05 – L’heure de lecture du Chéma commence à l’apparition des étoiles

L’heure de lecture du Chéma du soir est définie dans la Torah par le terme Be-chokhbekha (« à ton coucher ») – c’est-à-dire durant la période où les gens sont couchés dans leurs lits. Cette période commence à la tombée de la nuit. Les sages nous ont donné un signe, à cet égard : l’apparition de trois étoiles moyennes. En effet, celles des étoiles qui nous paraissent grandes, telles que Vénus, Mars et Jupiter, sont également visibles de jour ou au crépuscule. En revanche, lorsqu’apparaissent les trois étoiles qui suivent les grandes – celles qui nous semblent moyennes – c’est le signe que la nuit commence (Hazmanim Bahalakha, chap. 49-50). Ce moment s’appelle tset hakokhavim (« la sortie des étoiles »). Pour que l’on ne risque pas de se tromper, et de prendre de grandes étoiles pour des moyennes, les Richonim ont donné pour instruction d’attendre d’apercevoir trois petites étoiles (élèves de Rabbénou Yona, Choul’han ‘Aroukh 235, 1).

Cependant, un doute apparaît : d’après quelle catégorie de personne doit-on fixer l’heure de l’apparition des étoiles ? Certains pensent que l’heure de tset hakokhavim est fixée d’après les meilleurs observateurs, qui savent où doivent apparaître les premières étoiles : ces observateurs exercés aperçoivent trois étoiles moyennes environ dix-huit minutes après le coucher du soleil ; parfois même, quinze minutes après le coucher du soleil. C’est ce que laisse entendre un passage talmudique (Chabbat 35b), qui estime que le temps séparant le coucher du soleil de l’apparition des étoiles équivaut au temps nécessaire pour parcourir trois-quarts de mille, c’est-à-dire entre treize minutes et demie et dix-huit minutes environ. D’autres pensent que l’on se base sur la majorité des gens, qui parviennent à distinguer trois étoiles moyennes entre vingt-cinq et trente minutes après le coucher du soleil. Tout cela est dit au sujet d’étoiles moyennes. Mais, comme nous l’avons signalé, l’heure du Chéma commence à l’apparition de trois petites étoiles ; pour cela, on doit encore attendre quelques minutes.

En pratique, nombreux sont ceux qui ont l’usage de commencer l’office d’Arvit environ vingt minutes après le coucher du soleil, car telle est la halakha selon une majorité de décisionnaires. Mais a priori, il est bon de commencer l’office d’Arvit environ trente minutes après le coucher du soleil. Et si l’on prie au sein d’un minyan où le Chéma est lu avant l’expiration de trente minutes depuis le coucher du soleil, il est bon de relire le premier paragraphe du Chéma après ‘Alénou léchabéa’h (texte de clôture de l’office), afin de sortir du doute. Ceux qui veulent être rigoureux envers eux-mêmes diront aussi le paragraphe Véhaya im chamoa  (deuxième paragraphe) ; et certains ajoutent le paragraphe Vayomer (troisième paragraphe)[3].


