07.La coutume des haqafot

On a coutume d’organiser sept haqafot [e] le soir de Sim’hat Torah, et sept autres le jour. Chaque fois que l’on fait des haqafot, on fait allusion à la lumière divine entourant les mondes (or maqif), c’est-à-dire à une haute illumination, qui nous enveloppe, nous élève et nous inspire, mais qu’il nous est impossible d’appréhender de façon intellectuellement définie, en raison de son élévation (cf. ci-dessus, chap. 1 § 7 ; chap. 5 § 9). Toutes les notions que nous avons étudiées et comprises dans le cours de l’année relèvent de la lumière intérieure (or penimi), intégrée de manière définie dans notre intellect ; grâce à cela, au moment de la clôture de la Torah, nous avons le mérite de recueillir une part de la lumière enveloppante, qui se dégage de l’ensemble de la Torah. Se renforcer au moment de Sim’hat Torah aide beaucoup à atteindre cela.

À l’approche des haqafot, on a coutume de sortir de l’arche sainte tous les rouleaux de la Torah, y compris les rouleaux non valides. Suivant la coutume ashkénaze, on porte tous les rouleaux et l’on danse avec eux pendant toutes les haqafot ; et si de nombreux rouleaux sont présents, plus que les danseurs ne peuvent en porter, on ne sort de l’arche sainte que ceux qui pourront être portés pendant les danses. Suivant la coutume séfarade, la plupart du temps, on pose les rouleaux de la Torah sur le pupitre de lecture (la bima), et, tandis qu’un des fidèles tient en main l’un des rouleaux, le reste de l’assemblée les entoure, et danse autour d’eux. Selon Rabbi Isaac Louria, la coutume consiste à tourner autour de la bima avec l’un des rouleaux de la Torah pendant une haqafa, et ainsi de suite pour chacune des sept haqafot (cf. Ben Ich ‘Haï, Vézot haberakha 17). Toutes les coutumes sont bonnes.

Si l’on s’en tient à la seule règle coutumière, il suffit de faire sept tours ; mais du point de vue de la joie de la Torah et de l’honneur qu’on lui voue – thème principal du jour de Sim’hat Torah –, il y a lieu de multiplier les danses. Il n’est pas nécessaire que les autres danses prennent la forme d’une procession en rond. On a l’usage de chanter des poèmes liturgiques (piyoutim) pendant les haqafot, chaque communauté suivant sa coutume ; mais cela ne conditionne pas la validité des haqafot.

Il est d’usage de faire les haqafot du soir après avoir achevé l’office d’Arvit. S’agissant du jour, certains ont coutume de faire les haqafot après la fin de Moussaf, d’autres les font après la fin de la lecture de la Torah (‘Hida, Lé-David Emet, fin du chap. 26) ; mais dans la majorité des communautés, le temps des haqafot est entre la prière de Cha’harit et la lecture de la Torah.

En de nombreux endroits, il est de coutume de faire un Qidouch au moment des haqafot. On boit alors force vin, au point de se trouver égayé ; mais on a soin de ne point s’enivrer. De même, il faut veiller, d’ici à la prière de Moussaf et à celle de Min’ha, à ce que l’effet de l’alcool ait le temps de se dissiper, afin d’avoir l’esprit clair pendant ces prières. Il est en effet interdit à celui qui est chatouï (sous l’effet de l’alcool) de réciter la ‘Amida (Choul’han ‘Aroukh 99, 1, La Prière d’Israël 5, 11). Dans le même sens, il est interdit à un cohen sous l’effet de l’alcool de prendre part à la bénédiction des cohanim (Choul’han ‘Aroukh 128, 38).

A priori, toutes les personnes présentes à la synagogue doivent être debout, tout le temps des rondes et des danses faites avec les rouleaux de la Torah. Cependant, celui à qui il est difficile de rester debout est autorisé à s’asseoir, et ce n’est qu’au début de chaque haqafa qu’il se lèvera[3].

Certains ont coutume, d’après l’usage kabbalistique contemporain de Rabbi Isaac Louria, de faire aussi des haqafot à l’issue de la fête ; on les appelle haqafot chniot (secondes haqafot). Elles aussi honorent la Torah, de sorte que celui qui y participe accomplit par-là une mitsva. Le Rav Kook – que la mémoire du juste soit bénie – donnait pour instruction de jouer des instruments de musique, afin qu’il soit manifeste que la fête est achevée, et que l’on ne semble pas ajouter, en terre d’Israël, un second jour, comme on le fait en diaspora (Ora’h Michpat 142).


[e]. Haqafa, plur. haqafot : procession en rond que font les fidèles, en dansant et en chantant, autour des rouleaux de la Torah.

[3]. Dans toutes les synagogues, il y a des gens qui restent assis pendant les haqafot. De prime abord, d’après la halakha, on devrait être debout pendant toute leur durée. En effet, nous apprenons au traité Qidouchin 33b que, s’il faut se lever devant un érudit – puisqu’il est dit « tu honoreras la personne de l’ancien » (Lv 19, 32) –, à plus forte raison doit-on se lever devant le séfer-Torah. C’est ce qu’écrit le ‘Aroukh Hachoul’han, Yoré Dé’a 282, 2 ; cependant, l’auteur précise que la coutume n’est pas véritablement établie, et il tend à l’indulgence au moment où l’assemblée, portant les rouleaux de la Torah, se tient debout entre les haqafot ; car alors, le rouleau est considéré comme posé à sa place, et il n’est donc pas nécessaire de se lever, de même que cela n’est pas nécessaire quand il est posé sur la bima. Le Rav Chelomo Zalman Auerbach trouve quelque motif d’indulgence à l’égard même de ceux qui restent assis pendant les haqafot, car alors l’emplacement des rouleaux réside dans la ronde même autour de la bima ; dès lors, il n’est pas obligatoire d’être debout (Halikhot Chelomo, Mo’adim 12, 9). D’autres ont trouvé un motif d’indulgence dans la règle applicable à l’érudit ; car selon Tossephot et le Rama (Yoré Dé’a 242, 16), il suffit de se lever devant lui le matin et le soir, et non chaque fois qu’il passe (Betsel Ha’hokhma 5, 139). Et si les danseurs sont serrés les uns contre les autres, et qu’il n’y ait pas entre eux l’espace de trois téfa’him, ils constituent eux-mêmes une cloison entre le rouleau et la personne assise (Peri Elyahou 3, 24).

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