04 – Électricité

Au titre de l’interdit rabbinique de créer un feu nouveau, le Yom tov, il est également interdit d’allumer une ampoule électrique ou un radiateur électrique. De même, il est interdit d’actionner un appareil électrique, même quand il n’est pas doté d’un filament incandescent[4].

De même qu’il est permis d’augmenter un feu pour les besoins de l’éclairage ou du chauffage, le Yom tov, de même est-il permis d’intensifier la lumière d’une ampoule électrique, ou la chaleur d’un fourneau électrique. Cela, à la condition que l’intensification de la lumière ou de la chaleur se produise par l’effet de l’ajout de courant dans le même fil incandescent. Mais il est interdit d’augmenter la lumière ou la chaleur par l’allumage d’un fil supplémentaire, puisque ce serait allumer un feu nouveau.

Il est interdit, le Yom tov, de parler dans un microphone, un téléphone ou un interphone, car les sages ont frappé d’interdit les appareils d’amplification sonore (cf. Beitsa 36b). De plus, la chose paraîtrait être une activité profane, et il y aurait là une déconsidération de la fête. Mais il est permis à une personne malentendante d’utiliser, le Chabbat et le Yom tov, l’appareil auditif électrique fixé à son oreille, puisque celui qui parle n’intensifie qu’indirectement le courant électrique présent dans l’appareil ; par contre, il est interdit d’éteindre l’appareil ou de l’allumer (Les Lois de Chabbat II 17 § 3 et § 13). Le Chabbat, il est interdit d’augmenter ou de baisser le volume sonore de l’appareil auditif ; mais le Yom tov, la chose est permise, de même qu’il est permis, pour les besoins de la cuisine, d’augmenter ou de diminuer le feu[5].

De même qu’il est interdit, le Chabbat, d’ouvrir un réfrigérateur quand l’ouverture provoque l’allumage d’une ampoule, de même est-ce interdit le Yom tov. À cet égard, tous les conseils qui ont été formulés à propos du Chabbat sont également valables le Yom tov (Les Lois de Chabbat II 17, 9).


[4]. Certains décisionnaires autorisent à allumer une ampoule électrique, le Yom tov, parce que la puissance du feu existe déjà dans les fils, et que l’allumage ne consiste qu’en un ajout de feu (‘Aroukh Hachoul’han, Even Yeqara III 168, Michpeté Ouziel, Ora’h ‘Haïm I 19, Maïm ‘Haïm 94). Un autre auteur a voulu l’autoriser, parce que l’acte d’allumage électrique est « indirect » (grama) (Rav Frank). Mais l’avis de la nette majorité des décisionnaires est que l’allumage d’une ampoule à filament est celui d’un feu nouveau (Ora’h Michpat 71, A’hiézer III 60, Tsafnat Pa’néa’h I 273, ‘Helqat Ya’aqov I 51, Yaskil ‘Avdi IV 27, Tsits Eliézer I 20, Ye’havé Da’at I 32, et de nombreux autres auteurs).

S’agissant des appareils électriques qui ne contiennent pas de filament à incandescence, les décisionnaires sont partagés, même à l’égard du Chabbat : certains disent que l’interdit de les allumer procède de celui de la mélakha de mav’ir (allumer un feu) ; dès lors, c’est toraniquement interdit le Chabbat (notre maître le Rav Kook, Ora’h Michpat 71). D’autres estiment que l’interdit est toranique, mais au titre de boné (construire) (‘Hazon Ich). Selon de nombreux auteurs, l’interdit est rabbinique, et provient de la défense de molid (faire naître une chose nouvelle) (Beit Yits’haq) ou de celle de ‘ovdin de’hol (acte spécifique de la semaine) (Rav Henkin). C’est aussi l’avis du Rav Chelomo Zalman Auerbach, du Yabia’ Omer I 20 et du Tsits Eliézer XIX 15 (comme nous le voyons dans Les Lois de Chabbat II 17, 2 et dans les Har’havot sur ce passage). Quoi qu’il en soit, en matière de Yom tov, où l’allumage même d’un feu n’est interdit que rabbiniquement, toute mise en marche d’appareil électrique, doté ou non d’un fil à incandescence, est interdite rabbiniquement.

[5]. Dans le cas où, en raison de quelque contrainte, l’appareil auditif se trouve éteint, certains décisionnaires autorisent à l’allumer, le Yom tov, à l’instar de ce que nous expliquions en note 1 au sujet du feu. De plus, certains auteurs autorisent l’usage de l’électricité, le Yom tov, comme nous l’avons vu dans la note précédente. Parmi les décisionnaires qui l’interdisent eux-mêmes, et qui constituent la majorité, certains estiment que l’activation d’un appareil électrique non pourvu d’un fil incandescent, le Chabbat comme le Yom tov, est un interdit rabbinique seulement. Quoi qu’il en soit, il sera bon de modifier la manière habituelle d’allumage de l’appareil auditif, car alors, de l’avis des auteurs rigoureux eux-mêmes, on pourra être indulgent.

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