05. Ne pas prier à proximité de son maître attitré

On ne récitera pas la ‘Amida à proximité de son rabbin[b] attitré (rav mouvhaq) car, si l’on priait à ses côtés, on paraîtrait se hausser à l’égal de son maître. À plus forte raison, si l’on priait devant son rabbin, on semblerait s’enorgueillir à ses dépens. Mais même immédiatement derrière son rabbin, on ne priera point ; en effet, s’il terminait sa ‘Amida avant son disciple, le rabbin ne pourrait immédiatement reculer de trois pas (comme c’est l’usage à la fin de la ‘Amida) et en subirait une gêne ; or il faut prendre grand soin de ne pas causer de déplaisir à son maître. De plus, le disciple risquerait de paraître se prosterner devant son maître (Choul’han ‘Aroukh 90, 24 ; Michna Beroura 74).

En revanche, si l’on s’est éloigné de quatre amot (environ deux mètres, comme nous l’avons vu), il devient permis de prier à proximité de son maître. Mais si l’on prie derrière son maître, il faut s’éloigner de deux mètres augmentés de trois pas (environ 60 cm) afin que, même si le disciple prolonge sa ‘Amida, le rabbin puisse reculer de trois pas[c].

Qui est considéré comme le rabbin attitré du disciple ? Celui qui lui a enseigné la majorité de ses connaissances (rov ‘hokhmato, littéralement la majorité de sa sagesse) dans l’un des domaines de la Torah. La règle s’applique aussi quand il s’agit de l’un des plus grands sages de la génération (considéré donc comme le maître attitré de toute sa génération).

De même, le rabbin local est considéré comme maître attitré de ceux qui sont présents (‘Aroukh Hachoul’han, Yoré Dé’a 242, 29 ; cf. aussi La Prière d’Israël 3, note 8). Selon certains décisionnaires, quand on apprend de nombreuses notions de Torah auprès d’un maître déterminé durant une certaine période, ce maître est considéré comme son maître attitré durant cette période, bien que ce ne soit pas de lui que l’on tienne la majorité de ses connaissances toraniques (Divré Malkiel 2, 74).

En ce qui concerne une rabbanite[d], l’obligation de ne pas prier à côté d’elle s’applique dans l’un ou l’autre des deux cas suivants : a)  quand la rabbanite est l’épouse du rabbin attitré de la fidèle, ou de l’un des grands maîtres de la génération, et que son activité essentielle est d’assister son mari dans le service saint ; b) quand la rabbanite a elle-même formé des élèves, si bien que la majorité de leurs connaissances toraniques ou de leur éducation lui est redevable ; il faut alors se conduire à son égard comme envers son rabbin attitré.

Certains auteurs pensent que tout cela s’entend lorsque l’élève a elle-même choisi de prier près de la rabbanite. Mais si toutes deux prient dans la pièce de la synagogue réservée aux femmes (‘ezrat nachim) et que les responsables de la communauté (gabaïm) aient eux-mêmes fixé la place de l’élève près de celle de la rabbanite, il n’y a pas d’interdit, car il n’y a là aucune marque de présomption. En cas de nécessité, on peut s’appuyer sur cette opinion (La Prière d’Israël 3, note 9). Il est certain que, lorsque la rabbanite invite l’élève à prier à son côté, ou quand elle est d’accord pour cela, il n’y a aucun interdit ni soupçon de présomption à prier à côté d’elle.


[b]. Rav: maître, rabbin.

[c]. Sans que l’on perde le bénéfice de ces quatre amot.

[d]. Rabbanite: féminin de rabbin. Peut désigner, dans le judaïsme orthodoxe, ou la femme d’un rabbin, ou une enseignante en Torah. Ce mot hébraïque, dont la graphie comme la sonorité s’harmonisent bien mieux avec le français que rabbine, pourrait avantageusement être adopté par notre langue.

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