05. Dans quels cas il est permis de changer de rite

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Comme nous l’avons vu, on doit conserver les coutumes de ses ancêtres, ce que nos maîtres illustrent par le verset : « N’abandonne pas la loi de ta mère » (Pr 1, 8). Toutefois, la coutume n’est pas plus importante que d’autres principes, aussi arrive-t-il qu’elle soit écartée. Par exemple, une personne qui sait avec certitude qu’elle prierait avec moins de concentration dans telle synagogue, où l’on suit le rite de ses ancêtres, que dans telle autre, adepte d’un autre rite, devrait choisir de prier dans la seconde synagogue, car l’orientation de la pensée (kavana) constitue l’essentiel de la prière (La Prière d’Israël, chap. 6, note 2). Toutefois, en cas de doute, il vaut mieux prier dans la synagogue correspondant à l’usage de ses ancêtres car, à long terme, il est vraisemblable que ce sera précisément dans le cadre du rituel de ses ancêtres que l’on se concentrera le mieux. En effet, il arrive que, durant son jeune âge, on n’estime pas à sa juste valeur sa relation au rituel de ses pères ; cependant, avec le temps, on découvre à quel point on est lié à ce rituel, et l’on regrette d’en avoir changé sans y réfléchir avec assez de profondeur.

Quand on a le choix entre deux synagogues : l’une où l’on prie selon l’usage de ses pères mais où l’on n’a pas institué de cours de Torah, l’autre où l’on prie suivant un autre rite, mais où l’on donne des cours de Torah ; si l’on estime que, par le fait de prier à la synagogue où sont organisés des cours, on aura le mérite d’étudier la Torah davantage, il est préférable d’y prier, bien que la communauté prie selon un autre usage. Car malgré l’importance de la conservation des coutumes, l’étude de la Torah importe plus que tout. De même, pour le choix d’une yéchiva[e]ou de quelque autre institution éducative, il ne faut pas décider de son lieu d’étude en fonction du rite de prière ; la question à se poser est : où pourra-t-on s’éduquer le mieux à la Torah, aux bons traits de caractère (midot)  et à la pratique des mitsvot ?

Il arrive aussi que l’on doive choisir entre deux synagogues, l’une appartenant au rite de ses pères, mais où l’on craint de ne pouvoir établir de liens avec l’assemblée des fidèles – du fait qu’ils sont plus âgés ou plus jeunes que soi, ou qu’ils sont trop peu nombreux, ou pour quelque autre raison –, l’autre appartenant à un autre rite, mais avec une communauté bien constituée, avec laquelle on pourrait davantage se lier. Si l’on pense qu’en  participant aux offices de la seconde synagogue, son lien avec la communauté religieuse ira en se resserrant, et que par cela son niveau spirituel s’élèvera, ou sera tout au moins conservé, il sera préférable de prier avec cette communauté, bien qu’elle ne prie pas suivant l’usage de ses aïeux[3].


[e]. Maison d’étude, académie talmudique.

[3]. Ces règles sont surtout applicables aux hommes, qui ont l’obligation de prier à la synagogue. Toutefois, il importe que les femmes les connaissent aussi, car il est fréquent qu’elles aident leurs maris dans ces choix. La question touche également les femmes célibataires, divorcées ou veuves qui ont à cœur, de par leur piété, de prier à la synagogue.

Dans la Prière d’Israël 6, 3, nous expliquons pour quelle raison certains ‘Hassidim sont passés du rite ashkénaze au rite sfard, afin de prier en tenant compte des kavanot (intentions mystiques) mises au jour par Rabbi Isaac Louria ; nous rapportons aussi l’opinion de ceux qui s’opposent à cela. Dans le même chapitre, au paragraphe 7, nous discutons le cas de ceux dont les parents prient selon le rituel ‘hassidique, mais qui se sont eux-mêmes habitués [dans le cadre de leurs lieux de scolarité et d’étude] à prier dans le rituel ashkénaze ; doivent-ils prier comme leur parents, selon le rituel ‘hassidique, ou selon le rituel ashkénaze auquel ils se sont habitués, et qui n’était autre que le rituel originel de leurs familles, deux cents ans plus tôt ? En pratique, si l’on hésite à ce sujet, on consultera son rabbin. Au paragraphe 8 du même chapitre, nous traitons du cas des Ashkénazes (du monde religieux sioniste) qui se sont habitués à prier en adoptant la prononciation séfarade ; il est admis qu’ils n’ont pas à s’efforcer de revenir à une prononciation ashkénaze.

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