04. Envoi de mets à son prochain (michloa’h manot)

C’est une mitsva pour chacun, à Pourim, que d’envoyer à une autre personne deux mets (mana, plur. manot), afin d’accroître l’affection entre soi et son prochain. Le développement de l’amour au sein du peuple juif tient de l’essence même du jour de Pourim, en ce que, ce jour-là, se révéla la sainteté d’Israël, attaché à l’Eternel et à sa Torah ; or une étincelle de cette sainteté existe en chaque Juif. Aussi convient-il, à Pourim, d’exprimer concrètement l’amour qui relie l’homme à son prochain (cf. ci-dessus, § 2).

Les manot sont des présents alimentaires, destinés à accroître la joie de Pourim. Or il est connu que, lorsqu’on mange des mets de qualité, savoureux, préparés par autrui, l’amour se renforce entre l’homme et son prochain. Autre motif de cette mitsva : certaines personnes, sans être réellement pauvres – car elles peuvent acheter les aliments nécessaires à un repas de base –, ne peuvent acheter d’aliments de très bonne qualité pour faire un agréable repas de fête. Par l’envoi de manot, on peut leur offrir, de manière honorable, de bons mets pour le repas de Pourim.

La règle veut que, en envoyant deux mets à son prochain, on s’acquitte de son obligation. Nos sages prescrivent d’envoyer à tout le moins deux mets, afin d’exprimer ainsi son affection. En effet, par un seul met, on peut être simplement utile à son prochain, de manière qu’il ne reste pas affamé ; mais lorsqu’on lui envoie deux mets, on veut qu’il profite également de la variété des aliments. Cela est le minimum prescrit ; mais quiconque envoie de nombreux mets à autrui, afin d’ajouter à l’affection, à la fraternité, à la paix et à l’amitié entre soi-même et les autres, est digne d’éloge[3].


[3]. La raison d’être principale de la mitsva de michloa’h manot est d’attiser l’amour et la fraternité, qui sont le thème du jour. C’est ce qu’écrivent le Maharal dans Or ‘Hadach 9, 22 et Rabbi Salomon Alkabetz dans Manot Halévi. Selon le Teroumat Hadéchen 111, les mets envoyés sont destinés à servir au festin de Pourim, et à aider ceux qui manquent de nourriture.

Selon les responsa Binyan Tsion 44, il faut, a priori, envoyer les mets par l’intermédiaire d’un tiers (chalia’h, « mandataire ») [car le livre d’Esther parle de michloa’h manot : littéralement, envoi de mets, ce qui laisse entendre une médiation entre l’expéditeur et le destinataire] ; mais de nombreux décisionnaires ne formulent pas cette exigence. Cf. Torat Hamo’adim 9, 23. Le Rama 695, 4 écrit que, si l’on a envoyé les mets à son prochain, et que celui-ci n’ait pas voulu les recevoir, on est quitte. La raison en est que l’on a déjà, par cet envoi, exprimé son affection. Mais le Peri ‘Hadach et le ‘Hatam Sofer ne partagent pas cet avis. Et la majorité des décisionnaires ont tendance à être rigoureux à cet égard. Il convient de signaler que, de l’avis de certains A’haronim, il faut faire parvenir à son prochain les deux mets ensemble [dans le même panier ou envoi] (Kaf Ha’haïm 695, 36, Torat Hamo’adim 9, 11).

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