02 – Moudre

Moudre (to’hen) est interdit le Yom tov. Même pour les besoins de l’alimentation de Yom tov, il est interdit de moudre de la farine, puisque cette mélakha se fait, généralement, pour les besoins de nombreux jours, et qu’elle s’inscrit donc dans la catégorie de mélékhet ‘avoda (travail servile), interdite le Yom tov.

En revanche, la dikha, c’est-à-dire le fait de broyer des épices, est permise le Yom tov, car on a l’habitude de faire cela dans sa cuisine, pour les besoins des mets du jour même (Beitsa 14a) ; et il n’est pas nécessaire d’apporter un changement à la procédure habituelle (Choul’han ‘Aroukh 504, 1). Certains disent qu’il est juste de changer légèrement la manière de broyer, par exemple en penchant quelque peu le pilon, ou en penchant quelque peu l’ustensile dans lequel sont les épices ; car, de cette façon, on se souviendra que c’est Yom tov, et l’on ne broiera point d’épices pour des jours supplémentaires (Rama ad loc.).

Toute la permission de broyer des épices le Yom tov, donnée par les sages, s’entend à la condition que le broyage soit fait dans un mortier domestique, dans lequel il est habituel de broyer des épices pour les besoins du jour même. Mais il est interdit de moudre du poivre ou ce qui y ressemble dans un petit moulin, puisqu’il est habituel d’y broyer des épices pour les besoins de jours nombreux (Beitsa 23a, Choul’han ‘Aroukh 504, 1).

Il est permis de râper des légumes et du fromage à l’aide d’une râpe, puisque cet instrument est généralement destiné au râpage d’aliments pour les besoins du jour même. Mais quand, pour les besoins du Yom tov, on doit râper des aliments que parfois l’on râpe pour les besoins de nombreux jours, il faut changer quelque peu le mode opératoire, par exemple en retournant la râpe, ou, si l’on a l’habitude de râper au-dessus d’une assiette, en râpant au-dessus d’un plateau[3].

Bien entendu, tout ce qui est permis le Chabbat l’est aussi le Yom tov ; par conséquent, il est permis d’écraser des biscuits ou de la matsa : puisqu’ils sont faits de farine, ils ont déjà subi une mouture, de sorte que l’interdit de moudre ne s’applique plus à eux. Certes, le Chabbat, les sages ont interdit de les moudre à l’aide d’un ustensile spécialement destiné à effriter, tel qu’une râpe ; cela, afin de ne pas sembler moudre de manière interdite. Mais le Yom tov, il est permis de les effriter, même à la râpe (Rama 504, 3, Les Lois de Chabbat I 12, 1-2).


[3]. De prime abord, pour le Choul’han ‘Aroukh 504, 1, il n’est pas nécessaire de faire un quelconque changement (comme l’écrit le Or lé-Tsion III 19, 5) ; mais pour le Rama 504, 1 et 3, il faut un changement. Cependant, en pratique, lorsqu’on râpe, à l’aide d’une râpe, une chose qu’on a l’habitude de râper pour le jour même seulement, il apparaît que c’est une chose dont le goût s’altère avec le temps, de sorte que le Rama lui-même s’accorderait à dire, semble-t-il, qu’il est permis de la râper sans y mettre de changement (conformément à sa propre source, le Rivach 484).

À l’inverse, quand il s’agit d’une chose dont le goût ne s’altère pas, trois motifs associés justifient que l’on soit rigoureux, et que l’on imprime à l’acte un changement, si bien que, du point de vue même du Choul’han ‘Aroukh, il conviendrait de se conduire ainsi : a) Le Maguen Avraham 504, 7 écrit qu’il est interdit de râper, à l’aide d’une râpe, une chose que l’on a l’habitude de râper pour les besoins de nombreux jours, mais que c’est permis si l’on y fait un changement (il se peut que le Choul’han ‘Aroukh serait d’accord avec cela, si l’on en juge d’après ce qu’il écrit en 504, 1 au sujet du sel ; c’est dans un sens proche que s’exprime le ‘Hazon ‘Ovadia p. 71). b) Comme nous l’avons vu au chap. 3 § 8, une chose que l’on aurait pu préparer dès la veille de Yom tov et que l’on n’a pas préparée, il est permis de la préparer pendant Yom tov, à la condition de modifier quelque peu la manière. c) Selon les Hagahot ha-Séfer Mitsvot Qatan et le Rama 504, 1, il faut toujours modifier quelque peu la manière, afin de se souvenir que c’est Yom tov, et que l’on n’en vienne pas à préparer pour de nombreux jours.

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