02. Comment on accomplit la mitsva de zakhor

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Selon la Torah, quiconque mentionne, le Chabbat, la sainteté du jour, en précisant que ce jour marque le souvenir de la Création du monde et de la sortie d’Egypte, accomplit par cela la mitsva de zakhor, « souviens-toi du jour de Chabbat pour le sanctifier. » Cependant, nos sages ont souhaité que tout le peuple juif accomplisse la mitsva de zakhor par le biais d’un texte complet et précis ; c’est pourquoi les membres de la Grande Assemblée (Anché Knesset haguedola) ont conçu un texte de bénédiction sur le thème de la sainteté du Chabbat : le Qidouch. Et pour que l’on dise ce Qidouch de façon solennelle et délectable, les sages ont décidé qu’il serait récité sur une coupe de vin, en introduction au repas. Selon certains, c’est une mitsva de rang toranique que de mentionner la sainteté du Chabbat en prenant appui sur un aliment ou une boisson qui soit source de délice et de joie[1]. On a coutume d’ajouter, avant la bénédiction du Qidouch (du soir), la récitation des versets de Vaïkhoulou (Gn 2, 1-3 ; cf. supra chap. 5 § 12).

De l’avis de nombreux décisionnaires, en plus d’obliger à mentionner le Chabbat à son entrée, la mitsva de zakhor oblige aussi à mentionner le Chabbat à sa sortie. À son entrée, la mitsva consiste à rappeler sa sainteté et sa nature, tandis qu’à sa sortie la mitsva consiste à relever la différence entre la sainteté du Chabbat et les jours profanes. Par conséquent, la Havdala[b] que nous disons à la sortie de Chabbat est, elle aussi, selon de nombreux décisionnaires, une mitsva toranique. Simplement, comme pour le Qidouch, on peut, si l’on s’en tient à l’obligation toranique, s’en acquitter par la seule parole, et ce sont les sages qui ont institué la récitation de la Havdala sur une coupe de vin (Maïmonide, Michna Beroura 296, 1 ; cf. ci-après chap. 8 § 1).

En plus du Qidouch récité le soir, nos sages ont décidé qu’un Qidouch serait également dit le jour, afin d’honorer la journée du Chabbat et de la distinguer des autres journées. En effet, en introduisant le repas par le Qidouch, il est manifeste que ce repas est important, particulier, et l’on se souvient ainsi de la sainteté du Chabbat. Mais dans la mesure où ce n’est pas par le biais du Qidouch du jour que l’on accomplit la mitsva même de zakhor, nos sages n’ont pas institué, au sein du texte de ce Qidouch, de bénédiction particulière en l’honneur du Chabbat : on dit seulement la bénédiction propre au vin, Baroukh… boré peri haguéfen (« Sois béni, Eternel, notre Dieu, roi de l’univers, qui crées le fruit de la vigne »). On a cependant l’usage de réciter, avant la bénédiction, des versets se rapportant au Chabbat. Ce Qidouch du jour est appelé Qidoucha Rabba (« grand Qidouch »), par antiphrase, car c’est le Qidouch du soir qui est le plus important (Michna Beroura 289, 3).

Bien qu’en lui-même le repas du jour soit plus important que celui du soir (comme nous le verrons au chap. 7 § 4), c’est par le Qidouch du soir que nous accomplissons la mitsva de zakhor, car l’obligation consiste à rappeler le souvenir du Chabbat peu après son entrée. Par conséquent, après avoir terminé la prière d’Arvit, on se hâtera d’accomplir la mitsva du Qidouch (Choul’han ‘Aroukh 271, 1 ; 3). Si l’on n’a pas récité le Qidouch le soir de Chabbat, la mitsva n’est pas perdue pour autant : on récitera le Qidouch le jour, avant le deuxième repas (qui suit l’office du matin). On dira alors la bénédiction propre au Qidouch du soir (Baroukh… acher qidechanou bemitsvotav vératsa vanou… : « Béni sois-Tu… qui nous as sanctifiés par tes commandements et nous as agréés… »), mais sans les versets de Vaïkhoulou, lesquels sont spécifiquement liés au soir de Chabbat (Choul’han ‘Aroukh et Rama 271, 8). Si l’on n’a pas non plus récité le Qidouch assorti de cette bénédiction avant le deuxième repas, il sera encore obligatoire de le réciter, tout le temps que le soleil ne s’est pas couché. On aura alors soin de manger après le Qidouch (comme nous le verrons ci-après, § 10).

Puisque, si l’on s’en tient à la règle toranique, on s’acquitte du commandement de zakhor par une simple mention verbale du Chabbat, certains décisionnaires estiment que l’on accomplit déjà cette mitsva, du point de vue toranique, en récitant la bénédiction centrale de la ‘Amida de l’office d’Arvit de Chabbat (c’est l’avis du Maguen Avraham). Cependant, certains auteurs expriment des doutes à ce sujet, pour deux raisons : premièrement, on n’a pas l’habitude de former l’intention, en récitant la ‘Amida du soir de Chabbat, de s’acquitter de la mitsva de zakhor ; or la halakha a pour principe que les mitsvot requièrent une intention pour être valablement accomplies (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 60, 4). Deuxièmement, il se peut qu’il faille mentionner, dans le Qidouch, que le Chabbat commémore la sortie d’Egypte ; or, dans la ‘Amida du vendredi soir, la sortie d’Egypte n’est pas mentionnée concurremment avec la sainteté du Chabbat. Si bien qu’en pratique nous accomplissons la mitsva, même du seul point de vue toranique, en récitant le Qidouch sur une coupe de vin, comme le prescrivent les sages (Michna Beroura 271, 2, Béour Halakha ad loc.). De plus, nous avons déjà vu que, selon certains avis, il est nécessaire, du point de vue même de la Torah, de réciter le Qidouch sur le vin (note 1).


[1]. Talmud, traité Pessa’him 106a :

Nos maîtres ont enseigné : « “Souviens-toi du jour de Chabbat pour le sanctifier” (Ex 20, 8) : souviens-t’en [ou : mentionne-le] sur le vin. »

 

Selon Maïmonide (Chabbat 29, 6), Rabbénou Tam, le Séfer Mitsvot Gadol, le Rachba et une nette majorité de décisionnaires, la mitsva consistant à proclamer la sainteté du jour sur une coupe de vin est rabbinique, et le verset n’est cité là que comme appui (asmakhta) [littéralement appui, illustration d’une règle par un verset qui n’en est pas la source, à la différence de la deracha, où la loi orale s’enseigne à partir d’un verset source]. Tandis que, selon Rachi et le Ran (commentant le Rif sur le traité Chabbat 10a), la mitsva de réciter le Qidouch sur le vin ou sur le pain est toranique, car telle est l’intention de la Torah que de mentionner le Chabbat en prenant appui sur une chose qui soit liée à ce jour, jour qu’il nous est prescrit de sanctifier par la nourriture et par la boisson. Selon le Raavan, c’est spécifiquement par le biais du vin que la mitsva s’applique.

 

[b]. Cf. chapitre 8.

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