04. Le texte de Ma nichtana

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Pour donner au questionnement un cadre bien ordonné, les sages ont institué un texte, Ma nichtana (« Qu’est-ce qui différencie [cette nuit de toutes les nuits] ? »), par lequel les enfants expriment leur étonnement devant les différences que présente cette nuit. C’est à la suite de ce questionnement qu’on leur fera le récit de la sortie d’Egypte. Les sages ont formulé, dans le texte de Ma nichtana, des questions relatives à toutes les mitsvot alimentaires de la soirée du séder : la matsa, les herbes amères, l’agneau pascal, le fait de tremper par deux fois un aliment dans un liquide. Après la destruction du Temple, la question sur l’agneau pascal a été retirée du rituel ; à la place, on pose une question relative au mode de consommation : le fait de manger accoudé.

Quand il n’y a pas d’enfants pour demander Ma nichtana, c’est le plus jeune des convives qui lira ce texte. Même si tous les convives sont des érudits, instruits dans le récit de la sortie d’Egypte, l’un d’eux demandera néanmoins : Ma nichtana. Même si l’on est seul pour passer la soirée du séder, on devra inaugurer celle-ci par cette question : Ma nichtana. Car c’est ainsi qu’est conçu le séder[c] : on commence par une question, de façon que le récit soit plus complet[d]. Dès lors que les enfants, ou l’un des convives, a récité le Ma nichtana, les autres convives n’ont pas besoin de répéter ces mêmes questions : on commencera immédiatement la récitation des réponses : « Nous étions esclaves de Pharaon en Egypte… » (Choul’han ‘Aroukh et Rama 473, 7)[2].


[c]. Séder : littéralement, l’ordre, c’est-à-dire le cérémonial de la soirée pascale, tel qu’il est ordonnancé.

[d]. Sur le sens du questionnement dans le judaïsme, voir le paragraphe précédent.

[2]. Selon plusieurs Richonim, du moment que l’enfant a posé une quelconque question sur le thème de la soirée du séder, on est quitte de l’obligation de procéder par questionnement, et il n’est plus nécessaire de lire formellement le texte du Ma nichtana. C’est l’opinion du Roqéa’h, du Maharil et d’autres autorités. Mais pour la majorité des Richonim, parmi lesquels Tossephot et Maïmonide, il faut réciter tout le texte de Ma nichtana, même quand l’enfant pose de lui-même quelque question sur le thème du séder. C’est en ce dernier sens que la halakha est tranchée. Cf. Bérour Halakha sur Pessa’him 115b, qui résume les opinions. (Quoi qu’il en soit, il y a lieu de faire en sorte de susciter chez l’enfant quelque question venant de lui-même, afin d’accomplir ce que dit la Torah : « Quand ton fils te demandera… » ; simplement, même si l’enfant pose ses propres questions, il faut encore réciter toutes les questions instituées par nos sages.)

Selon une opinion, ce n’est que lorsque le fils questionne qu’il y a une mitsva toranique de raconter la sortie d’Egypte ; s’il ne pose pas de question, en revanche, la mitsva toranique est seulement de se souvenir de la sortie d’Egypte, mais il n’est pas nécessaire d’en faire le récit en détail ; ce n’est qu’en vertu d’une norme rabbinique qu’il est, dans tous les cas, obligatoire de raconter la sortie d’Egypte. C’est ce qui ressort des responsa du Roch, principe 24, 2. Mais telle n’est pas l’opinion de la majorité des décisionnaires, qui considèrent que, dès lors que l’on a un fils, c’est une mitsva toranique que de lui raconter la sortie d’Egypte, comme il est dit, au sujet du fils qui ne sait pas poser de questions : « Tu raconteras (véhigadta) cela à ton fils, en ce jour, en ces termes : “C’est en vertu de ceci que l’Eternel a agi pour moi, quand je sortis d’Egypte” » (Ex 13, 8).  C’est ce qu’écrit le Choul’han ‘Aroukh Harav 473, 42.

(Dans ses gloses sur le Séfer Mitsvot Gadol, mitsva 32, Rabbénou Yerou’ham Perla écrit que, selon Na’hmanide et d’autres Richonim encore, celui qui ne mange pas de matsa est dispensé du récit de la sortie d’Egypte, ainsi qu’il est dit : « C’est en vertu de ceci… », ce que les sages commentent : « Quand on a du pain azyme devant soi ». Cf. Sidour Pessa’h Kehilkhato 6, note 2, qui établit une différence entre le cas où l’enfant pose des questions, cas dans lequel on a l’obligation de faire un récit détaillé, et le cas où il ne pose pas de questions, et où l’on peut se contenter d’un rappel abrégé. Il est permis de suggérer que, si l’enfant interroge, c’est une mitsva pour le père que de développer son propos, en fonction de la question posée, et que, si l’enfant n’interroge pas, c’est pour le père une mitsva de la Torah que de lui raconter la sortie d’Egypte, sans pour autant qu’il y ait une mitsva à développer le propos. Le développement du propos dépend en effet de la volonté de l’enfant d’écouter et de recevoir des réponses.)

Quoi qu’il en soit, il est certain, d’après les paroles des sages, qu’il faut réciter tout le texte de la Haggada en tout état de cause, puisque, dans le cas même où l’on est seul, on s’interroge soi-même, comme le rapporte la Guémara Pessa’him 116a, et par conséquent on endosse soi-même l’obligation du complet récit.

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