07 – L’opinion de Rabbi Yehouda

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La coutume répandue est conforme à l’opinion de la majorité des sages de la Michna (ceux que l’on appelle ‘Hakhamim, c’est-à-dire la communauté des sages), selon lesquels le temps de Min’ha s’étend jusqu’à la fin de la journée ; selon cette vue, lorsqu’apparaissent trois étoiles dans le ciel, commence le temps de l’office d’Arvit, la prière du soir (Berakhot 26a). Cependant, selon Rabbi Yehouda (lui aussi l’un des sages de la Michna), le temps de Min’ha s’achève plus tôt, à l’expiration de ce que l’on appelle le plag hamin’ha. Plag signifie moitié ; c’est-à-dire que l’on partage la période de Min’ha qétana en deux moitiés égales. Or nous avons déjà vu (§ 5) que la période de Min’ha qétana s’étendait de la neuvième heure solaire et demie jusqu’à la fin de la douzième heure ; cette période dure donc deux heures et demie, si bien que chaque moitié est d’une heure et quart. Selon Rabbi Yehouda, la première heure et quart est donc le temps de Min’ha, tandis que la seconde période d’une heure et quart est déjà l’heure de l’office du soir, Arvit.

Cette opinion se fonde sur la considération suivante : en pratique, les Cohanim se hâtaient de sacrifier et d’asperger le sang du sacrifice  journalier pendant la première moitié de la période de Min’ha qétana, si bien que cette première moitié constitue le temps de Min’ha. Durant la seconde moitié de cette même période, les Cohanim élevaient déjà les membres du sacrifice  journalier sur l’autel. Or l’office d’Arvit a précisément été institué par référence à l’oblation des membres ; par conséquent, c’est à ce moment que débute le temps d’Arvit. Tandis que, pour les ‘Hakhamim, le raisonnement est le suivant : puisque, si l’on s’en tient à la stricte obligation, il est permis de procéder à l’aspersion du sang du sacrifice  quotidien jusqu’à la fin de la journée, le temps de Min’ha s’étend lui-même jusqu’à la fin de la journée. L’horaire d’Arvit correspond, quant à lui, à celui de la lecture du Chéma du soir, qui commence à l’apparition des étoiles.

En pratique, cette controverse n’est pas tranchée, et le Talmud (Berakhot 27b) conclut que l’on est autorisé à choisir de se conformer à l’avis des ‘Hakhamim ou à celui de Rabbi Yehouda. Les Richonim ajoutent que cette faculté de choix suppose encore que l’on s’en tienne à une conduite unique : si l’on se conforme à l’opinion de Rabbi Yehouda, on doit avoir soin de ne pas dire Min’ha après le plag hamin’ha ; et si l’on suit l’opinion des ‘Hakhamim, on doit avoir soin de dire Arvit après l’apparition des étoiles, et pas avant. En revanche, dire Min’ha après le plag comme le permettent les ‘Hakhamim, puis Arvit avant l’apparition des étoiles comme le permet Rabbi Yehouda, est interdit (nous développerons le propos dans les lois d’Arvit, chapitre 25 § 6-7)[9].


[9]. Les décisionnaires sont partagés sur ce qu’il faut inclure dans la notion de « jour ». Pour le Chilté Haguiborim, le Gaon de Vilna et la majorité des décisionnaires, le jour s’étend du premier rayon de soleil au coucher du soleil. Pour le Teroumat Hadéchen, il s’étend de l’aube à l’apparition des étoiles. En fonction de cela, le moment du plag hamin’ha change : faut-il compter une heure solaire et quart avant le coucher du soleil ou bien avant l’apparition des étoiles ? L’usage est de calculer d’après le moment du coucher du soleil ; c’est ce qu’écrivent le Kaf Ha’haïm 233, 7 et le Loua’h Erets Israël. Cependant, le Chaar Hatsioun laisse entendre qu’il tient compte a priori des rigueurs de l’une et l’autre des deux opinions (233, 4 ; Chaar Hatsioun 235, 14). Il faut toutefois signaler que, selon le Teroumat Hadéchen, il faut calculer l’apparition des étoiles d’après l’opinion de Rabbénou Tam, c’est-à-dire 72 minutes après le coucher du soleil, afin que midi coïncide avec le milieu du jour, comme nous l’expliquons plus haut, chapitre 11 note 14. D’après cela, le passage du plag hamin’ha a lieu peu de temps avant le coucher visible du soleil (entre deux et dix-huit minutes, selon les périodes de l’année). Cf. Iché Israël 27, note 8.

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