04 – Expiration de l’heure de Min’ha

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Le temps imparti pour prononcer la prière de Min’ha se prolonge jusqu’au soir ; toutefois, les décisionnaires sont partagés sur le moment précis où expire ce temps. Cette controverse repose elle-même sur une autre question : à quelle heure s’achève la période du sacrifice journalier de l’après-midi ? Selon certains, l’aspersion du sang du sacrifice se faisait jusqu’au coucher du soleil et non au-delà de ce délai ; aussi peut-on réciter la prière de Min’ha jusqu’au coucher du soleil (élèves de Rabbénou Yona, Gaon de Vilna, Michna Beroura 233, 14). D’autres disent que le sacrifice de l’après-midi pouvait être apporté jusqu’à la nuit, car le service afférent au sacrifice de l’après-midi se prolongeait lui-même jusqu’à la nuit, qu’il s’agît de l’aspersion du sang, de la combustion des graisses ou de ses libations. Tel est l’avis d’une majorité de décisionnaires (Choul’han ‘Aroukh et Rama 233, 1).

En pratique, il faut s’efforcer de terminer la prière de Min’ha avant le coucher du soleil ; cependant, a posteriori, on peut s’appuyer sur l’opinion de la majorité des décisionnaires et prier encore jusqu’à treize minutes et demie après le coucher du soleil car, jusque là, tout le monde s’accorde à dire que la nuit n’est pas encore tombée[3].

On peut également réciter les treize attributs de miséricorde ainsi que la Nefilat apayim durant ces treize minutes et demie suivant le coucher du soleil (Michna Beroura 131, 17 ; Ye’havé Da’at 6, 7)[4].

Si l’on est face à deux possibilités : prier seul avant le coucher du soleil, ou bien en communauté après le coucher du soleil, il est préférable, selon certains, de prier seul ; mais la majorité des décisionnaires pensent qu’il vaut mieux prier en communauté après le coucher du soleil.

Selon certains avis, quand un minyan a commencé à prier tardivement, il ne doit pas renoncer à la répétition de la ‘Amida par l’officiant, bien que celle-ci ne puisse être dite qu’après le coucher du soleil. Selon d’autres, il vaut mieux renoncer à la répétition afin de ne pas procéder à celle-ci après le coucher du soleil. L’officiant récitera donc les trois premières bénédictions à voix haute, afin de pouvoir faire bénéficier l’assemblée de la Qédoucha. Quand une telle question se pose, c’est au rabbin de l’endroit de trancher[5].


[3]. Selon les élèves de Rabbénou Yona, on aspergeait le sang jusqu’au coucher du soleil, tandis que selon Rachi, on peut encore procéder à l’aspersion du sang du sacrifice journalier entre le coucher du soleil et la tombée de la nuit. De plus, même parmi ceux qui pensent que l’aspersion du sang ne peut se faire que jusqu’au coucher du soleil, certains sont d’avis que la prière de Min’ha, en tant que telle, ne vient pas en lieu et place de l’aspersion du sang, mais bien de l’oblation des membres du sacrifice journalier, de l’offrande de farine pétrie dans l’huile qui l’accompagne, et de la combustion de l’encens faite à l’approche du soir ; toutes choses qui peuvent, a posteriori, se prolonger pendant la période dite de bein hachmachot (littéralement « entre les soleils »), c’est-à-dire entre le coucher du soleil et la tombée de la nuit. C’est ce qu’écrivent Hagahot Maïmoniot et Min’hat Cohen. Et bien qu’en matière d’aspersion du sang il faille être rigoureux, puisque le doute porte sur une obligation de rang toranique, la règle suit en revanche l’opinion indulgente en matière de prière, laquelle est de rang rabbinique.

De plus, selon Rabbénou Tam, l’expression bein hachmachot ne désigne pas la période s’étendant entre le coucher du soleil et la tombée de la nuit : cette période débute seulement au « second coucher », c’est-à-dire cinquante-huit minutes et demie après le coucher visible du soleil. Si bien qu’à son avis on peut dire Min’ha après la fin du jour. Or bien qu’en pratique nous ne suivions pas l’usage de Rabbénou Tam, nombreux sont ceux qui partagent son avis, et l’on peut associer son opinion au faisceau de raisons qui permettent, a posteriori, de dire Min’ha après le coucher du soleil.

