05. Est-il souhaitable de manger de la matsa chemoura durant toute la fête de Pessa’h ?

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La mitsva de « garder » les matsot concerne la matsat mitsva (matsa dont la consommation est obligatoire), celle qu’il nous est prescrit de manger le soir du 15 nissan. La raison d’être de cette « garde » est d’exercer une surveillance particulière sur les matsot destinées à la consommation obligatoire du séder, en l’honneur de la mitsva. En d’autres termes, il est permis de consommer, à Pessa’h, des matsot qui n’ont pas bénéficié d’une telle surveillance, du moment que, selon les principes de la halakha, il n’y a pas lieu de craindre qu’elles aient fermenté ; mais elles ne seront pas valides pour servir de matsot mitsva (matsot destinées à la mitsva du séder), dès lors qu’elles n’ont pas bénéficié d’une surveillance spécifique, en vue de produire de la matsat mitsva.

Par conséquent, on peut manger, durant tout le reste de la fête de Pessa’h, des matsot cachères pour Pessa’h (kasher lé-Pessa’h) qui ne sont pas, pour autant, chemourot.

Toutefois, certaines personnes, pointilleuses dans la pratique des mitsvot, consomment, durant toute la fête, des matsot chemourot. Il y a à cela deux raisons. Premièrement, certains décisionnaires estiment que, s’il est vrai qu’il n’y a pas d’obligation à manger des matsot tous les jours de la fête, celui qui, néanmoins, en mange accomplit une mitsva (comme nous l’expliquions au paragraphe 1). Dès lors, si l’on veut accomplir une mitsva en mangeant des matsot, il faut en manger qui soient chemourot. Cependant, d’après cela, on peut se contenter de consommer la mesure d’un kazaït de matsa chemoura à chaque repas. De même, on peut se contenter des matsot ordinaires vendues de nos jours, qui sont surveillées depuis la mouture ; nous avons vu en effet (§ 2) que, si l’on s’en tient à la stricte obligation, on se rend quitte, par des matsot surveillées depuis l’étape de la mouture, du devoir de manger la matsat mitsva.

La seconde raison pour laquelle certains tiennent à manger de la matsa chemoura durant toute la fête est la crainte du ‘hamets. En effet, de tous les aliments que nous consommons à Pessa’h, la matsa est le plus susceptible de fermenter ; aussi, si l’on n’exerce pas de surveillance sur le blé depuis la moisson, il est à craindre que quelques grains de blé ne fermentent. D’après cela, l’embellissement de la mitsva, consistant à manger, durant tout Pessa’h, des matsot chemourot dont la surveillance a commencé dès la moisson, a lieu d’être.

Il faut savoir que, de nos jours, de telles matsot n’ont pas pour seul avantage d’être surveillées depuis la moisson : plus généralement, les équipes de fabrication sont plus soigneuses, tout au long de la production. On interrompt le fonctionnement des machines toutes les dix-huit minutes – pour celles d’entre ces matsot qui sont produites mécaniquement –, puis on nettoie bien les machines, si bien que ces matsot présentent une série de supériorités.

En résumé, les matsot ordinaires, qui sont surveillées depuis la mouture, sont cachères a priori, pour toute la durée de Pessa’h ; même d’après ceux qui estiment que l’on réalise une mitsva en consommant de la matsa durant les sept jours de Pessa’h, ladite mitsva peut se réaliser par de telles matsot. Mais ceux qui apportent un soin supplémentaire à la pratique des mitsvot consomment des matsot chemourot dont la surveillance a commencé dès la moisson, parce que leur fabrication est plus pointilleuse quant à la surveillance contre la fermentation[5].


