06. Règles relatives au verre à Qidouch

Nos sages ont prescrit de réciter un certain nombre de bénédictions sur une coupe de vin, telles que les bénédictions du mariage (dans ses deux étapes, qidouchin et nissouïn)[e], les actions de grâce après un repas (Birkat hamazon), le Qidouch, la Havdala. Et puisque, sur cette coupe, on récite une bénédiction en l’honneur du Ciel, il convient que la coupe soit belle et de qualité ; nos sages ont fixé des normes à ce sujet :

La coupe doit être entière, sans défaut ni fissure, à son bord ni à sa base. Si l’on ne dispose pas d’une coupe en bon état, on peut, a posteriori, réciter le Qidouch sur une coupe abîmée. Mais s’il s’y trouve une fente par laquelle le vin s’écoule, au point qu’elle ne puisse contenir un revi’it de vin (75 ml), la coupe est impropre au Qidouch (Choul’han ‘Aroukh 183, 3 ; Michna Beroura 11 ; Cha’ar Hatsioun 14).

Quand on a le choix entre plusieurs coupes, il convient de choisir la plus belle pour la bénédiction. Nombreux sont ceux qui enjolivent l’exécution de la mitsva en récitant le Qidouch sur une coupe en argent. Quand on ne dispose que d’un verre jetable simple, on peut, a posteriori, faire sur lui la bénédiction[7].

Il faut veiller à ce que la coupe soit parfaitement propre. Si quelqu’un y a bu, ou qu’elle se soit salie d’une autre manière, il faut la rincer à l’intérieur et à l’extérieur (Choul’han ‘Aroukh 183, 1). A posteriori, quand il est difficile de rincer la coupe, on peut l’essuyer et la nettoyer au moyen d’une serviette (Michna Beroura 1).

Certes, si l’on s’en tient à la seule règle halakhique, on peut se suffire d’une coupe d’une contenance d’un revi’it (75 ml). Mais si la coupe a une capacité plus grande, c’est une obligation que de la remplir de vin, car tel est l’honneur dû à la bénédiction que de la réciter sur une coupe pleine. Certains ont coutume de remplir la coupe à ras bords, de façon que, au cours de la bénédiction, un peu de vin se renversera vraisemblablement sur la main de celui qui la récite. Mais il semble que l’application la plus parfaite de la mitsva soit de remplir la coupe jusqu’à proximité du bord, afin que le vin ne se renverse pas sur la main du meqadech : c’est ce type de « coupe pleine » que visaient nos sages (Taz 183, 4, Choul’han ‘Aroukh Harav 4, Michna Beroura 183, 9. C’est aussi ce qui ressort des propos de la maison d’étude d’Hillel au traité Berakhot 52b).

Si quelqu’un a déjà bu du vin qui se trouvait dans la coupe, ou que l’on en ait bu à la bouteille, le vin restant dans la coupe ou dans la bouteille prend le statut de vin « abîmé » (pagoum), et il est impropre au Qidouch (ainsi qu’à la Havdala et aux autres solennités). En cas de nécessité, on peut « corriger » un vin altéré en y ajoutant du vin non altéré : grâce à cette adjonction, le vin est considéré comme nouveau. Et si le vin altéré est fort, on peut le corriger en le coupant d’eau au lieu de vin. A posteriori, quand il n’y a pas de moyen de « réparation », on peut réciter le Qidouch sur un vin ainsi altéré (Choul’han ‘Aroukh 182, 3-7)[8].

Nos sages ont enseigné (Berakhot 51a) que l’on doit d’abord saisir la coupe des deux mains, afin de montrer l’affection dont elle est l’objet. Ensuite, quand on dira le Qidouch, on tiendra la coupe dans la seule main droite, qui est la main la plus importante. On tiendra la coupe de tous ses doigts, afin que ceux-ci entourent la coupe. On lèvera la coupe d’un palme (téfa’h, environ 8 cm) au-dessus de la table, afin qu’elle soit visible de tous. On posera son regard sur la coupe, afin de ne pas détourner son esprit d’elle. S’il en est besoin, on regardera son livre de prière (sidour) ; en ce cas, il sera bon de rapprocher le sidour de la coupe, afin de voir les deux ensemble. Après avoir bu soi-même du vin, on donnera à boire à son épouse ; par cela, la bénédiction s’étendra sur elle et sur lui (Choul’han ‘Aroukh 183, 4)[9].


[e]. La cérémonie nuptiale est en deux temps : les qidouchin consistent dans la remise de l’anneau nuptial à l’épousée. Lors des nissouïn, est célébré le commencement de la vie commune.

 

[7]. Selon le Igrot Moché (Ora’h ‘Haïm III 39), un verre jetable n’est pas un ustensile important ; il est défectueux par nature, et il ne convient pas de réciter sur un tel verre la bénédiction du Qidouch ; mais si l’on n’a pas d’autre verre, peut-être est-il possible d’être indulgent. Pour le Min’hat Yits’haq (X 23), un verre destiné à être jeté après un usage unique n’est pas considéré comme un ustensile (keli), aussi est-il impropre au Qidouch et à l’ablution des mains (nétilat yadaïm). Quand il n’y a pas d’autre choix, la solution consiste à décider de se servir de ce verre plusieurs fois, grâce à quoi il sera considéré comme un ustensile.

