10.Dans quel cas on est considéré comme mitsta’er, et dispensé de dormir dans la souka

Bien qu’il soit obligatoire de dormir dans la souka, que ce soit pour un sommeil « régulier » ou pour un simple somme occasionnel, nombreux sont ceux qui ont l’usage d’être indulgents, et de ne point dormir dans la souka. La question est de savoir s’ils ont sur quoi s’appuyer pour s’autoriser cette dispense. Deux raisons principales sont mentionnées par les décisionnaires pour dispenser de dormir dans la souka : la première ressortit au statut de mitsta’er (le fait d’être dérangé), la seconde a trait aux personnes mariées.

Dans les pays froids d’Europe, dormir dans la souka engendre du désagrément en raison du froid nocturne. Il s’est même trouvé des gens qui tombèrent malades après avoir dormi dans la souka. Aussi les décisionnaires dispensent-ils de dormir dans la souka, dans le cas où cela serait dérangeant en raison du froid, et où l’on n’aurait pas la possibilité de se chauffer correctement – parce que l’on n’aurait pas de couvertures qui conviennent, ou bien parce que, même dans ces couvertures, on resterait dérangé.

En Israël, le froid n’est pas si vif ; mais d’un autre côté, il y a de nos jours davantage de gens douillets ou sensibles, qui s’enrhument dans la froidure des nuits, même s’ils dorment avec une couverture chaude. Eux aussi ont le statut de mitsta’er, et sont donc dispensés de dormir dans la souka. En revanche, les nuits où l’on sait qu’il n’est pas à craindre de s’enrhumer, ainsi que les après-midis où l’on fait la sieste, et où le rhume n’est pas à craindre, il est obligatoire de dormir dans la souka[14].

Il y a des gens qui ne parviennent pas à s’endormir dans la souka ; et bien que, en vérité, rien ne s’y trouve qui puisse déranger leur sommeil, ils se sentent tendus d’être au milieu d’un environnement inhabituel. Puisque, en pratique, ils ne s’endorment pas, il apparaît qu’ils souffrent dans la souka, et sont donc dispensés d’y dormir. Ils n’ont pas l’obligation de se construire une souka dont les murs soient en briques, afin de se sentir à l’aise et de pouvoir s’y endormir la nuit. En effet, la Torah n’a point ordonné, pour les besoins de la mitsva de souka, de bâtir des murs permanents. Cependant, si on le fait, on sera béni pour cela, car on pourra ainsi accomplir la mitsva. Si l’on est dispensé de dormir la nuit dans la souka, mais que l’on réussisse à y dormir le jour, et que l’on veuille faire un somme le jour, on aura l’obligation de dormir alors dans la souka.

Si l’on veut dormir le midi, mais que, là où se trouve la souka, il y ait des enfants qui font du bruit, ce qui dérange l’endormissement, et que, même si on le leur demande, ils n’arrivent pas à garder le silence, on a le statut de mitsta’er : si l’on est fatigué, il sera permis de dormir dans sa maison[15].


[14]. Il est admis, parmi les décisionnaires ashkénazes (qui vivaient dans des contrées beaucoup plus froides que la terre d’Israël), que, lorsqu’il fait très froid, on est dispensé de dormir dans la souka. Simplement, ces auteurs sont partagés d’après leur lieu d’habitation. Selon le Mordekhi, qui vivait en Allemagne, on est en effet dispensé ; pour le Rama, qui vivait en Pologne, on est obligé. Selon cela, en Israël, où le climat est beaucoup plus chaud, on devrait, de prime abord, être constamment tenu de dormir dans la souka. Mais en pratique, par les nuits froides, dans les collines, un assez grand nombre de personnes s’enrhument en dormant dans la souka. Peut-être est-ce parce que nous sommes plus « gâtés » que jadis. Quoi qu’il en soit, en pratique, si l’on craint de s’enrhumer, on devra se couvrir de chaudes couettes ; et si l’on voit, d’expérience, que cela même ne suffit pas, et que l’on s’enrhume par les nuits froides, on sera dispensé, ces nuits-là, de dormir dans la souka, au titre de mitsta’er. Si l’on risque d’être dérangé le midi aussi, on fera sa sieste à la maison. 

[15]. Il va de soi que, si l’on ne peut concrètement pas s’endormir dans la souka, on est dispensé, en tant que mitsta’er. Certes, le mitsta’er n’est dispensé que des choses dont les gens, d’ordinaire, éprouvent le dérangement. Mais si l’on sait faire partie des personnes délicates, et que tous les délicats soient dérangés de cela, on en est dispensé (Rama 640, 5, Michna Beroura 28-29).

 

Quand des invités se trouvent dans la souka, et qu’il serait gênant de leur demander de sortir, celui qui a besoin de dormir est autorisé à le faire à la maison, au titre de mitsta’er (Halikhot Chelomo 9, 19). Certains ne sont indulgents, à cet égard, que lorsqu’il est difficile de trouver une autre solution en se rendant à la souka de quelque ami (Rav Yossef Chalom Elyachiv, cité en Soukat ‘Haïm p. 435).

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