02. Période d’application des coutumes de deuil

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Il existe de nombreux usages, quant aux limites temporelles des coutumes de deuil. Nous mentionnerons les quatre principaux :

  • Les coutumes de deuil s’observent tout au long de l’omer. Cet usage se base sur la version de la Guémara que nous possédons (Yevamot 62b), où il est dit que les disciples de Rabbi Aqiba moururent depuis Pessa’h jusqu’à Chavou’ot ; par conséquent, il y a lieu de se conformer aux coutumes de deuil durant tous ces jours.
  • Les coutumes de deuil se poursuivent jusqu’au trente-troisième jour de l’omer (Lag ba’omer) seulement. Cet usage suit la tradition bien connue, selon laquelle la mortalité cessa de frapper les disciples de Rabbi Aqiba le trente-troisième jour de l’omer.
  • Les coutumes de deuil se poursuivent jusqu’au trente-quatrième jour de l’omer. Cet usage suit la tradition séfarade, selon laquelle la version exacte de la Guémara établit que les disciples de Rabbi Aqiba moururent jusqu’au « partage » de Chavou’ot (pros ‘atséret). Pros signifie moitié, partition en deux tranches ; dans notre texte, on désigne par-là la moitié d’une période d’un mois (c’est-à-dire la moitié d’une période de trente jours) précédant Chavou’ot. Or quand on soustrait quinze jours aux quarante-neuf que comporte l’omer, il reste trente-quatre jours durant lesquels la mortalité frappa les disciples de Rabbi Aqiba ; et c’est à pareilles dates que s’observent les coutumes de deuil.
  • On respecte trente-trois jours de deuil ; cet usage suit la tradition selon laquelle les disciples de Rabbi Aqiba moururent durant toute la période de l’omer, à l’exception des jours destinés à une joie particulière, c’est-à-dire les jours de Chabbat et de fête. Ces jours sont au nombre de trente-trois ; et l’on doit donc observer des coutumes de deuil pendant trente-trois jours continus, sans qu’il importe que ces jours se situent au début ou à la fin de la période de l’omer[2].

[2]. Sources : 1) Selon Rav Netronaï Gaon, Rav Haï Gaon et Rabbi Yits’haq Ibn Ghiyat, depuis la mort des disciples de Rabbi Aqiba, on ne se marie plus entre Pessa’h et Chavou’ot ; c’est aussi ce que rapporte le Tour 493, comme opinion générale, sans précision d’auteur. Le Or’hot ‘Haïm se prononce dans le même sens, quant aux mariages et au fait de se faire couper les cheveux (Minhagué Israël I p. 101-102). Le Chibolé Haléqet et Rabbénou Yerou’ham mentionnent deux raisons supplémentaires d’observer des coutumes de deuil pendant toute la durée de l’omer : a) selon Rabbi Yo’hanan fils de Nouri, le jugement des impies dans la Géhenne (le Guéhinom) a lieu de Pessa’h à Chavou’ot ; b) ce sont des jours de jugement sur les récoltes.

2) 3) Ces usages sont basés sur la tradition selon laquelle la mortalité cessa de frapper les disciples de Rabbi Aqiba le trente-troisième jour de l’omer, comme l’écrivent plusieurs Richonim, parmi lesquels le Méïri sur Yevamot 62b : « Les Guéonim tenaient pour tradition que la mortalité cessa le jour de Lag ba’omer. On a donc pour coutume de ne pas jeûner ce jour-là ; pour cette même raison, on a l’usage de s’abstenir de se marier depuis Pessa’h jusqu’à ce moment. »

La Guémara (Yevamot) elle-même présente des variations de versions ; le Manhig rapporte, au nom de Rabbi Zera’hia Halévi, que, selon la version séfarade, les disciples de Rabbi Aqiba n’ont été frappés que jusqu’à pros ’atséret ; d’après l’estimation selon laquelle le terme pros désigne la moitié d’un mois, c’est-à-dire quinze jours, il faut donc observer des usages de deuil jusqu’au trente-quatrième jour de l’omer.

