04 – Le rappel des sacrifices (Séder qorbanot)

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On commence par le paragraphe de la Aqéda (ligature d’Isaac, Gn 22, 1-19), car la disposition d’Abraham notre père à sacrifier son fils unique constitue l’offrande la plus élevée, et le fondement de toutes les mitsvot relatives aux sacrifices. De plus, sa lecture éveille les cœurs à l’amour de Dieu et à Son service en toute abnégation. Par ailleurs, par cette lecture, nous rappelons le mérite de nos pères ; c’est précisément l’objet de la prière qui suit le paragraphe de la Aqéda, où nous demandons que, par le mérite de la ligature d’Isaac, Dieu nous prenne en miséricorde et nous délivre.

Après cela, on a l’usage de prononcer des paroles d’éveil spirituel, préparatoires à la prière et au service de Dieu. On y cite le verset Chéma Israël et, selon le Talmud de Jérusalem, on conclut le passage par la bénédiction : « Sois béni Eternel, qui sanctifies Ton nom parmi la multitude » (Baroukh Ata Ado-naï, meqadech et chimkha barabim) ; tel est l’usage ashkénaze. Selon le rituel séfarade, puisque cette bénédiction n’est pas mentionnée dans le Talmud de Babylone, on dit seulement : « Béni soit celui qui sanctifie Son nom parmi la multitude » (Baroukh hameqadech Chémo barabim), sans mentionner le nom divin[3].

On arrive ensuite aux paragraphes des sacrifices eux-mêmes. Selon l’usage ashkénaze, on dit d’abord le paragraphe du bassin de cuivre et du transfert des cendres, par lesquels les prêtres (Cohen, pluriel Cohanim) commençaient chaque matin le service du Sanctuaire. De plus, par l’ablution des mains et des pieds par l’eau du bassin, les Cohanim se purifiaient à l’approche de leur service ; de même, la lecture de ce paragraphe contribue à la purification du fidèle à l’approche de la prière.

Après cela, tout le monde récite le paragraphe du sacrifice journalier, la Parachat hatamid, avant laquelle on demande que sa lecture soit considérée comme le sacrifice journalier lui-même. Puis on dit les versets de l’encens, Parachat haqetoret, et les paroles des sages sur l’apprêt de l’encens, Pitoum haqetoret.

On ajoute ensuite quelques versets à titre de protection, puis Abayé haya mésader séder hamaarakha (« Abayé relevait ainsi l’ordre du service journalier… »), passage qui résume brièvement le cérémonial du service au Temple. On dit le poème liturgique Anna békhoa’h (« De grâce, par la puissance et la grandeur de Ta droite… »), qui fait lui aussi allusion à l’oblation des sacrifices, et l’on conclut en demandant que la parole de nos lèvres nous soit comptée  comme si nous avions offert le sacrifice journalier.

Cette section des sacrifices ne peut se dire qu’à partir du lever de l’aube (‘amoud hacha’har), car c’est à ce moment que commence le temps de l’oblation des sacrifices (Choul’han ‘Aroukh 1, 6 ; 47, 13). Certains pensent qu’il est bon d’être debout pour réciter cette section, à l’exemple des prêtres qui se tenaient debout lors de l’oblation des sacrifices (d’après le Maguen Avraham ; cf. Michna Beroura 48, 1). Mais pour la majorité des décisionnaires – et tel est l’usage séfarade – il n’est pas nécessaire d’être debout (Kaf Ha’haïm 1, 33).

On dit ensuite le chapitre 5 du traité Zeva’him de la Michna, chapitre appelé, d’après ses premiers mots, Eizéhou méqoman (« À quel emplacement se font les sacrifices ? »). Cette lecture répond à deux préoccupations : premièrement, ce chapitre explique à quel endroit se faisaient l’abattage et l’aspersion du sang de tous les sacrifices ; or la lecture de cet enseignement est comparable à l’oblation de ces différentes offrandes. Deuxièmement, nos sages ont voulu que tout Juif apprît chaque jour la Torah écrite, la Michna et le Talmud (cf. Qidouchin 30a) : par la récitation de l’offrande journalière, on se rend quitte de la lecture de la Torah écrite, par ce chapitre du traité Zeva’him, on s’acquitte de l’étude de la Michna, et lorsque ensuite on lit la Baraïta de Rabbi Ichmaël sur les treize règles herméneutiques d’après lesquelles la Torah s’interprète, on s’acquitte de l’étude du Talmud.

Selon le Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 1, 5, il est bon de dire tous les paragraphes de la Torah relatifs aux sacrifices – c’est-à-dire les paragraphes qui se rapportent à l’holocauste (‘ola), à l’offrande (min’ha), aux rémunératoires (chelamim), à l’expiatoire (‘hatat) et à l’offrande délictive (acham), paragraphes extraits des sections Vayiqra et Tsav du Lévitique. Mais en pratique, on n’a pas l’usage de les lire, et ils ne sont d’ailleurs pas imprimés dans les rituels. Certains disent que, par la lecture du chapitre 5 de la Michna Zeva’him, qui mentionne tous les sacrifices, on s’acquitte, dans une certaine mesure, de l’étude de ces sujets (Choul’han ‘Aroukh Harav 1, 9, Echel Avraham). Chaque année, quand reviennent les sections Vayiqra et Tsav dans le cadre de la lecture hebdomadaire de la Torah, il convient de bien les étudier, car leur étude est considérée comme l’oblation des sacrifices (Mena’hot 110a).


[3]. Dans Pessa’him 104b et Berakhot 46a, Tossephot mentionne cette bénédiction, et explique qu’elle ne comprend pas de formule introductive (elle ne commence pas par Baroukh), mais seulement une formule conclusive (elle s’achève par Baroukh), du fait qu’il s’agit d’une bénédiction de reconnaissance (birkat hodaa). Toutefois, Maïmonide rapporte cette bénédiction sans mention du Nom divin. Le Tour, Ora’h ‘Haïm 46, la rapporte en tant que bénédiction au nom du Talmud de Jérusalem. (Cependant, dans la version du Talmud de Jérusalem que nous possédons, le passage a été perdu. Cf. Taz, qui accepte que cette bénédiction soit dite en se fondant sur la coutume). L’usage séfarade est conforme à Maïmonide et à Rabbi Isaac Louria, dans Chaar Hakavanot, consistant à ne pas conclure par le nom divin. Le texte de la prière, depuis Lé’olam yehé adam (« Qu’en tout temps, l’homme craigne le Ciel, en secret comme en présence d’autrui »), est cité par le Tana devé Elyahou Rabba (source midrachique), chap. 21. Il est évident que, selon le rite ashkénaze, puisque ce passage constitue une bénédiction, il convient de veiller à le dire chaque jour.

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