07. Si l’on est resté éveillé toute la nuit

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En principe, même si l’on n’a pas dormi de la nuit, on récite les Birkot hacha’har. En effet, nous avons déjà vu (§ 4) que ces bénédictions ont été instituées pour répondre à la jouissance de la collectivité ; si bien que celui qui ne jouit pas personnellement de telle ou telle chose prononce néanmoins la bénédiction qui s’y rapporte. Toutefois, en ce qui concerne certaines bénédictions, il existe des coutumes distinctes.

En matière de nétilat yadaïm, on s’accorde à dire qu’il faut se laver les mains avant la prière ; mais les décisionnaires discutent quant au fait de savoir s’il faut réciter la bénédiction relative à cette ablution. Selon la coutume ashkénaze, le mieux est d’aller aux toilettes, de faire ses besoins avant la prière et de toucher, à cette occasion, l’un des endroits du corps habituellement couverts car, depuis la précédente ablution, on aura quelque peu transpiré à cet endroit, ce qui obligera à se laver les mains et à dire la bénédiction. Mais suivant la coutume séfarade, en tout état de cause, on ne prononcera pas la bénédiction sur cette ablution (cf. chap. 5 § 1, note 1).

S’agissant des bénédictions de la Torah : il est convenu que, si l’on a dormi au moins une demi-heure au cours de la journée précédente, on devra réciter, le matin venu, les Birkot ha-Torah. Si l’on n’a pas dormi de toute la journée, une grande majorité de décisionnaires estiment que l’on devra réciter les Birkot ha-Torah ; mais puisque certains décisionnaires pensent qu’il ne faut pas les réciter en pareil cas, il sera bon, a priori, de les écouter réciter par une camarade qui a dormi, et de former l’intention de s’en acquitter par cette écoute (cf. La Prière d’Israël chap. 10 § 7).

Concernant les bénédictions Elo-haï néchama et Hama’avir cheina (dans la version séfarade : Hama’avir ‘hevlé cheina), certains disent que l’on ne peut les réciter que dans le cas où l’on a soi-même dormi. Il est donc juste de les écouter de la bouche d’une camarade qui a dormi, et de former l’intention de s’en acquitter par cette écoute. Mais si personne n’est présent qui s’apprête à les réciter, la majorité des décisionnaires estiment qu’on les récitera soi-même ; tel est l’usage de tous les Séfarades et d’une partie des Ashkénazes. Mais certains Ashkénazes ont l’usage d’être rigoureux, dans le doute, et de les réciter sans mention du nom divin ni de Sa royauté[e].

En résumé : suivant la coutume de la majorité des communautés juives, celles qui restent éveillées toute la nuit récitent toutes les bénédictions matinales ainsi que les bénédictions de la Torah, et doivent aussi se laver les mains avant la prière. Simplement, selon la coutume séfarade, on ne dira pas la bénédiction sur cette ablution, tandis que, selon la coutume ashkénaze, on ira d’abord aux toilettes et l’on touchera un endroit du corps habituellement découvert, puis on dira la bénédiction sur l’ablution.

Quant à celles qui ajoutent un supplément de perfection à leur pratique, elles se rendront quittes des bénédictions de la Torah, d’Elohaï néchama et de Hama’avir cheina en les écoutant réciter par quelqu’un qui a dormi durant la nuit. Quand il n’y a personne dont on puisse entendre ces bénédictions, certains Ashkénazes ont coutume de réciter Elo-haï néchama et Hama’avir cheina sans mentionner le nom divin ni la royauté divine dans les formules de bénédiction.

D’après la Kabbale, on a coutume de dire les bénédictions matinales après ‘hatsot, le milieu de la nuit (Kaf Ha’haïm 46, 49). Selon la halakha, on ne peut réciter l’ensemble des birkot hacha’har qu’à partir de l’aube (‘amoud hacha’har)[f]. Quant aux bénédictions de la Torah, tout le monde s’accorde à dire qu’il faut avoir soin de ne les réciter qu’à partir de l’aube[4].