[3]. Hazmanim Bahalakha chap. 47-51 ; Pniné Halakha (édition hébraïque) Chabbat I p. 30 et 34, notes. Au traité Chabbat 35, le Talmud explique que la période dite de bein hachmachot (« entre les soleils » ou crépuscule) dure, selon Rabbi Yehouda, le temps nécessaire pour parcourir trois-quarts de mille, tandis que, selon Rabbi Yossé, bein hachmachot ne dure qu’un bref instant (une minute environ). D’après la majorité des décisionnaires, le bein hachmachot de Rabbi Yossé se place immédiatement après celui de Rabbi Yehouda. [C’est-à-dire que les deux opinions ne s’appuient pas sur le même point de départ : pour Rabbi Yehouda, il est question du temps nécessaire pour parcourir trois-quarts de mille à partir du coucher du soleil ; pour Rabbi Yossé, la période désignée par Rabbi Yehouda appartient encore au jour ; bein hachmachot est ce bref instant qui la suit.] En pratique, on tient compte des deux opinions, c’est-à-dire que la période de bein hachmachot est considérée comme débutant au coucher du soleil, et comme s’achevant un peu après l’expiration du temps nécessaire pour parcourir trois-quarts de mille. (Certains pensent que le bein hachmachot de Rabbi Yossé a lieu quelques minutes après le bein hachmachot de Rabbi Yehouda, comme le rapporte Hazmanim Bahalakha 40, 8-11 ; selon cette vue, l’heure d’Arvit est un peu plus tardive de quelques minutes.) Nous avons vu au chap. 11 § 1 que l’on trouve trois opinions sur la durée nécessaire pour parcourir un mille : a) 18 minutes ; b) 22,5 minutes ; c) 24 minutes. D’après cela, trois-quarts de mille se parcourent entre 13,5 et 18 minutes. Afin de tenir compte du temps de Rabbi Yossé, il faut ajouter un bref instant ; si bien que l’on peut estimer que l’apparition des étoiles (moyennes) a lieu 14 minutes ou 19 minutes après le coucher du soleil.

Cependant, il faut savoir qu’il existe des différences entre les saisons : au printemps (5/3) et en automne (5/10), la lumière disparaît plus rapidement après le coucher du soleil ; aussi, on peut observer trois étoiles plus tôt. Par exemple, alors qu’en nissan on aperçoit trois étoiles 19 minutes après le coucher du soleil, ce n’est que près de 22 minutes après le couchant qu’elles nous apparaissent au plus fort de l’été (22/6 en Israël), et 21 minutes au plus fort de l’hiver.

Il faut encore savoir que, si l’on se trouve en un endroit élevé par rapport au niveau de la mer, on voit le coucher du soleil plus tard. Par exemple, si un homme se trouve au sommet d’une colline ou d’une tour de 800 mètres de hauteur au-dessus de la mer, il verra le coucher du soleil environ cinq minutes après son ami qui se trouve en bas, au niveau de la mer. Ce qui revient à dire que la voûte céleste s’assombrira également pour l’un et pour l’autre, et que l’un et l’autre apercevront les étoiles au même moment, mais que s’ils mesurent le temps écoulé entre le coucher du soleil et l’apparition des étoiles, ils trouveront entre eux une différence de cinq minutes environ. En effet, si l’on se trouve en haut, on voit le soleil pendant cinq minutes supplémentaires. Par conséquent, si les sages ont légiféré en se référant à Jérusalem, qui s’élève à environ 800 mètres au-dessus du niveau de la mer (à un endroit où les collines ne cachent pas l’horizon), il se trouve que 14 ou 19 minutes après le coucher du soleil à Jérusalem équivalent à 19 ou 24 minutes après le coucher du soleil au niveau de la mer. Cette précision permettra d’éclairer certaines questions de halakha.

En pratique, en Israël, à horizon constant et au niveau de la mer, au printemps (5/3) et en automne (5/10), 14 minutes après le coucher du soleil, le soleil ne descend qu’à 3,75° au-dessous de l’horizon. Il est donc difficile de défendre l’opinion qui veut que les étoiles apparaissent 14 minutes après le coucher du soleil, car alors, seuls les observateurs les plus exercés parviennent, et encore rarement, à distinguer trois étoiles. Cf. Hazmanim Bahalakha 41, 7, qui rapporte les solutions apportées à cette objection par certains A’haronim, selon lesquels on doit peut-être, en effet, se baser sur les meilleurs observateurs, et selon lesquels, jadis, on voyait peut-être mieux. Comme nous l’avons écrit, on peut répondre que les sages visaient précisément Jérusalem, en un endroit où les collines ne cachent pas l’horizon. Alors, le coucher du soleil se produit cinq minutes plus tard et, par conséquent, 14 minutes après le coucher du soleil à Jérusalem équivalent à 19 minutes après le coucher du soleil en rase campagne.

