08. La kavana (concentration)

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Quand on récite la ‘Amida, on doit prier avec kavana, c’est-à-dire prêter attention à ce que l’on dit, et s’efforcer de ne pas laisser vaguer son esprit vers des préoccupations étrangères pendant la prière. Si des pensées étrangères viennent à l’esprit, on les écarte de sa conscience et l’on revient à sa prière. Même si l’on ne parvient pas à se concentrer sur tous les mots de la prière, on essaie à tout le moins de se concentrer sur la récitation de la formule finale de chaque bénédiction (les mots Baroukh ata Ado-naï, suivis de leur conclusion). Si l’on ne peut pas se concentrer à chaque bénédiction, on s’efforcera de se concentrer durant la première (Birkat avot, bénédiction des patriarches) et durant la dix-huitième, Modim (bénédiction de la reconnaissance), au début et à la fin desquelles on se prosterne. À tout le moins, on doit se concentrer durant la bénédiction des patriarches, par laquelle débute la ‘Amida (Choul’han ‘Aroukh 101, 1, Michna Beroura 1-3).

Si l’on prie, et que l’on ne se soit pas concentré durant la bénédiction des patriarches (Birkat avot), la règle stricte voudrait que l’on reprît sa ‘Amida au début, car la kavana durant la première bénédiction est une condition de validité de la ‘Amida. Toutefois, en raison de la chute des générations, et en raison des soucis de l’esprit, notre capacité de concentration s’est affaiblie. Aussi, les décisionnaires modernes ont donné pour instruction de ne pas revenir au début de la ‘Amida dans un tel cas, car il est à craindre que l’on n’oublie, même la deuxième fois, de se concentrer durant la Birkat avot, et que cette répétition ne soit vaine (Rama 101, 1, Kaf Ha’haïm 4). Cependant, si l’on sait, en son for intérieur, que l’on ne pourra se concentrer, même durant la Birkat avot, il vaudra mieux ne pas commencer la ‘Amida, et l’on s’acquittera de son obligation de prier par les bénédictions matinales (Birkot hacha’har)[2].

Si l’on est sur le point de conclure la récitation de la Birkat avot, et que l’on s’aperçoive que l’on ne s’est pas concentré sur le sens des mots, on devra, tout le temps que l’on n’aura pas prononcé le nom divin (Ado-naï) concluant la bénédiction, reprendre sa récitation à partir de Elo-hé Avraham (« Dieu d’Abraham »), en se concentrant cette fois (Michna Beroura 101, 4 au nom du ‘Hayé Adam). Si l’on a déjà prononcé le nom divin, on conclura la bénédiction avec kavana ; et il sera bon de repasser en pensée sur les mots de la bénédiction des patriarches. En effet, selon Maïmonide, la pensée peut être considérée comme ayant valeur de parole. Mais si l’on a déjà commencé à réciter la bénédiction suivante – en disant Ata guibor – « Tu es puissant » –, on continuera sa ‘Amida, et l’on s’efforcera de se concentrer ensuite en récitant toutes les bénédictions, en particulier durant Modim car, de l’avis de certains auteurs, se concentrer durant Modim a pour effet de corriger le manque de concentration qui affectait la Birkat avot.


[2]. De même, les hommes qui seraient certains de ne pouvoir se concentrer durant la Birkat avot ne commenceront pas à réciter la ‘Amida, comme nous l’expliquons dans La Prière d’Israël, 17 note 5. Cela est vrai à plus forte raison pour les femmes, qui sont a posteriori autorisées à s’acquitter de leur obligation par les bénédictions matinales, comme nous l’avons vu au chap. 2 § 4-5. Cf. également op. cit. 17, note 6.

Les A’haronim expliquent qu’a posteriori, la personne qui aurait récité la ‘Amida sans aucune concentration se serait acquittée de son obligation, puisqu’elle avait formé l’intention d’accomplir la mitsva de prier. C’est ce qu’écrit le Chibolé Haléqet 17 au nom des Richonim. De même, selon le Kaf Ha’haïm 101, 4 au nom du ‘Hessed Laalafim, les bénédictions de la personne qui prierait sans kavana ne sont pas considérées comme dites en vain. En d’autres termes, il semble que nous soyons là en présence d’une prière halakhiquement digne de ce nom, mais que cette prière soit affectée d’un manque d’intention ; c’est ce manque de kavana, et non quelque disqualification de la prière en soi, qui a conduit les sages à exiger de reprendre la ‘Amida au début. La preuve en est que, si l’on s’aperçoit au milieu de la ‘Amida que l’on ne s’est pas concentré sur les mots de la première bénédiction, on ne reprend pas sa récitation au début, ce qui laisse bien entendre que ce qui a été prononcé, même sans intention, n’était pas dépourvu de valeur ; le cas diffère de celui où l’on s’est trompé en mentionnant les pluies en été (cf. chap. suivant, § 7 et 8), cas dans lequel on doit reprendre immédiatement au début.

Si l’on a l’habitude de se concentrer toujours et que, pour une fois, on ne soit pas concentré, on est autorisé à reprendre sa prière au début pour prier en pleine kavana, à la condition d’être certain en son for intérieur que, lors de cette reprise, on priera de façon concentrée du début à la fin de la ‘Amida. Dans un tel cas, il est bon de stipuler en soi-même que, dans le cas où l’on ne serait pas tenu à une telle reprise – en raison de l’usage, dans nos générations, de ne point reprendre –, la ‘Amida que l’on s’apprête à redire aurait valeur de prière additionnelle volontaire (nédava).

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