03. Le Grand-prêtre (Cohen gadol)

https://ph.yhb.org.il/fr/15-10-03/

Le rôle des prêtres (les cohanim[b]) est de relier les Israélites à leur Père qui est au ciel, par l’accomplissement du service du sanctuaire, par l’approfondissement de la foi et de la bienfaisance parmi le peuple juif, et par l’enseignement de la halakha. Afin que les cohanim soient consacrés à leur service, sans qu’ils aient besoin de travailler pour se sustenter, la Torah a ordonné de leur attribuer des contributions et autres dons voués à la prêtrise. Et pour préserver leur sainteté, les cohanim sont avertis de ne pas se rendre impurs par le contact d’un mort autre qu’un parent du premier rang[c] ; de même leur est-il interdit d’épouser une femme divorcée ou ‘halala[d]. C’est une mitsva que de nommer Grand-prêtre le plus illustre d’entre les prêtres. Les règles applicables au Grand-prêtre sont plus restrictives encore : il ne peut se rendre impur ni s’endeuiller pour aucun mort, même son père ou sa mère ; et il n’est autorisé à épouser qu’une femme vierge. On le prépose à son service en lui versant l’huile d’onction et en le vêtant de huit habits qui lui sont spécifiques ; comme il est dit : « Et le prêtre supérieur à ses frères, sur la tête duquel aura été versée l’huile d’onction, et qu’on aura préposé pour vêtir les habits, n’échevellera pas sa tête ni ne déchirera ses habits. De toute personne morte, il n’approchera pas ; pour son père et sa mère même, il ne se rendra pas impur. Du sanctuaire, il ne sortira pas, et il ne profanera pas le sanctuaire de son Dieu, car le diadème de l’huile d’onction de son Dieu est sur lui, Je suis l’Éternel » (Lv 21, 10-12). C’est le grand tribunal de soixante-et-onze anciens qui devait décider de la nomination du Grand-prêtre (Maïmonide, Klé Hamiqdach véha’ovdim bo 4, 12-15).

Contrairement aux autres cohanim, qui ne portaient que quatre vêtements durant leur service au sanctuaire, il était enjoint au Grand-prêtre d’y ajouter quatre autres habits, de sorte que ses vêtements étaient au nombre de huit. S’il avait omis un seul de ces vêtements, son service eût été invalidé. Chacun des vêtements consacrés à la prêtrise exprimait une idée particulière, et servait à expier un type de faute, contradictoire avec cette idée. Comme l’enseignent nos sages :

La tunique (ketonet) expie le crime de sang ; le caleçon (mikhnassaïm) expie les unions interdites ; la tiare (mitsnéfet) est expiatoire pour ceux dont l’esprit est grossier ; la ceinture (avnet) expie les pensées fautives ; le pectoral (‘hochen) expie les infractions au droit civil et du commerce ; l’éphod expie l’idolâtrie ; la robe (mé’il) expie la médisance (publique) ; le diadème saint (tsits) expie l’œuvre des effrontés (‘Arakhin 16a).

Le Grand-prêtre doit être le plus pieux des cohanim, continuateur de la voie d’Aaron le prêtre, qui « aimait la paix et poursuivait la paix, aimait les créatures et les rapprochait de la Torah » (Maximes des pères 1, 12). Afin d’exprimer son attachement à Dieu, était gravée sur le tsits qu’il portait au front l’inscription Qadoch Lachem (sanctifié pour l’Éternel). Et pour exprimer son amour et sa responsabilité à l’égard du peuple d’Israël, les noms des patriarches et des tribus d’Israël étaient gravés sur les pierres du pectoral fixé sur son cœur. Même sur les chaînettes qui étaient sur ses épaules, deux pierres précieuses étaient fixées, où les noms des tribus étaient gravés (Maïmonide, Klé Hamiqdach véha’ovdim bo 9, 1 ; 9, 7-9). Le Grand-prêtre doit être aussi supérieur à ses frères en force physique, en sagesse, en beauté et en richesse. S’il présentait toutes ces qualités sauf celle d’être riche, ses frères, les cohanim, lui donnaient de leur argent, afin qu’il présentât toutes les qualités (Yoma 18a).

Si l’on a nommé comme Cohen gadol un homme qui ne se distingue pas par sa piété et par ses qualités, il a néanmoins, a posteriori, le statut de Cohen gadol, et toutes les règles attachées à cette fonction s’appliquent à lui. Mais il est évident que, plus le Grand-prêtre était juste, plus il réussissait en son service et rapprochait davantage Israël de son Père qui est au ciel.

Nos sages enseignent que, durant les quatre cent dix ans d’existence du premier Temple, dix-huit Grands-prêtres furent successivement en fonction. La majorité d’entre eux furent des justes, aussi jouirent-ils d’une longue vie ; tandis que, durant les quatre cent vingt ans du deuxième Temple, plus de trois cents Grands-prêtres furent en fonction, parmi lesquels trois furent des justes, qui servirent de nombreuses années, et presque tous les autres n’étaient pas des justes : ils achetaient au pouvoir leur prêtrise en argent, et ne passaient pas l’année. C’est à ce propos qu’il est dit : « La crainte de l’Éternel ajoute aux jours, mais les années des impies sont abrégées » (Pv 10, 27).

À la suite de la corruption qui sévissait parmi les Grands-prêtres à l’époque du second Temple, la purification et l’expiation d’Israël à Kipour furent altérées, au point que, finalement, le Temple fut détruit, et le peuple d’Israël partit pour un long exil.


[b]. Cohen, plur. cohanim.

[c]. Père, mère, frère, sœur, conjoint, fils, fille.

[d]. Femme ayant entretenu des rapports charnels avec un homme ‘halal, c’est-à-dire issu de l’union d’un cohen avec une femme qui lui était interdite.

Ce contenu a été publié dans Chapitre 10 - Le service de Yom Kipour à l’époque du sanctuaire. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.