 

Face à cela, selon le Tsits Eliézer XII 23 et le Yalqout Yossef 271, 41, un verre jetable est valide pour le Qidouch et pour l’ablution des mains car, en lui-même, un tel verre est susceptible de plusieurs utilisations successives, et ce n’est que parce qu’il est bon marché que les gens préfèrent le jeter plutôt que de le laver. De plus, ce verre possède de l’importance : c’est un fait que l’on offre à boire à des personnes importantes dans de tels verres. Le Chemirat Chabbat Kehilkhata 47, 11 s’accorde à dire que l’on peut être indulgent a posteriori. Si l’on ne dispose même pas d’un verre jetable, on pourra réciter le Qidouch sur le vin qui se trouve dans la bouteille.

[8]. Boire directement du vin depuis un ustensile est considéré comme altérant le reste de son contenu. En revanche, verser du vin depuis une bouteille ou une coupe n’altère pas ce qu’il en reste. Pour la majorité des décisionnaires, la « réparation » d’un vin ainsi altéré se fait en y versant un peu de vin non altéré. Toutefois, selon le Maharam de Rothenburg, la « réparation » ne se fait que si l’on verse le vin altéré dans une quantité plus grande de vin non altéré.

 

A priori, il y a lieu de se rendre également quitte aux yeux du Maharam ; simplement, si l’on faisait cela directement, on altérerait, selon la majorité des opinions, tout le vin. On versera donc d’abord un peu de vin non altéré dans la coupe contenant le vin altéré – ce par quoi on aura déjà « réparé » ce vin selon la majorité des décisionnaires – ; après quoi on versera le contenu de la coupe dans la bouteille, ce qui le réparera également aux yeux du Maharam (cf. Michna Beroura 182, 27, Cha’ar Hatsioun 23-24). Il semble que, en un endroit où le fait de reverser du vin dans la bouteille est considéré comme impoli, il sera préférable de se conduire suivant la majorité des opinions, et de se contenter de « réparer » le contenu de la coupe en y ajoutant un peu de vin.

 

[9]. Berakhot 51a :

Dix choses ont été enseignées au sujet de la coupe du Qidouch : elle doit être nettoyée de l’intérieur, nettoyée de l’extérieur, on doit y verser un vin d’abord non coupé d’eau, elle doit être intacte, entourée [par la présence de tous les convives, ou par d’autres coupes], on doit se couvrir pour dire la bénédiction, prendre la coupe des deux mains, la transmettre à la main droite, la soulever d’un palme au-dessus du sol [ou, si l’on est attablé, au-dessus de la table], la regarder. Certains disent qu’on la transmet aussi aux convives. Rabbi Yo’hanan a dit : quant à nous, nous n’avons que quatre usages : la coupe doit être nettoyée de l’intérieur, nettoyée de l’extérieur, on doit y verser un vin d’abord non coupé, elle doit être intacte.

 

Maïmonide ne mentionne que les quatre points énumérés par Rabbi Yo’hanan. Mais cette position pose question, car Rabbi Yo’hanan lui-même, dans la suite de ce passage, hésite quant au fait de savoir s’il est permis que la main gauche aide la droite, ce qui tend à démontrer que la halakha ne se limite pas, en la matière, aux quatre premiers points.

 

Et en effet, selon les Guéonim, ce sont les dix choses énumérées plus haut qui sont retenues par la halakha. D’après le Roch, seuls le fait d’entourer la coupe et le fait de se couvrir pour dire la bénédiction ne sont pas adoptés par la halakha. Selon les élèves de Rabbénou Yona, cinq des dix points sont adoptés par la halakha : les quatre premiers et le fait de transmettre la coupe à la main droite, tandis que le reste n’est pas obligatoire. Le Gaon de Vilna (183, 7) explique que quatre points constituent des conditions indispensables à la réalisation de la mitsva, tandis que les autres participent de la mitsva sans en conditionner la validité. C’est en ce sens que se prononce le Michna Beroura 183, 20. Par conséquent, si l’on a tenu la coupe de la main gauche au lieu de la droite, on est quitte. Il semble même que, a posteriori, si l’on n’a pas tenu la coupe, mais que celle-ci ait été simplement posée devant soi au moment du Qidouch, on soit quitte (Michna Beroura 182, 15).

 

Concernant les gauchers, différentes coutumes existent : les décisionnaires écrivent qu’ils doivent tenir la coupe de la main gauche, qui est pour eux la main forte (Michna Beroura 183, 20). Selon la Kabbale, tout homme doit tenir la coupe de la main droite, et nombreux sont ceux qui ont cet usage (Kaf Ha’haïm 183, 29, Pisqé Techouvot 183, 10).

 

Autre sujet : la manière la plus parfaite de tenir le verre. Selon le Chné Lou’hot Habrit, se fondant sur les kabbalistes, et cité par le Michna Beroura 183, 15, on placera la coupe sur la paume de sa main droite, tandis que les doigts seront dressés autour de la coupe. Pour le Kaf Ha’haïm 183, 20, on placera la coupe à mi-hauteur des doigts dressés (et non sur la paume). Selon le Maguen Avraham 183, 6, on peut expliquer que l’intention des kabbalistes est d’entourer la coupe avec l’ensemble de ses doigts, de la façon dont on saisit ordinairement une coupe. Cf. Pniné Halakha, Berakhot (Bénédictions) 5, note 22, et Har’havot sur le présent paragraphe.

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