En pratique, le Gaon de Vilna et le Michna Beroura 233, 14, ainsi que le ‘Aroukh Hachoul’han 9, pensent que la prière de Min’ha ne se dit que jusqu’au coucher du soleil. Cependant, dans leur majorité, les décisionnaires pensent que l’on peut réciter Min’ha également après. Telle est l’opinion du Choul’han ‘Aroukh, du Rama 233, 1, du Chaagat Aryé 17 et de la majorité des décisionnaires, comme l’expliquent Ye’havé Da’at 5, 22 et 6, 7, Yabia’ Omer VII 34 et Pisqé Techouva 233, 6.

Puisque certains auteurs pensent qu’il est interdit de réciter Min’ha pendant la période de bein hachmachot, on ne peut pousser l’indulgence qu’à l’égard d’un temps que tous les décisionnaires s’accordent à qualifier de bein hachmachot, et que personne ne rattache à la nuit elle-même [c’est-à-dire que l’indulgence ne porte que sur les 13 premières minutes et demie qui suivent le coucher du soleil]. Cela, bien que la période s’étendant du coucher du soleil à l’apparition de trois étoiles soit généralement plus longue – 18 minutes selon certains, de 25 à 30 minutes selon d’autres (comme nous le verrons au chap. 25 § 5). Cf. Pisqé Techouva 233, 8.

Les A’haronim sont partagés sur la question de savoir si l’on peut commencer à prier avant l’expiration des 13 premières minutes et demie suivant le coucher du soleil, dans un cas où l’on sait que la prière s’achèvera après l’expiration de ces 13 minutes et demie. Le ‘Aroukh Hachoul’han 110, 5 et Erets Tsvi 121 le permettent, tandis que le Maguen Avraham 89, 4 et le Kaf Ha’haïm 133, 5 l’interdisent. Le Yabia’ Omer VII 34 associe l’opinion selon laquelle la période de bein hachmachot dure 18 minutes, d’une part, et l’opinion de Rabbénou Tam, d’autre part, et autorise sur ce fondement à commencer la prière pendant les 13 premières minutes et demie. En revanche, il n’autorise pas à commencer la répétition de l’officiant [pendant les 13 premières minutes et demie]. Cf. Pisqé Techouva 233, 7.

[4]. Ben Ich ‘Haï (I Ki Tissa 8), selon lequel on peut dire le Vidouï (confession des fautes) pendant toute la période de bein hachmachot, et les treize attributs de miséricorde jusqu’au milieu de cette période seulement. En revanche, au sujet de Nefilat apayim, l’auteur écrit, au quatorzième paragraphe, que s’applique l’adage « en cas de doute, mieux vaut s’abstenir », et que l’on ne récite pas Nefilat apayim après le coucher du soleil. C’est aussi ce qu’écrit le Kaf Ha’haïm 131, 27 et 51. Cependant, l’opinion d’une majorité d’auteurs est conforme à ce que nous rapportons dans le corps du texte.
[5]. Pour le Michna Beroura, il est préférable de prier seul avant le coucher du soleil ; c’est en ce sens que les grands maîtres lituaniens avaient coutume de se prononcer. Face à eux, la majorité des décisionnaires pensent qu’il vaut mieux prier en communauté, comme le rapporte le Pisqé Techouva 233, 6 et le Ye’havé Da’at V 22. En ce qui concerne la répétition de la ‘Amida, il est évident, aux yeux du Michna Beroura, qu’il ne faut pas la réciter, tandis que, pour le Kaf Ha’haïm 232, 9 au nom de Rabbi Isaac Louria, on récite la répétition, même si celle-ci doit se prolonger après le coucher du soleil. C’est en ce sens que tranchent le Yalqout Yossef III 233, 3 et le ‘Aroukh Hachoul’han 232, 6. Cf. Pisqé Techouva 232, 2.

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