06.Quelques règles relatives à la bénédiction

Puisqu’il est de coutume de réciter la bénédiction Leichev ba-souka avant de se restaurer, la question s’est posée de savoir par quelle bénédiction commencer. La coutume ashkénaze, et d’une partie des communautés séfarades, est de réciter en premier lieu la bénédiction de la nourriture, ensuite Leichev ba-souka. En effet, par le biais de la nourriture, on contracte l’obligation de s’asseoir dans la souka ; aussi, la bénédiction de la nourriture a-t-elle priorité sur celle de la souka. Et il n’est pas nécessaire de se lever au moment où l’on récite la bénédiction de la souka. Selon d’autres communautés séfarades, il est préférable de commencer par Leichev ba-souka, que l’on récite debout ; après cette bénédiction, on s’asseoit pour réciter celle de la nourriture. Il convient à chacun de poursuivre la coutume de ses pères[8].

Si l’on a oublié de réciter Leichev ba-souka au début du repas, on récitera cette bénédiction au cours du repas, puis on continuera de manger. Si l’on ne s’en souvient qu’après avoir terminé le principal de son repas, mais que l’on puisse encore manger ou boire quelque chose avant le Birkat hamazon, on dira la bénédiction Leichev ba-souka, puis on mangera ou boira quelque chose. Si l’on s’en souvient après le repas, la majorité des décisionnaires estiment que l’on devra dire la bénédiction, bien que l’on n’ait pas l’intention de continuer de manger (Michna Beroura 639, 48) ; mais la coutume séfarade est de ne point dire la bénédiction en ce cas (Ye’havé Da’at V 48).

Tant que l’on reste dans la souka, la bénédiction que l’on a récitée sur elle au début reste efficace. Même si l’on prend un repas supplémentaire, on ne répétera pas Leichev ba-souka avant de manger. Même si l’on s’interrompt quelques instants pour aller aux toilettes, ou que l’on sorte pour apporter quelque objet ou pour converser avec un ami, on ne répétera pas la bénédiction quand on reviendra dans la souka ; car celle que l’on a récitée au début est encore efficace (Michna Beroura 639, 47). Mais si l’on sort pour quelque importante nécessité – par exemple pour prier, ou pour se livrer à ses affaires – on répétera la bénédiction de la souka quand on y reviendra. Et même si l’on en est sorti sans qu’il y eût à cela d’importante nécessité, si l’absence a duré plus d’une heure, on répétera la bénédiction à son retour (Choul’han ‘Aroukh Harav 639, 13)[9].

Si l’on a commencé à manger dans sa souka et que l’on ait l’intention de poursuivre son repas dans la souka de son ami, la règle est la suivante : si, au moment où l’on a dit la bénédiction Hamotsi, on a formé l’intention d’inclure ce que l’on continuerait à manger au repas de son ami, on s’est acquitté aussi, ce faisant, de la bénédiction Leichev ba-souka dans la souka de l’ami. Si l’on n’a pas formé cette intention, on doit réciter le Birkat hamazon avant de sortir de sa propre souka ; puis, dans la souka de son ami, de même que l’on devra dire les bénédictions relatives à la nourriture, de même devra-t-on dire la bénédiction relative au séjour dans la souka (chacun selon ce que sa coutume lui fait obligation de réciter)[10].


