05. Quantité de vin dans la coupe

Pour accomplir la mitsva du Qidouch, il faut que la quantité de vin ait une certaine importance, afin que la bénédiction ait sur quoi porter. Cette quantité doit être à tout le moins équivalente au volume d’un œuf et demi (mesure appelée par le Talmud quart de log), et telle est la mesure minimale que doit contenir toute « coupe de bénédiction » (kos chel berakha)[d]. Faute de cette mesure minimale, on n’aura pas accompli la mitsva (Chabbat 76b, Pessa’him 107a, 108b ; Maguen Avraham 271, 32).

Il était autrefois admis que la mesure du volume d’un œuf et demi, indiquée par Maïmonide, équivalait à 86 millilitres (Rabbi ‘Haïm Naeh). Cependant, d’après des calculs précis, il apparaît que la mesure exacte indiquée par Maïmonide est de 75 ml. D’autres décisionnaires, rigoureux, estiment que les œufs sont de nos jours plus petits que jadis, environ de moitié, et qu’il faut donc une mesure de 150 ml de vin (‘Hazon Ich). En pratique, la halakha (si l’on s’en tient à la position principale des décisionnaires) autorise à faire le Qidouch sur une mesure de 75 ml de vin ; mais de nombreux Ashkénazes sont a priori rigoureux, et veillent à ce que la coupe du Qidouch ait une contenance de 150 ml[5].

Après la bénédiction, celui qui l’a récitée (le meqadech) doit boire une quantité minimale de vin appelée melo lougmav (« une pleine bouchée »), mesure de boisson qui fait éprouver au buveur une sensation de satisfaction. La mesure de melo lougmav équivaut à la quantité de vin propre à remplir la bouche quand on gonfle une joue. Cette mesure correspond, à tout le moins, à la majorité d’un revi’it (quart d’un log), c’est-à-dire au moins 38 ml. Un homme dont la bouche serait plus grande devrait boire davantage, selon la mesure propre à emplir sa bouche. Chez la majorité des gens, la mesure qui convient est de 50 à 55 ml ; même la personne la plus grande n’est pas obligée de boire plus qu’un revi’it, 75 ml.

Si le meqadech ne peut boire la quantité de melo lougmav, il peut être remplacé par l’un de ceux qui l’auront entendu. A posteriori, si le meqadech et les auditeurs pris ensemble ont bu la quantité cumulée de melo lougmav, ils sont quittes de l’obligation du Qidouch, bien qu’aucun d’eux n’ait bu, à lui seul, ladite quantité (Pessa’him 107a ; Choul’han ‘Aroukh 271, 14, Michna Beroura 73)[6].


[d]. Coupe de vin sur laquelle on récite une bénédiction liée à une solennité ou à un rituel : Qidouch, Havdala, bénédictions du mariage, de la circoncision…

 

[5]. Cf. Pniné Halakha, Berakhot (Bénédictions, à paraître) 10, note 11 ou Chabbat, Har’havot sur ce paragraphe. En résumé, concernant le calcul effectué par Rabbi ‘Haïm Naeh sur la mesure commune indiquée par Maïmonide, une erreur est apparue. En effet, Maïmonide se basait, dans ses écrits, sur le dirhem (unité de poids) en usage à son époque, et qui était légèrement plus petit que le dirhem turc, que Rabbi ‘Haïm Naeh a pris pour référence. Il en ressort que, selon Maïmonide et tous les décisionnaires qui partagent son avis, le volume d’un œuf et demi (correspondant au quart d’un log) est de 75 ml. C’est ce qu’indique le Rav ‘Haïm Beinish (Midot Véchiouré Torah 30, 5 ; 16, 6), et le Gaon Rav Ovadia Yossef l’approuve. (Quand à la coutume ashkénaze ancienne, elle estimait le volume d’un œuf à 46 ml et le revi’it ou quart de log à 69 ml.)

 

Le Noda’ Biyehouda estime, quant à lui, que les œufs sont aujourd’hui plus petits de moitié. D’après cela, le ‘Hazon Ich calcule que le volume d’un œuf et demi équivaut à 150 ml. Selon le Michna Beroura 271, 68 et 486, il est bon d’être rigoureux, conformément à l’avis du Noda’ Biyehouda, quand le fondement d’une mitsva est toranique, comme c’est le cas du Qidouch du soir. En revanche, pour les quatre coupes du séder de Pessa’h, qui sont d’institution rabbinique, de même que pour la quantité justifiant la récitation d’une bénédiction finale, on peut a priori adopter la mesure habituelle. Cf. Pniné Halakha, Pessa’h 16, 8 ; 16, 23, note 20.

[6]. Quand celui qui a récité le Qidouch a bu moins de la mesure de melo lougmav et que tous les assistants, même pris ensemble, ont bu moins que cette mesure, ils n’ont pas accompli convenablement la mitsva. Selon le Maguen Avraham 271, 32, ils ne sont pas quittes de l’obligation du Qidouch, et celui qui l’a récité doit continuer de boire, jusqu’à concurrence de melo lougmav. S’il a détourné son esprit entre-temps, il doit refaire la bénédiction sur le vin. S’il s’est levé, et est allé à un autre endroit, c’est une obligation que de refaire le Qidouch.

 

Toutefois, de l’avis de plusieurs décisionnaires, bien que, dans un tel cas, on ne se soit pas acquitté de la mitsva conformément à la règle, on est quitte du Qidouch a posteriori, puisque l’on a proclamé la sainteté du jour sur une coupe de vin. C’est l’avis du Kaf Ha’haïm 271, 82 et du Or lé-Tsion II 20, 7. Cf. Chemirat Chabbat Kehilkhata 48, 9, note 57. Puisque la question est douteuse, celui qui n’aurait pas bu la mesure de melo lougmav ne devra pas recommencer le Qidouch ; mais il sera bon qu’il entende le Qidouch d’une autre personne, qui ne l’aurait pas encore récité.

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