05 – La prière en minyan face aux autres obligations

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Si l’on éprouve une difficulté à se concentrer lorsqu’on prie en communauté, mais que l’on y parvienne mieux lorsqu’on prie seul, la règle est la suivante : tant que l’on  réussit, en communauté, à atteindre la concentration minimale par laquelle on s’acquitte de son obligation, on devra prier au sein d’un minyan. Ce qui revient à dire que, tant que l’on peut se concentrer en communauté durant la récitation de la première bénédiction de la ‘Amida, on doit prier en minyan (Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm 3,7). De plus, en général, prier régulièrement au sein de la communauté renforce, à long terme, la concentration et la proximité du fidèle avec les paroles de sainteté.

Un talmid ‘hakham 1 dont l’étude de la Torah est le métier doit aller prier en minyan, bien que la marche vers la synagogue entraîne une interruption de son étude2. Et bien que, si l’on s’en tient à la stricte obligation, cet érudit puisse se contenter de prier seul, on craint néanmoins que d’autres personnes (qui ne sont pas des talmidé ‘hakhamim) ne s’inspirent de ses actes et n’en viennent à prendre la prière publique à la légère ; il doit donc prendre soin de prier en minyan3. Ce n’est que de façon rare, lorsque l’érudit est au milieu d’une étude importante et que le temps du trajet vers la synagogue est susceptible de nuire grandement à son étude, qu’il lui est permis d’être indulgent et de prier seul (d’après le Rama, 90, 18).

Si l’on enseigne la Torah, et qu’il soit impossible de prier en public tout en maintenant son cours, il vaut mieux prier seul et ne pas annuler son cours, car l’enseignement de la Torah en groupe repousse l’obligation de la prière publique (Michna Beroura 90, 56).

Il vaut mieux prier en communauté que de se joindre à un repas de brit-mila 4 (Kaf Ha’haïm 90, 67). Toutefois, dans un cas où le père du nourrisson risque d’être vexé si l’on ne vient pas, il vaut mieux prier seul et se joindre au repas donné en l’honneur de la mitsva, afin de prévenir l’inimitié.

Lorsque deux possibilités se présentent, celle de prier solitairement au lever du soleil5 ou celle de prier plus tard au sein d’un minyan, l’opinion de la majorité des décisionnaires est qu’il est préférable de prier en minyan (cf. chap. 11 § 9)6 – il vaut mieux prier seul avant cela [car la ‘Amida doit être dite a priori avant la fin de la quatrième heure du jour] (voir plus loin chap. 11 § 12). Si le minyan prie dans les quatre premières heures du jour selon le compte du Gaon de Vilna, mais après les quatre premières heures selon le Maguen Avraham [suivant lequel il faut craindre que la journée ne s’étende de l’aube à la tombée de la nuit, ce qui impose des horaires plus hâtifs], les décisionnaires sont partagés sur la priorité à donner. Il semble cependant que, là encore, il y ait lieu de privilégier la prière en minyan.].

  1. talmidé ‘hakhamim. Littéralement disciple des sages. Cette expression désigne les étudiants de Torah parvenus à une connaissance vaste et précise, et capables d’enseigner.
  2. En hébreu, bitoul Torah : littéralement annulation de (l’étude de la) Torah. Résulte de toute activité non nécessaire, occupant un temps qui pourrait être utilement employé à l’étude.
  3. Les gens risquent de dire : « Voyez Rabbi untel, c’est un disciple des sages, et pourtant il prie seul chez lui. Nous, qui sommes des gens simples, cela nous est permis à plus forte raison !
  4. Repas pris à l’occasion d’une circoncision. Ce type de repas appartient à la catégorie de séoudat mitsva (repas relatif à une mitsva), et y prendre part a une valeur en soi, indépendamment du simple fait de se restaurer.
  5. Il y a un avantage spécial à commencer la prière du matin (Cha’harit) à l’aube, de telle façon que le début de la ‘Amida coïncide avec le premier rayon du soleil (hanets ha’hama). Cet usage se nomme Vatiqin.
  6. Si deux possibilités se présentent, prier en minyan avant le premier rayon du soleil, ou bien seul mais au premier rayon du soleil, les décisionnaires sont partagés. J’écris au chapitre 11 note 12 que, de façon régulière, il semble qu’il faille préférer prier en minyan. En revanche, lorsque le minyan prie après la fin de la quatrième heure solaire – suivant le compte du Gaon Rabbi Elyahou de Vilna [qui fait débuter la journée au lever du soleil et la fait s’achever au coucher du soleil
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