06. Le message central de la Haggada

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Pour comprendre véritablement l’orientation de la Haggada, et le récit de la sortie d’Egypte, il faut réfléchir à la question du fils sage et à la réponse qui lui est faite[g]. C’est en effet le meilleur des fils, et nous prions nous-mêmes pour que tous les enfants se développent et s’élèvent au point de parvenir à la sagesse.

Tout d’abord, l’enfant sage pose sa question de façon détaillée, comme il est dit : « Lorsque ton fils t’interrogera, demain, en disant : “Que sont ces statuts, lois et préceptes, que l’Eternel notre Dieu vous a ordonnés ?” » (Dt 6, 20). La réponse qui lui est faite concerne en premier lieu la sortie d’Egypte ; puis l’explication s’élargit, touchant à la destinée générale du peuple d’Israël : venir en terre d’Israël, s’attacher à Dieu, accomplir ses commandements, et mériter la bonté divine, comme il est dit : « Tu répondras à ton fils : “Nous étions esclaves de Pharaon en Egypte ; et l’Eternel nous fit sortir d’Egypte, d’une main forte. Et l’Eternel imposa des miracles et des prodiges, grands et terribles, sur l’Egypte, sur Pharaon et sur toute sa maison, à nos yeux. Quant à nous, Il nous fit sortir de là, afin de nous conduire et de nous donner la terre qu’Il avait promise à nos pères. Et l’Eternel nous ordonna d’accomplir toutes ces lois, de craindre l’Eternel notre Dieu, pour notre bien, tout au long des jours, et pour nous faire vivre comme en ce jour. Et cela nous sera imputé à mérite que de garder toute cette loi afin de l’accomplir, devant l’Eternel notre Dieu, comme il nous l’a ordonné” » (Dt 6, 21-25). Nous voyons donc l’orientation de la soirée du séder : grâce au récit de la sortie d’Egypte, il s’agit d’implanter dans le cœur des enfants, garçons et filles, le désir de s’identifier au peuple d’Israël, d’hériter de la terre promise, de s’attacher à Dieu et d’accomplir ses mitsvot.

Pour être en mesure de raconter à l’enfant sage la sortie d’Egypte, sans laisser de côté l’une quelconque des composantes centrales du récit, les membres de la Grande Assemblée (anché Knesset haguedola) – qui vivaient au début de la période du deuxième Temple – ont institué le texte de la Haggada. Au cours des générations, les grands Tannaïm, Amoraïm et Guéonim ont ajouté d’autres passages, qui comprennent eux aussi des principes importants, liés à la mitsva du récit pascal. Le texte se développa ainsi, jusqu’à trouver, il y a environ huit cents ans, sa forme finale, admise par les différentes communautés juives ; l’essentiel de ce texte réside dans la version de Rav Amram Gaon.

Le texte de la Haggada constitue donc le récit complet de la sortie d’Egypte, de sorte que tous ceux qui le récitent embrassent l’ensemble des différents sujets qui y sont liés. Toutefois, quiconque ajoute au commentaire de la Haggada, élargit le récit d’idées, d’histoires, de considérations halakhiques ayant trait à Pessa’h et à la sortie d’Egypte, est digne d’éloge[4].


[g]. Il sera question ici de la réponse faite par la Bible à la question de l’enfant, et non de la réponse, très brève, présentée par la Haggada.

[4]. Dans ces conditions, le texte de la Haggada est, dans son ensemble, la réponse complète au fils sage. Toutefois, dans la Haggada, la réponse formelle faite à l’enfant sage est brève : « On ne prend pas de dessert (afikoman) après la consommation du sacrifice pascal » ; mais le sens de ce passage est que l’on doit enseigner à l’enfant tout le contenu de la Haggada et l’ensemble des règles du rituel pascal, jusqu’à la dernière règle – qui est de ne point faire de banquet ni prendre de dessert après la consommation de l’agneau pascal. Dans cette dernière règle, l’accent est également mis sur la considération que l’on porte à la mitsva du séder, si grande que l’on ne veut rien manger après l’agneau pascal – ou après la dernière portion de matsa qui, de nos jours, est mangée à la place du sacrifice ; cela, afin que le goût de la matsa nous reste en bouche.

Il semble également que, parfois, l’enfant sage ait tendance à l’argumentation contradictoire serrée (pilpoul), ou à un grand souci de précision sur des points accessoires. Mais le soir du séder, le propos est de comprendre les principes, dans la profondeur que porte leur simplicité même ; aussi lui dit-on : « N’ajoute pas de “dessert” après l’agneau pascal », c’est-à-dire : « Concentre-toi sur l’essentiel, sans rechercher de raisonnements virtuoses mais secondaires. »

Certains avaient autrefois coutume de faire précéder la lecture de la Haggada d’une bénédiction : « Sois béni, Eternel… qui nous as prescrit la mitsva du récit de la sortie d’Egypte », mais cela n’est plus d’usage. Il y a à cela plusieurs raisons : selon certains auteurs, on s’acquitte déjà d’une telle bénédiction par la récitation Emet vé-émouna, bénédiction qui suit le Chéma du soir, récité auparavant lors de l’office d’Arvit (c’est l’avis du Méïri). Selon d’autres, on s’en acquitte par le Qidouch (Rabbénou Yerou’ham). Suivant d’autres encore, aucune bénédiction n’est nécessaire pour introduire la récitation de la Haggada, car l’essentiel de la mitsva du séder consiste à consommer la matsa et les herbes amères ; à cette occasion, on répond aux questions posées ; or on récite, précisément, des bénédictions sur la consommation de la matsa et sur celle des herbes amères (Responsa du Roch 24, 2). D’autres auteurs estiment que, en la matière, l’essentiel de la mitsva réside dans la compréhension de l’intellect, or on ne récite pas de bénédiction sur ce qui ressortit à la compréhension intellectuelle (Maharal, Gvourot Hachem 62). D’autres encore pensent que la bénédiction récitée à la fin de la Haggada, Acher guéalanou (« Béni sois-Tu… qui nous as délivrés… ») constitue la bénédiction afférente à la Haggada (Chibolé Haléqet). D’autres enfin ajoutent que, puisque l’on dit déjà la bénédiction Acher guéalanou au sein de la Haggada, il n’est pas nécessaire de faire précéder cette bénédiction d’une autre, de même que l’on ne fait pas précéder le Birkat hamazon d’une bénédiction spéciale (Ma’assé Nissim).

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