’on s’interrompra pour aller aux toilettes2.

    1. Certes, le Choul’han ‘Aroukh Harav explique que, puisque l’on a commencé la prière de façon autorisée, on peut la poursuivre jusqu’à la fin de l’office. C’est aussi ce qui semble ressortir du Aroukh Hachoul’han. Cependant le Michna Beroura 92, 9 et le Béour Halakha (יעמיד) expliquent qu’il n’est permis de poursuivre que jusqu’à la fin de la partie de l’office dans laquelle on se trouve : Pessouqé dezimra, ou bénédictions du Chéma, ou ‘Amida, etc. En revanche, on n’est pas autorisé à passer à la partie suivante, et si l’on continuait de prier sans être en mesure de se retenir soixante-douze minutes, la prière faite serait considérée comme toéva (abomination). Pour sortir du doute, il convient de suivre l’opinion du Michna Beroura – et à plus forte raison lorsque l’on se trouve dans le cas de l’interdit « Vous ne serez pas souillés par des choses impures» (bal techaqetsou), cas dans lequel, pour empêcher une perte, on devrait se retenir ; en effet, dans un tel cas, le Rama oblige à s’interrompre immédiatement au milieu même des Pessouqé dezimra ou des bénédictions du Chéma. À notre humble avis, si un besoin se manifeste au moment des bénédictions du Chéma, mais que l’on sache pouvoir se retenir soixante-douze minutes, on peut poursuivre et réciter la ‘Amida, ce qui correspond au premier des trois degrés susmentionnés. La raison en est que, de l’avis de tous, dans le cas où l’on a prié de cette façon, on est quitte ; et d’après le Rif et Rachi, on est même fondé à prier ainsi a priori; quant au ‘Hida, il écrit que l’on peut s’appuyer sur ces avis pour les besoins de la prière en communauté. De plus, de l’avis du Choul’han ‘Aroukh Harav, dès lors que l’on a commencé à prier de façon permise, on peut terminer la prière toute entière.

    Pour le cas d’un officiant qui ressent un besoin avant la répétition de la ‘Amida et estime qu’il ne pourrait se retenir soixante-douze minutes, le Béour Halakha (92, 5 היה) hésite. Certes, lorsqu’il s’agit du lecteur de la Torah (ba’al-qria), l’auteur est indulgent, car l’honneur dû aux hommes est si grand qu’il repousse un interdit de rang rabbinique. Cependant, en matière de prière, dans un cas où celle-ci est qualifiée de to’éva, le Béour Halakha émet des doutes. Par conséquent, même dans un cas où l’officiant se sent un peu gêné vis-à-vis des autres, il vaut mieux qu’il aille aux toilettes et qu’un autre fidèle le remplace ; mais si la chose doit entraîner chez lui un fort sentiment de honte, il peut continuer à officier.

    1. Michna Beroura 92, 11 : pour le Rama, lorsqu’on arrive au niveau de la transgression de bal techaqetsou, on doit s’interrompre, même si l’on est au milieu de la ‘Amida. En revanche, pour le Maguen Avraham, on est autorisé à poursuivre afin de ne pas avoir honte auprès de l’assemblée. Le ‘Hayé Adam est d’avis qu’il est interdit de s’interrompre, dès lors que l’on se trouve au milieu de la ‘Amida. C’est aussi l’opinion de la majorité des décisionnaires, tel le Kaf Ha’haïm 8. Et si l’on arrive au point de ne plus pouvoir se retenir, on s’accorde à dire que, pour les grands besoins, on ira aux toilettes. Mais pour les petits besoins, le Choul’han ‘Aroukh Harav pensait que l’on ne devait pas s’interrompre, même si de l’urine devait couler sur ses genoux. Le Kaf Ha’haïm écrit que, s’il s’agit d’une urine abondante et que l’on se trouve en public, on peut s’interrompre afin de ne pas éprouver de honte. Mais le ‘Hayé Adam écrit que, lorsque l’on ne peut se retenir, on peut aller aux toilettes, même lorsqu’il s’agit des petits besoins, et c’est en ce sens que j’ai écrit ci-dessus.

    Si l’on est contraint d’interrompre sa ‘Amida pour les grands besoins, il est presque certain que c’est de façon interdite que l’on avait commencé cette prière et que, dès l’abord, il était clair que l’on n’aurait pu se retenir plus de soixante-douze minutes. Dès lors, la partie déjà récitée de la ‘Amida n’a pas été valablement dite, et l’on devra donc reprendre ensuite la ‘Amida au début. Cependant, si l’on pensait vraiment pouvoir se retenir soixante-douze minutes, et que l’on a subitement ressenti de grands besoins, au point de devoir aller immédiatement aux toilettes, la règle qui s’applique est alors celle qu’explique le Choul’han ‘Aroukh 104, 5 : si l’interruption a duré un temps tel que l’on aurait pu réciter toute la ‘Amida du début à la fin, on recommencera la ‘Amida au début. Et si l’interruption a duré moins de temps, on reprendra au début de la bénédiction où l’on s’était interrompu. Il semble cependant que celui qui, rétrospectivement, n’est pas sûr d’avoir pu véritablement estimer à l’avance être en mesure de se retenir soixante-douze minutes, et a finalement été contraint de s’interrompre pour satisfaire un grand besoin, doive reprendre sa ‘Amida au début. En effet, il est vraisemblable qu’il ait commencé de façon interdite ; il se peut aussi qu’il soit considéré comme Gavra da’houï (« personne dont la prière n’avait pas été agréée », d’après une opinion citée dans la Guémara et rapportée par Béour Halakha 92, 2  יותר).

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