10. Lecture de la Torah

D’après toutes les opinions, les femmes sont dispensées du devoir d’écouter la lecture de la Torah, les jours ouvrables comme les jours de fête. En revanche, le Chabbat, selon l’auteur du Maguen Avraham (282, 6), les femmes doivent écouter la lecture de la Torah, car les sages ont décrété qu’il fallait entendre chaque année l’intégralité du rouleau de la Torah. Toutefois, de l’avis de la grande majorité des décisionnaires, les femmes sont dispensées d’écouter la lecture de la Torah le Chabbat, car il s’agit d’une mitsva conditionnée par le temps. Et telle est la halakha. Simplement, si elle en a la possibilité, il est bon que la femme écoute la lecture de la Torah le Chabbat car, de l’avis de tous, bien qu’elle en soit dispensée, le fait d’écouter la lecture constitue pour elle aussi l’accomplissement d’une mitsva, et c’est pour elle un mérite[13]. (La controverse sur la nécessité ou non pour la femme d’écouter le paragraphe Zakhor – Dt 25, 17-19 – sera exposée par la suite, chap. 23 § 5).

Au moment de la hagbaha (lorsque le rouleau ouvert est élevé et présenté à l’assemblée des fidèles), c’est une mitsva pour les hommes comme pour les femmes de regarder le parchemin écrit, de s’incliner et de dire : « Ceci est la Torah que Moïse a placée devant les enfants d’Israël, etc. » (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 134, 2). Certaines ont l’usage d’être rigoureuses : durant les jours de leur impureté, elles ne regardent pas le rouleau de la Torah ; d’autres sont indulgentes. Celle qui souhaite être indulgente y est autorisée car, fondamentalement, il n’y a pas à cela d’interdit[14].


[13]. Méguila 23a : « Tout le monde peut être l’un des sept appelés à la Torah, le Chabbat, même un enfant, même une femme ; mais les sages ont dit : “Une femme ne lira pas publiquement dans le rouleau de la Torah, par égard pour l’assemblée.ˮ » Le Maguen Avraham 282, 7 écrit que puisque, fondamentalement, les femmes peuvent faire partie des sept appelés à la Torah, nous pouvons en inférer qu’elles aussi sont tenues d’en écouter la lecture. C’est bien ce qu’explique le traité Sofrim de la Michna, 18, 4, et il est implicite qu’elles sont également tenues d’écouter la haftara [passage tiré des livres prophétiques, qui est lu lors de l’office du matin de Chabbat]. Et bien que les femmes n’aient pas l’obligation d’étudier la Torah, les sages ont, selon le Maguen Avraham, institué la lecture publique de la Torah à l’intention des hommes et des femmes également, afin que celles-ci écoutent l’intégralité de la Torah, à l’exemple de leur obligation lors de la cérémonie du Haqhel [qui avait lieu à l’époque biblique, l’année qui suivait l’année sabbatique ; cf. Dt 31, 12.] Certes, la majorité des décisionnaires ne sont pas en accord avec le Maguen Avraham à ce sujet, et certains expliquent que, s’il est souhaitable que les femmes entendent la lecture, elles n’y sont pas obligées. C’est aussi ce qui ressort de Tossephot, du Roch et d’autres Richonim, comme le rapporte le Halikhot Beitah 9, note 3 (cf. également 9, 1-2, où l’auteur résume la question). C’est aussi ce qu’écrivent le Mor Ouqtsi’a et le ‘Aroukh Hachoul’han 282, 11. Le Michna Beroura 12 ajoute qu’en certains endroits, les femmes avaient coutume de sortir de la synagogue au moment de la lecture de la Torah.

[14]. Le Rama écrit (Ora’h ‘Haïm 88, 1) que certaines femmes avaient coutume, durant leur période d’impureté, de ne pas entrer à la synagogue (et dès lors que l’écoulement de sang cessait, bien qu’elles ne se fussent pas encore immergées au bain rituel, elles ne s’imposaient plus cette rigueur). D’autres femmes étaient indulgentes à tous égards, et telle était la coutume essentielle. Toutefois, l’usage répandu était d’être rigoureuse, et ce n’était que durant les jours redoutables [de Roch Hachana à Yom Kippour] que toutes avaient coutume d’aller à la synagogue. Le Michna Beroura 88, 7 écrit à ce propos que l’usage veut que les femmes se rendent bien à la synagogue, mais qu’elles ne regardent pas le rouleau de la Torah durant sa présentation (hagbaha). Si l’on s’en tient à la stricte règle de droit, il est clair qu’il est permis à une femme en état d’impureté de regarder le rouleau de la Torah : comme l’écrit le Choul’han ‘Aroukh, Yoré Dé’a 282, 9, toutes les personnes ayant contracté une impureté, et même une femme lors de son isolement mensuel, peuvent tenir le rouleau de la Torah et y lire. De nombreuses femmes ont adopté une telle indulgence, même a priori, si bien que, même durant les jours de leur isolement, elles regardent le rouleau de la Torah au moment de sa présentation. Cf. Yalqout Yossef I p. 135, et ci-après, chap. 9 § 7, note 5.

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