04. Date de la fête dans les villes ouvertes et dans les villes autrefois fortifiées

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La fête de Pourim a ceci de très particulier qu’elle a lieu non pas à une, mais à deux dates : dans la majorité des lieux, on célèbre Pourim le 14 adar, tandis que, dans les cités entourées de murailles à l’époque de Josué, fils de Noun, ainsi qu’à Suse, qui fut la capitale de l’empire d’Assuérus, on le célèbre le 15 adar.

Afin de comprendre le sens de cette distinction entre lieux, il faut d’abord être conscient de l’enchaînement des événements : le décret d’Haman l’impie indiquait que, le 13 du mois d’adar, tous les ennemis d’Israël pourraient « exterminer, anéantir et détruire » tous les Juifs, dans le monde entier. Or, même après l’ascension prodigieuse de Mordekhaï et d’Esther, ce décret ne fut pas annulé, car la loi voulait que tout décret écrit et signé du sceau royal ne pût être annulé. Aussi, la seule chose possible était de faire signer au roi un nouveau décret, autorisant les Juifs à défendre leur vie et à tuer leurs ennemis.

Et en effet, jusqu’au 13 adar, on ne savait pas comment les événements allaient tourner. Certes, il était déjà autorisé aux Juifs de se défendre, sans empêchement de la part des soldats de l’armée perse ; mais qui pouvait prédire que les Juifs réussiraient à l’emporter sur leurs ennemis ?

Le 13 adar, la terreur inspirée par les Juifs s’empara de leurs ennemis, qu’ils réussirent à battre. Le lendemain, 14 adar, les Juifs se reposèrent des combats ; ils firent de ce jour un jour de festin et de joie. Mais dans Suse, la capitale, les ennemis d’Israël étaient nombreux, de sorte que les Juifs ne réussirent pas, en un seul jour, à les tuer tous. Aussi, la reine Esther alla voir le roi Assuérus et lui demanda que fût donnée aux Juifs la permission de se venger de leurs ennemis un jour supplémentaire. Après qu’Assuérus eut accepté, les Juifs de Suse continuèrent de tuer leurs ennemis pendant la journée du 14 ; c’est donc le 15 que les Juifs de Suse se reposèrent des combats, et c’est cette date qu’ils consacrèrent au festin et à la joie.

Puisque, dès l’origine, les Juifs célébrèrent Pourim à deux dates différentes, il fut décidé de perpétuer cette distinction : en tout endroit, on fêterait Pourim le 14, sauf à Suse, où le miracle fut plus grand encore – puisque c’est là qu’eurent lieu les faits relatés par la Méguila, et que les Juifs se vengèrent durant deux jours de leurs ennemis –, et où l’on fêterait Pourim le 15. Il fut aussi décrété que, dans toutes les villes « importantes », à l’exemple de Suse, on fêterait Pourim le 15. Or l’expression de cette importance est d’être entourée de murailles comme l’était Suse.

Toutefois, à cette époque, la terre d’Israël était en ruine, de sorte que, si l’on avait fixé la règle en se référant à cette période même, il en serait résulté que, dans toute la terre d’Israël, aucune ville n’eût été entourée de murailles, et la fête de Pourim n’eût été fêtée le 15 dans aucune ville du pays. De sorte que, en raison de l’honneur dû à la terre d’Israël, il fut décidé que, dans toutes les villes qui étaient entourées de murailles à l’époque de Josué, fils de Noun, même si elles se trouvaient présentement en ruines, on fêterait Pourim le 15, et que, dans toutes les villes qui, à l’époque de Josué, n’étaient pas fortifiées, on fêterait Pourim le 14, à l’exception de Suse. Dans cette dernière ville, et quoiqu’elle fût fondée après l’époque de Josué, on célèbre Pourim le 15, puisque c’est là qu’eut lieu le miracle.

De nos jours, Jérusalem est la seule ville où l’on fête Pourim le 15, car ce n’est qu’à son égard que nous possédons une tradition bien établie, selon laquelle ses murailles remontent à Josué, fils de Noun. Dans certaines villes, la question est douteuse. Quant à la Suse biblique, son emplacement exact est devenu douteux. Les règles gouvernant les villes entourées et les villes ouvertes seront exposées au chapitre 17[3].


[3]. Cf. Beit Yossef 688, 1 qui, pour l’essentiel, cite le Ran. De nombreux décisionnaires s’expriment dans le même sens, parmi lesquels le Michna Beroura ad loc. Le Beit Yossef lui-même explique que la distinction entre le 14 et le 15 est essentiellement destinée à honorer la terre d’Israël, et à mentionner celle-ci pendant Pourim. Cf. Maharal, Or ‘Hadach 9, 11-16, sur l’importance des villes fortifiées.

Notre maître le Rav Avraham Yits’haq Kook explique, dans Mitsvot Reïya, Ora’h ‘Haïm 688, 1, que l’on a institué deux jours de Pourim afin de distinguer entre mitsva de la Torah, dont la date est fixée pour tous, et mitsva rabbinique, qui peut avoir lieu à deux dates distinctes, en fonction du lieu. C’est peut-être pour cette raison que, pour les veilleuses de ‘Hanouka, les sages fixèrent différents degrés d’accomplissement de la mitsva : méhadrin, méhadrin min haméhadrin (cf. ci-dessus, chap. 12 § 2). Or, dans la mesure où nous trouvons, dans la Torah, une distinction entre villes ouvertes et villes fortifiées (Lv 25, 29, cf. traité Kelim 1, 7), les sages reprirent cette même distinction à Pourim ; et puisque les règles relatives aux villes fortifiées ne sont, selon la Torah, applicables qu’en terre d’Israël, les sages ont retenu la période à partir de laquelle lesdites règles sont devenues applicables, c’est-à-dire le moment où les Hébreux entrèrent dans le pays, à l’époque de Josué, fils de Noun. Cf. l’ouvrage du Rav Kook, qui s’étend sur la question.

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