04. Validité des matsot faites à la main et des matsot faites à la machine (pour accomplir la mitsva de consommer la matsa, le soir du séder)

Dès l’époque où sont apparues des machines à confectionner les matsot, une grande controverse opposa les décisionnaires. Cette controverse a pour sujet deux questions : a) Les matsot qui sont fabriquées par la machine sont-elles cachères, sans crainte d’aucune fermentation ? b) Peut-on accomplir, par de telles matsot, la mitsva de manger de la matsa le soir du séder ?

En ce qui concerne la crainte de la fermentation, on s’accorde aujourd’hui à dire que tout dépend de la nature de la machine, et de la surveillance rabbinique exercée. Aussi, tant qu’il y a des surveillants dignes de confiance, qui vérifient qu’aucun risque de fermentation n’affecte les matsot, celles-ci sont cachères. C’est ainsi que des justes et des personnes animées de la crainte de Dieu ont coutume de manger, à Pessa’h, des matsot faites à la machine.

En revanche, la deuxième question est encore débattue. Selon certains, la mitsva de surveiller les matsot oblige à ce qu’une intention explicite – celle de produire de la matsat mitsva (matsa destinée à accomplir la mitsva) – préside à tout le processus de pétrissage et de cuisson. Or une machine ne peut former d’intention. Par conséquent, on ne saurait accomplir la mitsva de consommer la matsa, le soir du séder, avec de la matsa fabriquée mécaniquement.

Mais la majorité des décisionnaires estiment que l’on peut s’acquitter de cette obligation par le biais de matsa fabriquée mécaniquement, ce pour plusieurs raisons. Premièrement, certains Richonim, tels que Rabbi Aharon Halévi, estiment que la mitsva de surveiller les matsot consiste à s’assurer qu’il n’y ait point de fermentation. Or peu importe que cette surveillance s’exerce tandis que l’on fait les matsot à la main, ou qu’elle s’exerce en contrôlant l’activité d’une machine. De plus, c’est l’homme qui met en marche la machine ; et s’il la met en marche dans l’intention que soient fabriquées des matsot mitsva, c’est cette intention qui présidera à toute l’activité de la machine.

En pratique, on peut accomplir la mitsva de manger de la matsa, le soir du séder, avec des matsot faites à la machine. Mais nombreux sont ceux qui apportent à la mitsva un supplément de perfection (hidour), en prenant des matsot faites à la main, produites sous une bonne surveillance rabbinique. Il n’est toutefois pas nécessaire de manger, pendant tout le repas de la soirée du séder, de la matsa faite à la main. Le hidour consiste à manger de la matsa faite à la main toutes les fois que, au cours de la soirée pascale, il nous est explicitement prescrit de manger une mesure d’un kazaït, en tant que mitsva (sur la notion de kazaït, et sur les quatre mesures de matsa que l’on doit manger lors du séder, cf. chap. 16 § 22-25)[4].


[4]. Autrefois, les machines étaient davantage actionnées par l’homme, et l’on pouvait craindre le risque de fermentation, ou le changement apporté à la tradition. Après que les machines furent perfectionnées, ces craintes ont été dissipées, mais reste, et se renforce même, la crainte que la mise en marche de la machine soit dépourvue de l’intention requise.

Parmi ceux qui l’interdisent : Rav Chelomo Kluger, Rabbi ‘Haïm de Tzans (Divré ‘Haïm), le ‘Hidouché Harim, le Avné Nézer, et telle était la tendance des grands maîtres du ‘hassidisme dans leur majorité. De même, dans notre génération, la tendance des grands maîtres du ‘hassidisme est d’exclure les matsot faites à la machine. Parmi ceux qui le permettent : le Choel Ouméchiv, l’auteur du Tiféret Israël sur la Michna, le Ktav Sofer, le ‘Aroukh Laner. Certains auteurs préféraient même les matsot faites à la machine, car le risque qu’elles aient fermenté est moindre ; c’est le cas du Or Saméa’h ; c’est aussi en ce sens que tranchait le Rav Chemouel de Salant, président du tribunal rabbinique de Jérusalem, qui consommait lui-même des matsot faites à la machine. Tel était aussi l’usage des Perouchim [les disciples du Gaon de Vilna et les Juifs d’origine lituanienne] à Jérusalem. La raison principale en est que la surveillance et l’ « embellissement » de la mitsva consistent essentiellement dans l’absence de tout risque de fermentation ; or, d’après leurs observations, les matsot faites à la machine présentent moins de risque à cet égard.