[5].  Le Gaon de Vilna avait coutume de manger de la matsa chemoura durant toute la fête de Pessa’h, pour les deux motifs invoqués : a) parce que, selon lui, le fait de manger de la matsa chemoura pendant ces sept jours réalise une mitsva – simplement, de ce point de vue, il suffirait selon lui que la matsa fût « gardée » depuis le moment du pétrissage ; b) parce qu’il craignait une possible fermentation – aussi ordonnait-il que la surveillance commençât dès la moisson. Ses propos sont rapportés par le Béour Halakha 453, 4. Le ‘Aroukh Hachoul’han 453, 20-23 explique que, selon le Rif et Maïmonide, il y a une mitsva rabbinique à surveiller les matsot depuis la moisson, afin qu’aucune fermentation ne soit à craindre ; or cette crainte concerne les matsot que l’on mange durant toute la fête. Toutefois, la majorité des décisionnaires estiment qu’il n’est pas nécessaire de manger, pendant toute la durée de Pessa’h, de la matsa chemoura dont la surveillance a commencé dès la moisson. C’est aussi ce qui semble ressortir des propos du Choul’han ‘Aroukh 453, 4 et du Michna Beroura ad loc.

Par conséquent, l’embellissement essentiel apporté à la mitsva consiste dans le fait même de préserver les épis de blé de la fermentation, depuis la moisson. Les épis ainsi surveillés sont fauchés avant de sécher, de sorte que, dans le cas où ils recevraient une pluie abondante, ils ne risqueraient pas de fermenter. Ensuite, on les entrepose en un endroit sec, si bien qu’il n’est pas à craindre d’y trouver des grains germés ou fendus, qui risqueraient de fermenter. En revanche, quand il s’agit de blé importé de l’étranger, et avec lequel on fabrique le reste des matsot, on trouve parfois des grains fermentés. Certes, on a soin, en ce cas, de prendre, pour la fabrication des matsot, des paquets dont le contenu est propre ; mais il reste possible d’y trouver des grains fermentés. Il est vrai que, si l’on s’en tient aux stricts principes de la halakha, ces grains sont considérés comme annulés au sein d’une quantité soixante fois supérieure (en effet, on fabrique les matsot avant Pessa’h ; or, pour la majorité des décisionnaires, le ‘hamets annulé avant Pessa’h ne se « réveille » pas pendant la fête, comme nous l’avons vu ci-dessus, chap. 7 § 3-4) ; toutefois, ce blé est de moindre qualité pour en faire des matsot.

De plus, puisque les matsot chemourot dont la surveillance commence à la moisson présentent une supériorité à cet égard, ceux qui les produisent sont, à d’autres égards, plus pointilleux : lorsqu’ils les confectionnent, ils arrêtent les machines toutes les dix-huit minutes et les nettoient à fond ; régulièrement, ils proclament : « Léchem matsat mitsva ! » (« En vue de la matsa consommée au titre du commandement ! ») ; et la surveillance est plus attentive. Pour les matsot ordinaires, en revanche, la tendance est plutôt d’en produire beaucoup, et vite, afin d’assurer un prix bas, destiné au grand public ; aussi, seuls les mixeurs-pétrisseurs sont-ils changés toutes les dix-huit minutes, tandis que la machine à aplatir n’est nettoyée qu’au cours de la fabrication. Certes, chacune des pièces est effectivement nettoyée à moins de dix-huit minutes d’intervalle, mais dans la mesure où cette tâche est exécutée parallèlement à la production, il est plus difficile de nettoyer chaque pièce à fond.

Cependant, les matsot chemourot sont beaucoup plus chères que les matsot ordinaires (lesquelles sont, elles aussi, surveillées – même si ce n’est que depuis la mouture –, de sorte que l’on peut accomplir par elles la mitsva de consommation de la matsa, pour ceux qui pensent que, tout au long de la fête, manger de la matsa réalise une mitsva). Selon certains, on embellit davantage la mitsva en donnant de l’argent à une œuvre d’assistance aux pauvres, ou à une institution d’étude de la Torah, qu’en achetant des matsot chemourot pour toute la fête. Mais en revanche, si l’on gaspille de l’argent en superfluités, et que l’on ait soin d’acheter de très beaux meubles et de très beaux vêtements, pourquoi ne dépenserait-on pas son argent pour apporter un supplément de perfection à la mitsva de surveiller les matsot ?

Concluons en pratique : les matsot « ordinaires » [dotées d’un bon certificat de cacheroute pour Pessa’h] sont cachères a priori, et l’on peut se fier aux surveillants, qui remplissent leur mission convenablement. Quant à la question des hidourim (perfectionnements apportés à la pratique), chacun doit décider pour soi-même s’il veut adopter de tels perfectionnements, et en quoi.

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