[8]. La question de la bénédiction est exposée en Souka 45b-46a ; elle comprend deux aspects : 1) selon Maïmonide, il faut être debout quand on récite cette bénédiction, car la Torah exprime ce commandement par le mot téchevou (« dans des cabanes vous résiderez », litt. « vous vous assiérez ») ; or on doit dire la bénédiction avant d’accomplir l’acte, de sorte qu’il faut la réciter debout, et s’asseoir immédiatement après. Telle est la coutume yéménite. Selon le Raavad et le Roch, téchevou signifie simplement « vous résiderez », « vous demeurerez » dans la souka, de sorte que, même si l’on reste debout, on accomplit la mitsva ; et puisque la coutume est de réciter la bénédiction avant le repas, on la dit simplement assis avant de manger. 2) Selon le Maharam de Rothenburg, il y a lieu de commencer par la bénédiction de la souka, car on s’oblige à la mitsva de la souka dès l’instant qu’on y entre. Le Roch écrit que la coutume est de commencer par la bénédiction du pain, car, suivant la coutume consistant à lier la bénédiction de la souka au fait de se restaurer, c’est la nourriture même qui crée l’occasion de réciter ladite bénédiction. Le Touré Zahav 2 écrit encore qu’il faut commencer par la bénédiction Hamotsi (ou Mézonot), parce qu’il faut donner priorité à la bénédiction de jouissance (birkat hanéhénin). En pratique, la coutume des communautés ashkénazes, marocaines, tunisiennes et de la majorité du monde séfarade est de réciter d’abord la bénédiction de la nourriture, puis celle de la souka (Rama 643, 2-3, ‘Alé Hadas 11, 3). Cependant, le Choul’han ‘Aroukh 643, 3 estime que la halakha suit Maïmonide et le Maharam, pour qui l’on récite d’abord la bénédiction de la souka, puis celle de la nourriture. Tel est aussi l’avis du Ben Ich ‘Haï, Haazinou 5, du Kaf Ha’haïm 643, 9 et 16, du Ye’havé Da’at 5, 47. Et quoique ces auteurs estiment que tel est l’ordre préférable, ils ne frappent pas de nullité la coutume inverse. 

[9]. Selon le Baït ‘Hadach et le Touré Zahav 639, 20, si l’on a prononcé la bénédiction à l’occasion de son repas, et que l’on soit resté dans la souka de manière continue, puis que l’on s’apprête à prendre un nouveau repas régulier, on répétera Leichev ba-souka ; car, de prime abord, quand on a récité la première bénédiction, on n’avait l’intention de s’en acquitter que jusqu’au repas suivant non inclus. Selon le Levouch, le Chné Lou’hot Habrit et le Maguen Avraham 17, on ne doit pas répéter la bénédiction, puisque l’on n’aura pas détourné son esprit [de la souka] entre-temps. C’est aussi l’avis du Choul’han ‘Aroukh Harav, du ‘Hayé Adam, du Michna Beroura 47 – Cha’ar Hatsioun 86. Telle est la halakha, puisque, en cas de doute portant sur une bénédiction, on est indulgent. S’il se trouve là une personne qui doit réciter la bénédiction, il sera bon de lui demander de former l’intention de nous en acquitter. Certains auteurs estiment que si, entre un repas et un autre, on est sorti de la souka pour un temps bref, et bien qu’une telle sortie ne soit pas considérée comme une interruption, on devra répéter la bénédiction dans le cas présent, où l’on s’apprête à commencer un nouveau repas régulier (Ya’avets, Bikouré Ya’aqov). D’autres disent que, même en ce cas, on ne répétera pas la bénédiction (Dérekh Ha’haïm, Choul’han ‘Aroukh Harav et d’autres). Là encore, s’applique le principe : « en cas de doute portant sur une bénédiction, on est indulgent » (Cha’ar Hatsioun 86).

 

[10]. Certes, pour le Maguen Avraham et le Choul’han ‘Aroukh Harav, si l’on s’est rendu dans la souka de son ami au milieu de son repas, on devra redire la bénédiction de la souka. Cependant, selon le Touré Zahav et le Levouché Serad, si l’on a formé cette intention au moment où l’on a récité la bénédiction Leichev ba-souka, il n’est pas nécessaire de la répéter. Dans le doute, le Michna Beroura 639, 48 (Cha’ar Hatsioun 93-94) tranche en disant de ne pas la répéter. Si l’on s’est rendu dans la souka de son prochain après avoir fini son repas et récité le Birkat hamazon, c’est, de prime abord, que l’on n’avait pas l’intention d’inclure la souka de son prochain dans la bénédiction Leichev ba-souka ; dans ces conditions, si l’on veut y manger, on y dira Leichev ba-souka. Cf. en Pniné Halakha – Lois des bénédictions, chap. 3 § 11, le cas de celui qui veut poursuivre son repas chez son prochain ; cf. encore Pisqé Techouvot 639, 19 (3-5).

Livres

Série Pniné Halakha 9 volumes
Commandez maintenant