Mais il y a là une difficulté : selon la tradition attribuée aux Guéonim, les disciples de Rabbi Aqiba ont cessé de mourir le trente-troisième jour ; tandis que, selon le calcul basé sur l’interprétation du terme pros, il faut conserver des usages de deuil jusqu’au trente-quatrième jour. La réponse est que nous sommes en présence de deux opinions. Selon les uns, il faut respecter les usages de deuil jusqu’au trente-quatrième jour : c’est l’opinion de Rabbi Yehochoua Ibn Chouaib et du Tachbets I 178 (cités par le Beit Yossef 493) ; c’est aussi la position du Choul’han ‘Aroukh 493, 2 : « On a coutume de ne pas se faire couper les cheveux jusqu’à Lag ba’omer [inclus], car on dit que c’est alors que [les disciples de Rabbi Aqiba] cessèrent de mourir ; il ne faut pas se faire couper les cheveux avant le trente-quatrième jour au matin. » Peut-être les tenants de cette position expliqueraient-ils que les disciples de Rabbi Aqiba furent encore frappés par la mortalité durant toute la trente-troisième journée, de sorte que le deuil ne s’achève qu’au trente-quatrième jour.

À la différence de la position du Choul’han ‘Aroukh, il ressort du Manhig (lois du mariage 106) que le deuil s’achève dès le trente-troisième jour. C’est l’avis d’autres Richonim, et d’A’haronim. Selon eux, il faut comprendre que la Guémara, en parlant de pros, visait environ la moitié d’un mois, car, dès seize jours avant Chavou’ot, le deuil prend fin. C’est ce qu’écrit Rabbi Ya’aqov Castro (cf. ci-après, note 3).

4) Les Richonim rapportent, au nom des tossaphistes (sans que cela soit imprimé dans les commentaires de Tossephot dans la version de la Guémara dont nous disposons), que les disciples de Rabbi Aqiba moururent tout au long des trente-trois jours profanes qui, au sein de l’omer, ne sont pas particulièrement destinés à la joie.

Si, des quarante-neuf jours de l’omer, on soustrait les sept jours de Pessa’h ainsi que le lendemain de la fête (appelé Isrou ‘hag), les six Chabbats et les trois jours de néoménie, il reste trente-trois jours durant lesquels la mortalité frappa les disciples de Rabbi Aqiba ; en référence à ces jours, il faut observer des usages de deuil pendant trente-trois jours consécutifs. Certains ont coutume d’observer ce deuil au début de l’omer, d’autres à la fin.

Cette tradition est mentionnée par Rabbi Yehochoua Ibn Chouaib, que cite le Beit Yossef. Elle est rapportée par le Rama 493, 3 ; le Baït ‘Hadach, le Michna Beroura 493, 13 et le Béour Halakha ad loc. en expliquent les règles. Dans de nombreuses communautés ashkénazes, on a coutume de marquer ce deuil précisément à la fin de l’omer, parce que c’est au mois d’iyar et au début du mois de sivan que commença la croisade au cours de laquelle nos ennemis perpétrèrent de terribles crimes. Le 8 iyar, eurent lieu les massacres dont fut victime la communauté de Spire, le 23 iyar, ce fut le tour de la communauté de Worms, puis le 3 sivan celui de Mayence, et le 6 sivan celui de Cologne. La coutume ancienne consistait à faire débuter les usages de deuil au 2 iyar, jusqu’à la veille de Chavou’ot.

Quoiqu’il en soit, on peut aussi, d’après cette coutume, respecter les usages de deuil au début de l’omer. Et bien que, durant ‘Hol hamo’ed de Pessa’h, les usages de deuil n’ont pas véritablement lieu de s’exprimer – puisque c’est alors une mitsva que de se réjouir –, cela ne remet pas en question le nombre de trente-trois jours, de la même façon que les Chabbats, durant lesquels on n’observe pas de deuil, font pourtant bien partie du compte de trente-trois jours, pendant l’omer, ou du compte de sept jours dans un deuil normal.

Cf. Sidour Pessa’h Kehilkhato 12, 1-3, Hilkhot ‘Hag Be’hag 7, 21 et Minhagué Israël I p. 101-111, où les coutumes séfarades et ashkénazes sont expliquées ; dans le supplément à cet ouvrage, vol. IV 237-241, l’auteur apporte la preuve que le terme pros ne signifie pas la moitié, mais proche de. D’après cela, la version de la Guémara parlant de pros ‘atséret ne vise pas le milieu des trente jours précédant Chavou’ot, mais bien la veille de Chavou’ot [pros ‘atséret signifie, d’après cela, « proche de la fête de ‘Atséret », c’est-à-dire la veille de Chavou’ot].

Il faut signaler qu’une autre coutume a existé, d’après laquelle on observe des usages de deuil durant toute la période de l’omer, à l’exception des jours de Roch ‘hodech et de Lag ba’omer où tout est permis. Mais cette coutume n’a plus cours (elle est rapportée par le Maguen Avraham 493, 5 et le Michna Beroura 15).

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