[e]. C’est-à-dire que l’on conclura Elo-haï néchama par « Baroukh hama’hazir néchamot…» au lieu de « Baroukh Ata Ado-naï, hama’hazir néchamot…» De même, on dira « Baroukh hama’avir cheina mé’einaï… » au lieu de « Baroukh Ata Ado-naï Elo-hénou Mélekh ha’olam, hama’avir cheina mé’einaï… » ; et ainsi de la formule conclusive de cette bénédiction : « Baroukh gomel ‘hassadim tovim… » au lieu de « Baroukh Ata Ado-naï, gomel ‘hassadim tovim… »

[f]. Là encore, on parle du cas où l’on reste éveillé toute la nuit.

[4]. La coutume séfarade est fondée sur Rabbi Isaac Louria, selon lequel on dit toujours l’ensemble des bénédictions matinales (Birké Yossef 46, 12, Ben Ich ‘Haï, Vézot haberakha 3, Kaf Ha’haïm 46, 49). Pour la coutume ashkénaze, selon le ‘Atéret Zeqenim 46, 4, si l’on reste éveillé toute la nuit, on ne récitera pas les bénédictions Elo-haï néchama et Hama’avir cheina. C’est aussi l’avis d’Elya Rabba, de Mor Ouqtsi’a et du ‘Hayé Adam 8, 9. Leur opinion repose sur une position médiane, entre les Guéonim et Maïmonide, position selon laquelle certaines bénédictions ne se récitent que si l’on a personnellement tiré jouissance de ce à quoi elles se rapportent ; si l’on n’en a pas eu soi-même la jouissance, on ne récite pas ces bénédictions. Le Peri Mégadim et le Cha’aré Techouva ne se prononcent pas de façon définitive sur la position du ‘Atéret Zeqenim, et indiquent que la question mérite approfondissement. Le Cha’aré Techouva conclut que l’on écoutera réciter ces bénédictions par une camarade, et c’est aussi ce qu’écrit le Michna Beroura 46, 24. Cependant, il se peut que, en l’absence de camarade en vue, ces auteurs prescriraient de les réciter soi-même.

Des propos du Rama, on peut inférer qu’on les dira soi-même en ce cas, et c’est ce que prescrivent en pratique le ‘Aroukh Hachoul’han 46, 13 et le Choul’han Hatahor 46, 8. En pratique, les Ashkénazes sont autorisés à adopter leur avis. Or, dans la mesure où telle est la coutume des Séfarades et d’une partie des Ashkénazes, nous avons rapporté cela, dans le corps de texte, comme coutume principale. Certes, selon la coutume séfarade, on est autorisé a priori, si l’on reste éveillé toute la nuit, à dire toutes les bénédictions, y compris Elo-haï néchama et Hama’avir cheina ; mais puisque certains décisionnaires ashkénazes sont rigoureux en cela, nous avons écrit, pour toutes les coutumes, que celles qui apportent à leur pratique un supplément de perfection écouteront ces bénédictions de la bouche d’une personne qui a dormi.

Concernant les bénédictions de la Torah, la coutume de tous les Séfarades est de les réciter et, en cette matière, il est clair que la grande majorité des décisionnaires ashkénazes estiment aussi qu’on les récite, comme on le verra au chap. 10 § 7, note 8. Toutefois, le Michna Beroura estime qu’on ne les récitera pas soi-même, mais qu’on les écoutera d’une camarade, et que, s’il n’y a pas de camarade qui ait dormi, on formera l’intention de s’en acquitter au moment de la bénédiction Ahava rabba [version ashkénaze d’Ahavat ‘olam].

Le Kaf Ha’haïm 46, 49 explique que, selon Rabbi Isaac Louria, on récite les Birkot hacha’har immédiatement après le milieu de la nuit (‘hatsot), tandis que l’on doit avoir soin de réciter les Birkot ha-Torah à partir de l’aube seulement. C’est aussi ce qu’écrit le Ben Ich ‘Haï, Vézot haberakha 3. Et dans le cas où on a récité les Birkot ha-Torah avant l’aube, certains estiment que l’on ne s’en est pas acquitté. Cf. La Prière d’Israël chap. 10, note 8.

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