En revanche, pour ceux qui tiennent que les étoiles apparaissent 19 minutes après le coucher du soleil en rase campagne, le soleil descend alors à 4,8° en-dessous de l’horizon ; à ce moment-là , les observateurs exercés, qui savent où les premières étoiles doivent apparaître, peuvent voir, au mois de nissan, trois étoiles. Toutefois, durant l’été, ils doivent attendre environ 22 minutes pour parvenir à la même observation, et 21 minutes en hiver.

Selon certains, en pratique, on ne voit trois étoiles moyennes que lorsque le soleil descend à 6,2° sous l’horizon, c’est-à-dire 25,5 minutes après le coucher du soleil en nissan, 28 minutes au plus fort de l’hiver (22/12), 29,5 minutes au plus fort de l’été (22/6). Ce délai une fois expiré, la majorité des gens sont capables de voir trois étoiles. Peut-être peut-on dire que cet avis est assez semblable à celui qui situe l’apparition des étoiles 19 minutes après le coucher du soleil à Jérusalem et environ 24 minutes au niveau de la mer (et peut-être l’ajout d’environ une minute et demie peut-il s’expliquer par une moindre acuité visuelle, de nos jours, ou par le fait que la lumière électrique perturbe l’observation des étoiles ; ou peut-être encore est-il vraiment possible de distinguer les étoiles un peu avant cela).

Certains sont plus rigoureux et pensent qu’en pratique, les gens, dans leur majorité, ne voient pas trois étoiles avant que le soleil ne descende à 7,1° au-dessous de l’horizon, c’est-à-dire environ 30 minutes après le coucher du soleil au printemps et en automne au niveau de la mer, et environ 35 minutes en été. C’est cette mesure que l’on rapporte au nom du ‘Hazon Ich. Cependant, il est difficile de faire concorder cette position avec la Guémara, qui indique une mesure équivalente au parcours de trois-quarts de mille pour définir la période de bein hachmachot. Même d’après les estimations faites dans des territoires ouverts, où il n’y a pas de lumière électrique, on a pu distinguer trois étoiles avant cela. Cf. Hazmanim Bahalakha 47, 12 ; 50, 6-7. Il faut également considérer certains aspects supplémentaires, en cette matière : par exemple, le fait qu’en automne, bien que la durée du processus d’obscurcissement du ciel soit semblable à celle du printemps, on distingue les étoiles un peu plus tard, en raison de la position des étoiles dans le ciel ; et la question se pose donc de savoir si l’on va d’après les étoiles ou d’après l’obscurité ; cf. Hazmanim Bahalakha chap. 48.

Tout ce qui vient d’être dit se rapporte à l’apparition de trois étoiles moyennes. Or le Choul’han ‘Aroukh décide que, pour éviter des erreurs, on doit attendre l’apparition de trois petites étoiles, c’est-à-dire quelques minutes supplémentaires. Certains disent que, de nos jours, où l’on se base sur l’heure de la montre, il n’est pas nécessaire d’attendre ; cf. Hazmanim Bahalakha 51, 3. Quoi qu’il en soit, il est évident que, si l’on a lu le Chéma après l’apparition de trois étoiles moyennes seulement, on est quitte de son obligation.

En pratique, l’usage couramment répandu consiste à commencer l’office 20 minutes après le coucher du soleil, ce qui est correct d’après la majorité des décisionnaires ; et c’est en ce sens que se prononcent de nombreux ouvrages. A ce moment, quel que soit l’endroit, les observateurs exercés peuvent distinguer trois étoiles ; le soleil se trouve alors à 4,8° en-dessous de l’horizon. (Même en été en rase campagne, le temps de réciter le début de l’office et d’arriver au moment de la lecture du Chéma, 22 minutes en tout sont passées depuis le coucher du soleil).

