08. Enfants

À partir du moment où les petits enfants parviennent à l’âge de l’éducation, c’est-à-dire, en l’occurrence, à l’âge où ils comprennent la mitsva de Yom Kipour, on les instruit à ne pas se laver ce jour-là, ni à s’oindre, ni à porter de chaussures ou de sandales. En général, les enfants parviennent à ce stade à l’âge de cinq ou six ans. Certains parents apportent à leur pratique un supplément de perfection, en les éduquant à ne pas porter de chaussures dès l’âge de trois ans.

En plus de la mitsva d’éduquer les petits au commandement du jeûne, il est interdit aux adultes de les induire en erreur, même les bébés qui viennent de naître, en leur faisant faire une chose interdite. Car de même qu’il est interdit aux adultes de nourrir les enfants d’insectes ou de sang, ou de rendre impur un cohen mineur, de même est-il interdit aux adultes de laver, d’oindre ou de chausser de cuir les enfants (Pniné Halakha – Les Lois de Chabbat II 24, 2). Mais quand il y a à cela une certaine nécessité médicale, il devient permis de les laver ou de les oindre. Cela n’entre pas dans le champ de l’interdit de médication, que les sages ont décrété quant au Chabbat et aux fêtes, parce que, pour les nécessités liées à la maladie ou à l’indisposition d’un enfant, les sages ont levé l’interdit fixé à l’endroit des adultes (ibid. 6). De même, quand un enfant risque de subir un dommage en n’ayant pas de chaussures, on pourra lui en mettre.

S’agissant du jeûne, il est impossible d’éduquer des enfants de cinq et six ans à jeûner, car ils sont encore faibles, et le jeûne risque de leur nuire. Aussi attend-on qu’ils parviennent à l’âge de neuf ans. À ce moment, on commence à instruire les garçons et les filles en bonne santé à jeûner quelques heures : s’ils ont l’habitude de manger à huit heures, le matin, ils mangeront à l’approche de midi, le jour de Kipour. S’ils sont faibles, on ne les éduque pas à cela depuis l’âge de neuf ans, mais de dix ans.

À partir de onze ans, on éduque les garçons et les filles à jeûner toute la journée de Kipour ; s’ils sont faibles, ils peuvent être indulgents et ne jeûner que jusqu’au midi solaire.

À partir de douze ans, les filles ont l’obligation toranique de jeûner. Les garçons de douze ans, eux, doivent jeûner en vertu des paroles des sages, afin de s’éduquer à la mitsva. Même quand un garçon est faible, il lui faut s’efforcer de jeûner le jour entier. Cependant s’il est malade, et quoique sa maladie ne présente pas de danger pour sa personne, il n’est pas obligé de jeûner, puisqu’il n’est pas encore parvenu à l’âge des mitsvot. Il s’efforcera alors de jeûner jusqu’au midi. À partir de treize ans, les garçons sont à leur tour tenus toraniquement de jeûner[10].

Nombreux sont ceux qui encouragent les petits enfants, parvenus à l’âge de l’éducation, à ne pas manger ni boire le soir de Kipour. Bien que certains auteurs pensent qu’il n’y a pas lieu d’être rigoureux à cet égard, tel est l’usage de beaucoup, afin d’éduquer les petits à participer un peu au jeûne. Mais s’ils demandent à boire ou à manger, il faut le leur donner (Élef Hamaguen 616, 5).

Nombreux sont ceux qui estimaient que, avant l’âge de neuf ans, il fallait empêcher les enfants de jeûner, ne fût-ce que quelques heures au cours de la journée, de crainte que cela ne les mette en danger (Rama 616, 2). Mais la majorité des enfants veulent jeûner quelques heures, avant même l’âge de neuf ans ; et puisque les médecins pensent qu’il n’y a pas de danger à cela, la majorité des Juifs ont coutume de les laisser jeûner quelques heures, le matin, et il n’y a pas lieu d’annuler cet usage (Échel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch, d’après Rachi).


[10]. La question est traitée en Yoma 82a, dans la Michna puis la Guémara. On trouve en pratique trois opinions, quant au jeûne des enfants : selon le Roch et Rabbi Yechaya A’haron zal, quatre ans avant qu’ils soient assujettis à la mitsva, on éduque les enfants en bonne santé à jeûner quelques heures ; deux ans avant qu’ils y soient assujettis, on les éduque à jeûner toute la journée. S’ils sont faibles, c’est seulement trois ans avant qu’ils y soient assujettis qu’on les éduque à jeûner quelques heures, et on les éduque à jeûner le jour entier un an avant qu’ils y soient assujettis. Puisque les filles sont toraniquement tenues d’observer les mitsvot à l’âge de douze ans, on commence à les éduquer au jeûne à l’âge de huit ans (comme le dit Rav Houna). Les garçons sont tenus aux mitsvot à l’âge de treize ans ; on commence donc à les éduquer au jeûne à neuf ans (comme le dit Rav Na’hman).

Selon le Rif, Maïmonide et le Choul’han ‘Aroukh 616, 2, il n’y a pas de différence à faire entre les garçons et les filles : tout enfant en bonne santé est instruit à jeûner quelques heures à partir de neuf ans, et, s’ils sont faibles, à partir de dix ans. À partir de onze ans, on éduque les garçons et les filles, qu’ils soient en bonne santé ou faibles, à jeûner pleinement. Ce n’est que si l’enfant, garçon ou fille, est vraiment malade, qu’il ne jeûnera pas avant d’être parvenu à l’âge où la Torah l’y oblige (c’est en ce sens que ces auteurs expliquent l’opinion de Rav Na’hman).

D’autres tranchent d’après l’opinion de Rabbi Yo’hanan, selon qui on n’éduque pas du tout l’enfant à jeûner un plein jour : c’est seulement quand ils parviendront à l’âge où l’on est tenu aux mitsvot, qu’ils auront l’obligation de jeûner toute la journée. Quant au fait d’éduquer à jeûner quelques heures, cela commence deux ans avant cela. C’est l’opinion de Rabbi Yits’haq ibn Ghiat, du Roqéa’h et de Rabbi Eliézer de Metz. Selon le Teroumat Hadéchen et le Rama, il faut s’appuyer sur ces autorités pour dispenser d’un jeûne complet l’enfant maigre, qui n’a pas la force de jeûner. Selon le Élya Rabba, il faut a priori instruire les enfants à ne pas jeûner un jour complet avant qu’ils n’arrivent à l’âge des mitsvot, car tous doivent être considérés comme malades. C’est aussi l’opinion du ‘Aroukh Hachoul’han 616, 17 et du Halikhot Chelomo 6, 14.

Le Michna Beroura 616, 9 cite les différentes opinions. Le Rav Mordekhaï Élyahou, dans le Maamar Mordekhaï sur les fêtes 45, 19, écrit qu’il faut encourager les mineurs à se conformer à l’avis du Choul’han ‘Aroukh. Et c’est en ce sens que nous nous sommes exprimé dans le corps de texte, à l’exception des enfants de onze ans : s’ils sont faibles, nous adoptons l’opinion indulgente, et tel est l’usage courant.

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