02. Variations dans la version de la prière

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Puisque celui qui récite la ‘Amida doit se considérer comme se tenant devant le Roi, c’est une obligation pour lui que de mentionner, lors des dix jours de pénitence, la royauté de l’Éternel. Cette royauté divine, en effet, se révèle durant ces jours, où l’Éternel juge son monde. Si l’on ne mentionnait pas cela, on serait pareil à ceux qui ne prient que de lèvres, extérieurement, et ne prêtent pas attention à la royauté divine qui se manifeste durant ces dix jours de techouva. C’est pourquoi nos sages ont prescrit de clore la troisième bénédiction de la ‘Amida ainsi : « Béni sois-tu, Éternel, Roi saint » (ha-Mélekh haqadoch), au lieu de « Dieu saint » (ha-E.l haqadoch) ; et de clore la bénédiction Hachiva chofeténou (« Rétablis nos juges… ») par ha-Mélekh hamichpat (« Roi du jugement »), au lieu de Mélekh ohev tsédaqa oumichpat (« Roi qui aimes la justice et le jugement »).

Si, par erreur, on a dit ha-E.l haqadoch dans la troisième bénédiction, et que l’on n’ait pu se rattraper tout de suite (dans la mesure de temps appelée tokh kedé dibour, c’est-à-dire le temps nécessaire pour prononcer trois mots[b]), on recommencera sa ‘Amida du début. En effet, les trois premières bénédictions constituent une unité organique, un seul et même bloc, et quiconque se trompe dans la récitation de l’une doit revenir au début[1]. Si, après avoir terminé la ‘Amida, on ne sait plus si l’on a dit ha-E.l haqadoch ou ha-Mélekh haqadoch, on présume que l’on s’est trompé, puisque l’habitude constante est de dire ha-E.l haqadoch. Mais si l’on y a pensé très peu de temps après avoir achevé la bénédiction où il fallait dire ha-Mélekh, ou que l’on se soit souvenu d’intégrer l’ajout Mi khamokha dans la deuxième bénédiction, puis que l’on ait éprouvé un doute par la suite, on présumera que l’on s’est souvenu de dire ha-Mélekh haqadoch, et il ne sera donc pas nécessaire de revenir au début de la ‘Amida (Touré Zahav 422, 1 ; Michna Beroura 582, 4).

Si l’on s’est trompé dans la récitation de la bénédiction Hachiva chofeténou, et que l’on ait conclu, comme le reste de l’année, par Mélekh ohev tsédaqa oumichpat, sans se corriger avant l’expiration du temps nécessaire pour prononcer trois mots, les décisionnaires séfarades, pour une partie d’entre eux, considèrent que l’on n’est pas quitte, puisque l’on n’a pas respecté la version des jours redoutables. Aussi, dans le cas où l’on n’a pas encore terminé la ‘Amida, on reviendra à la bénédiction Hachiva chofeténou, que l’on conclura cette fois correctement, puis, de là, on poursuivra jusqu’à la fin de la ‘Amida. Mais si l’on a terminé la ‘Amida, on devra la répéter depuis le début ; en ce cas, on émettra pour soi-même la condition suivante : « Si la halakha n’obligeait pas à reprendre toute la ‘Amida en pareil cas, que la ‘Amida que je m’apprête à réciter soit considérée comme téphilat nédava, prière additionnelle volontaire » (Choul’han ‘Aroukh 118, 1 ; Ye’havé Da’at I 57).

Suivant la coutume ashkénaze, et celle d’une partie du monde séfarade, même si l’on a dit Mélekh ohev tsédaqa oumichpat, on est quitte a posteriori, puisque, dans cette version également, on mentionne le mot Mélekh (« Roi »). Par conséquent, si l’on ne s’est pas corrigé dans le temps nécessaire à la prononciation de trois mots, il n’est pas nécessaire de revenir à cette bénédiction (Rama 118, 1, Ben Ich ‘Haï, Nitsavim 19, Kaf Ha’haïm 1). Et puisque tel est l’usage de la majorité des communautés juives, c’est ainsi qu’il convient de procéder si l’on ne sait pas avec certitude quelle était la coutume de ses ancêtres.

On ajoute encore, durant les dix jours de pénitence, quatre passages qui viennent s’insérer dans la ‘Amida : Zokhrénou le’haïm (« Souviens-toi de nous pour la vie… ») dans la première bénédiction ; Mi khamokha (« Qui est comparable à Toi… ») dans la deuxième ; Oukhtov le’haïm (« Inscris pour la vie… ») dans la bénédiction Modim ; et Ouvséfer ‘Haïm (« Dans le livre de vie…) dans la dernière bénédiction (Sim chalom ou Chalom rav). Si l’on a oublié de les réciter, on ne se reprend pas (Choul’han ‘Aroukh 582, 5).

On a coutume de dire, durant les dix jours de pénitence, la prière Avinou, Malkénou (« Notre Père, notre Roi »), lors des offices de Cha’harit et de Min’ha, comme nous le verrons ci-après, § 6.


[b]. L’exemple habituel est : Chalom ‘alékha Rabbi (« Bonjour à toi, mon maître »).

[1]. Certains disent que, tant que l’on n’a pas commencé à réciter la bénédiction suivante, on peut encore se corriger, même si un temps supérieur à celui qui est nécessaire à la prononciation de trois mots est déjà passé (raisonnement du Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch ; Kaf Ha’haïm 9). Mais la directive communément admise, en pratique, est conforme à celle du Choul’han ‘Aroukh : si ce temps est passé, on revient au début de la ‘Amida.

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