Toutefois, bien que l’on puisse s’appuyer sur l’opinion de la majorité des décisionnaires et lire le Chéma 20 minutes après le coucher du soleil, il est préférable d’attendre 30 minutes. Si l’on a lu le Chéma avant cela, il est bon de le relire après la fin de l’office. Mais il n’est pas nécessaire de relire le troisième paragraphe (Vayomer). Certes, selon le Chaagat Aryé, la mention de la sortie d’Egypte, contenue dans ce troisième paragraphe, doit, elle aussi se faire à une heure qui convient à la lecture du Chéma. Mais, selon le Maguen Avraham, on peut s’acquitter de l’obligation de mentionner la sortie d’Egypte avant cela, à un moment qui convient lui-même à l’office d’Arvit (Maguen Avraham 235, 11). Par conséquent, dès lors que l’on a lu le Chéma 18 minutes après le coucher du soleil, il n’est pas nécessaire de relire le troisième paragraphe. Même à l’égard du deuxième paragraphe, la nécessité n’est pas grande puisque, selon la majorité des décisionnaires, réciter ce paragraphe est une obligation rabbinique et non toranique.

A priori, afin de tenir compte des opinions rigoureuses, il est bon de fixer l’heure d’Arvit 30 minutes après le coucher du soleil ; de cette façon, si l’on se trouve sur une colline, on est quitte tout au long de l’année, d’après les décisionnaires rigoureux (puisque le soleil se trouve alors à 7,1° sous l’horizon) ; et si l’on est en rase campagne, on est quitte tout au long de l’année d’après la majorité des opinions (6,2° sous l’horizon), et l’on est même quitte, durant la majeure partie de l’année, d’après les décisionnaires rigoureux. Et pour être toujours quitte, même d’après les décisionnaires rigoureux, quand on est en rase campagne, il faut retarder de trois minutes la récitation de Barekhou en été ; de cette façon, au moment de lire le Chéma, 35 minutes se seront écoulées.

La notion de tset hakokhavim a d’autres conséquences juridiques : pour la détermination du jour de la circoncision, quand un bébé est né à l’entrée de Chabbat. Si le bébé est né après l’apparition des étoiles, il faudra le circoncire pendant le Chabbat suivant. Mais s’il est né pendant bein hachmachot (entre le coucher du soleil et l’apparition des étoiles), il est interdit de le circoncire pendant le Chabbat : la circoncision sera reportée au dimanche suivant. La question est de savoir quand tombe exactement le moment de tset hakokhavim. Selon le Yabia’ Omer VII Ora’h ‘Haïm 41, 8, une fois que 20 minutes se sont écoulées depuis le coucher du soleil, la nuit est assurément arrivée, et l’on devra circoncire l’enfant pendant le Chabbat qui suivra. Selon le Chmirat Chabbat Kehilkhata II 46, 45 au nom du Rav Auerbach, la nuit arrive assurément au bout de 25 minutes à compter du coucher du soleil. La difficulté est que ces avis n’ont pas établi de distinction entre Jérusalem et la rase campagne, ni entre les saisons de l’année. Le Otsar Habrit 9, 5-7 mentionne des opinions selon lesquelles on exige 24 minutes pour considérer que la nuit est arrivée, d’autres opinions qui exigent 28 minutes ; et l’auteur lui-même écrit que ses maîtres lui ont donné pour instruction d’exiger non moins que 32 minutes. Là encore, l’auteur ne distingue pas entre Jérusalem et la campagne. Il semble juste de suivre l’opinion selon laquelle la nuit tombe lorsque le soleil se trouve à 6,2° en-dessous de l’horizon. D’après cela, la nuit tombe 20,5 ou 24,5 minutes après le coucher du soleil à Jérusalem, 25,5 ou 29,5 minutes en rase campagne. On peut calculer cela de façon exacte en s’aidant du programme ‘Hazon Shamayim, en se fondant sur la date civile et le lieu de la naissance, selon sa longitude et sa latitude, et selon l’altitude de l’endroit.

Ce contenu a été publié dans Chapitre 25 – L’office d’Arvit. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.