Le Rav Tsvi Pessa’h Frank (Miqraé Qodech II 3) explique que, lorsqu’un non-Juif ou un mineur pétrissent la pâte, la présence du Juif qui se tient auprès d’eux n’est pas efficace, car ces personnes ont, elles-mêmes, une conscience ; en revanche, quand il s’agit d’une machine, qui n’a pas de conscience, la conscience du Juif qui l’actionne est efficace. De même, notre maître, le Rav Tsvi Yehouda Kook, mangeait de la matsa faite à la machine, le soir du séder. Le Rav Min Hahar et le Rav Chalom Messas, eux aussi, avaient coutume de préférer la matsa faite à la machine. Le Rav Chaoul Israeli disait que la matsa faite à la main n’avait pas de supériorité par rapport à celle qui est produite mécaniquement. Quant au Rav Mordekhaï Elyahou, il estimait que, bien que l’on puisse prononcer la bénédiction sur des matsot faites à la machine, les matsot faites manuellement sont préférables. (Bien que, selon les responsa ‘Oneg Yom Tov, Ora’h ‘Haïm 42, la mitsva de surveiller les matsot soit toranique, la mitsva de manger de la matsa le soir du séder se maintient, elle, même quand on ne dispose pas de matsot chemourot ; en ce cas, il est implicite que l’on dira tout de même la bénédiction ; simplement, on n’aura pas accompli la mitsva de la « garde »).

Nous écrivions plus haut qu’il y a un plus grand hidour (une plus haute perfection apportée à la mitsva) à prendre des matsot faites à la main. Nous nous basions, en cela, sur les explications de notre père et maître, le Rav Zalman Baroukh Melamed : au cours des dernières décennies, plusieurs choses ont changé ; d’un côté, les machines sont devenues plus automatiques, et il est davantage à craindre que l’acte soit dépourvu d’intention. S’agissant des anciennes machines, que le Juif actionnait de nombreuses façons, on pouvait soutenir que la suite d’actions qu’il y imprimait revenait à fabriquer des matsot en vue de la mitsva. De nos jours, il ne reste au Juif qu’à appuyer sur un bouton. De plus, jadis, lorsque toutes les matsot se faisaient à la main, on pouvait craindre que, en raison de la pression qui pesait sur les fabricants, qui devaient fournir des matsot pour toute la communauté juive, ils ne fussent moins pointilleux sur la surveillance à apporter contre la fermentation. Aussi, l’apparition de la matsa produite mécaniquement a apporté une grande amélioration. Mais de nos jours, la majeure partie des fabriques de matsot faites main sont conçues de façon pointilleuse, et suivent le plus haut niveau de hidour, au point que la situation pourrait s’être inversée, et qu’il y aurait moins de risque de fermentation dans les matsot faites main. Et bien que l’on s’accorde, en pratique, à considérer l’intention de celui qui actionne la machine et celle du surveillant comme suffisantes, il y a un plus haut niveau d’embellissement de la mitsva lorsque tout le processus de fabrication est conduit par l’intention.

C’est le cas, plus encore, quand c’est le consommateur lui-même qui se donne la peine de fabriquer ses matsot, car la mitsva est plus parfaite quand on la réalise par soi-même que par le biais d’un délégué (c’est la coutume de notre père et maître que de confectionner lui-même ses matsot, à la main, pour les besoins du séder).

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