07. Chabbat Chouva

On a coutume d’appeler Chabbat Chouva, ou encore Chabbat Techouva, le Chabbat qui a lieu pendant les dix jours de pénitence. Cela, en référence à la haftara que nous lisons ce jour-là, et qui commence par les mots : Chouva, Israël, ‘ad Hachem Elo-hékha, ki khachalta ba’avonékha (« Reviens, Israël, à l’Éternel ton Dieu, car tu as trébuché par tes fautes ») (Os 14, 2). On sait, de même, que le Chabbat est la source de la bénédiction, et que tout ce qui advient pendant la semaine tire sa vitalité du Chabbat. Par conséquent, dans une certaine mesure, ce Chabbat est la racine même du jour de Kipour. Aussi convient-il de s’y éveiller à la techouva et à l’étude de la Torah.

Il est de coutume que le rabbin de la communauté (le Mara déatra, « maître du lieu ») fasse une deracha (discours homilétique), ce Chabbat, sur un thème de moussar (éthique) et sur les questions halakhiques nécessaires –, deracha dans laquelle il exhorte l’assemblée à se repentir des transgressions les plus courantes, et à se renforcer dans l’étude de la Torah, la pratique de la tsédaqa et les autres mitsvot. Cette deracha et celle de Chabbat Hagadol, qui précède Pessa’h, sont les deux plus importantes de l’année. Aussi, dans le cas même où, les autres Chabbats de l’année, d’autres rabbins donnent des cours et des derachot, c’est le rabbin du lieu en titre qui, cette fois, doit discourir. En effet, puisque c’est sur lui que pèse le joug de la communauté, c’est lui qui saura déterminer quelles choses importantes requièrent d’être renforcées. Cette deracha se déroule en grande assemblée, et même les grands érudits, qui connaîtraient toute la Torah, et les petits qui ne comprennent pas les propos du rabbin, viennent y assister. Certains rabbins ont l’usage d’être enveloppés de leur talith en l’honneur du public et de la deracha (cf. Maté Ephraïm 602, 41 ; Éleph Hamaguen 23).

Dans certaines communautés, la deracha se tient durant l’office de Cha’harit, avant la lecture de la Torah ; mais dans les grandes communautés, où se trouvent plusieurs synagogues, et où ce serait un grand fardeau que de réunir tous les fidèles en un seul lieu, au milieu de l’office, la deracha se tient immédiatement après l’office de Min’ha. On fixe alors Min’ha deux ou trois heures avant le coucher du soleil, afin que le rabbin ait le temps de discourir longuement, et que l’on ait encore le temps, ensuite, de faire la sé’ouda chelichit, troisième repas de Chabbat (Maté Ephraïm 602, 42). Toutefois, nombreux sont ceux qui ont coutume de fixer la deracha entre la sé’ouda chelichit et l’office d’Arvit.

Selon la coutume ashkénaze, yéménite et d’une partie des communautés séfarades – parmi lesquelles nombre de communautés nord-africaines –, on ne récite pas Avinou, Malkénou le Chabbat, ni à l’office de Min’ha du vendredi ; en effet, on ne prie pas pour ses besoins personnels, le Chabbat. Même si Roch hachana lui-même a lieu le Chabbat, on ne dit pas Avinou, Malkénou (Pardès, Roqéa’h, Ran, Rivach 512, Rama 602, 1, Michna Beroura 584, 4). Dans de nombreuses communautés séfarades, on a coutume de dire Avinou, Malkénou lors du Chabbat Chouva, ainsi qu’à Roch hachana tombant un Chabbat. Cela ne porte pas atteinte à l’honneur du Chabbat, car ces jours sont particulièrement destinés à la techouva et à la prière pour l’année nouvelle (Rav Amram Gaon, Rabbénou Guerchom, Méïri, Kaf Ha’haïm 584, 7-8).

Nombreux sont ceux qui ont coutume de repousser la bénédiction de la nouvelle lune à l’issue de Kipour (motsaé Yom Kipour). En effet, il faut dire cette bénédiction dans la joie ; or ce n’est qu’après le jour de Kipour que s’atténue la tension, et que l’on sort de la synagogue en joie (Maharil, Rama 602, 1, Peri ‘Hadach, Rav Mordekhaï Elyahou ; cf. ci-après, chap. 7 § 19). D’autres estiment qu’au contraire, il est bon de proclamer la nouvelle lune durant les dix jours de pénitence, afin que cette mitsva fasse pencher la balance du côté du mérite (Levouch, ‘Hida, Gaon de Vilna). Chaque communauté perpétuera sa coutume.

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