03.Les quatre espèces (arba’a minim)

La mitsva de prendre en main les quatre espèces végétales mentionnées par la Torah est liée à la joie propre à la fête de Soukot. Comme nous l’avons vu, il est dit, dans le Lévitique (23, 40) : « Vous prendrez, le premier jour, un fruit de l’arbre de splendeur, des branches de palmier, des rameaux d’arbre feuillu et de saules de rivière ; et vous vous réjouirez devant l’Éternel votre Dieu pendant sept jours. » Nos sages enseignent que la joie qui accompagne la prise du [h] est liée à la thématique de la fête de la récolte (‘hag ha-assif), de ses deux points de vue : matériel et spirituel.

Du point de vue matériel, la période de Soukot est, nous l’avons mentionné, celle où l’on achève de rassembler le produit de l’année. Or les hommes éprouvent, à l’égard de leur récolte, une joie particulièrement vive ; pour que cette joie soit sanctifiée, et qu’elle soit une expression de reconnaissance à l’égard de Celui qui a créé le monde et le fait subsister, il nous est ordonné de prendre quatre espèces végétales en signe de reconnaissance à l’égard de l’Éternel (Na’hmanide sur Lv 23, 39, Séfer Ha’hinoukh 324). Nos sages ont, de plus, décrété d’imprimer à ces quatre espèces un mouvement de balancement, vers le haut, le bas et aux quatre points cardinaux, afin de proclamer notre foi en Celui qui possède les cieux, la terre et les quatre coins de l’univers. Ces gestes sont aussi une forme de prière pour l’année suivante, afin que nos cultures agricoles se développent bien, et que Dieu nous préserve des mauvais vents et des mauvaises rosées (Souka 37b ; cf. ci-après chap. 5 § 4).

Du point de vue spirituel, nous achevons à Soukot le processus de téchouva relatif aux fautes commises durant l’année écoulée. Saisir le loulav, c’est alors brandir le drapeau en signe de victoire, pour signifier la réussite de notre téchouva, et notre parfait rapprochement d’avec Dieu, béni soit-Il. Comme l’ont dit nos sages :

À quoi cela ressemble-t-il ? Parabole de deux hommes qui se présentent à un jugement. Quand ils en ressortent, nous ne savons pas qui a obtenu gain de cause. Mais quand l’un d’eux élève sa lance, nous apprenons qu’il a obtenu gain de cause. Ainsi d’Israël : chaque année, aux jours du jugement, les impies des nations du monde accusent Israël de ne point remplir son rôle, de ne pas être digne de porter dans le monde le nom de l’Éternel, béni soit-Il, et affirment qu’Israël ne vaut pas de subsister encore. Le jugement risque d’être rigoureux, et l’on ne sait de quelle partie les arguments ont été victorieux. Mais quand les Israélites sortent, branches de palmiers et cédrats en mains, nous savons qu’ils ont gagné leur procès, et qu’ils sont les enfants et le peuple de Dieu, béni soit-Il. Les nations du monde elles-mêmes se réjouissent avec eux ; aussi offrons-nous des sacrifices en leur nom, lors de la fête des cabanes. C’est à ce propos que la Torah nous ordonne : « Vous prendrez, le premier jour[i]… » (d’après Lévitique Rabba 30, 2, Zohar I 221a).

Les sages voient encore d’autres allusions dans la mitsva des quatre espèces : celles-ci représentent quatre catégories de Juifs, qui doivent se rassembler afin d’accomplir la mitsva. Grâce à leur union, le nom de l’Éternel est sanctifié dans le monde, comme nous l’expliquerons ci-après plus largement (chap. 4 § 2-3). Or l’unité qui les rattache procure une grande joie ; aussi, en saisissant les quatre espèces, pouvons-nous nous réjouir devant l’Éternel durant ces sept jours.


[h]. Loulav : au sens strict, branche de palmier. C’est le terme rabbinique par lequel on désigne, non seulement la branche de palmier elle-même, mais l’ensemble des quatre espèces réunies en bouquet, et dont la branche de palmier, qui est la plus grande des quatre, constitue la colonne centrale.

[i]. Le verset dit littéralement : « Vous prendrez pour vous, le premier jour… » Le midrach voit dans le loulav le signe particulier de la victoire d’Israël.

Livres