03. Le Qidouch sur le vin

Nos sages ont prescrit de réciter le Qidouch sur une coupe de vin, car c’est la plus importante des boissons ; en effet, le vin nourrit, aussi bien qu’il réjouit. De même, pour différentes mitsvot liées à la réjouissance, les sages ont institué une bénédiction à réciter sur une coupe de vin : ainsi de la bénédiction du mariage (Birkat ha-iroussin), des sept bénédictions marquant la deuxième étape de la cérémonie nuptiale (Chéva’ birkot ha-nissouïn) ou de la bénédiction qui suit la circoncision. Le statut particulier du vin se reflète dans le fait que les sages lui ont réservé une bénédiction spécifique : avant de consommer toute autre boisson, on dit la bénédiction Chéhakol (« Béni sois-Tu… par la parole duquel tout advint ») puis, après la consommation, Boré néfachot (« Béni sois-Tu… qui crées des êtres nombreux… ») ; tandis que, pour le vin, on dit d’abord Boré peri haguéfen (« … qui crées le fruit de la vigne ») et l’on termine par la bénédiction dite Mé’ein chaloch (‘Al haguéfen vé’al peri haguéfen, « … pour la vigne et pour le fruit de la vigne, pour le produit du champ… »). Une autre règle témoigne du statut particulier du vin : bien que sa bénédiction diffère de celle des autres boissons, on s’acquitte, en la disant, de la bénédiction de toutes les autres boissons.

A priori, afin d’apporter à la mitsva un supplément de perfection, il convient de réciter le Qidouch sur un vin de qualité, dont on aime la saveur. Si l’on n’a pas de vin (ni de jus de raisin), le soir de Chabbat, on fera le Qidouch sur le pain ; le jour, en revanche, si l’on n’a pas de vin, on le remplacera par une boisson alcoolisée, comme la bière ou la vodka. Si l’on n’a pas non plus une telle boisson, on fera le Qidouch sur le pain[2].

La récitation du Qidouch sur le vin renferme une signification profonde. En général, la sainteté se manifeste dans le domaine de l’esprit, avec gravité et sérieux. Dans le monde de la matière, en revanche, les mauvais penchants ressortent davantage : les passions, l’orgueil, la bouffonnerie. Aussi les hommes d’esprit des nations ont-ils souvent tendance à s’éloigner de la joie et de l’allégresse, qui risquent d’entraîner l’homme vers des passions matérielles indécentes. Telle n’est pas la conception juive : c’est sur le vin que nous sanctifions le Chabbat, afin d’exprimer le fait que la sainteté du Chabbat se révèle dans le monde spirituel comme dans le monde matériel. La joie et l’allégresse, quand elles sont dirigées convenablement, peuvent s’associer véritablement au dévoilement de la sainteté dans le monde. Et c’est le propos du Chabbat que de révéler la sainteté par l’étude de la Torah comme par les repas sabbatiques, par la prière comme par le Qidouch récité sur le vin. C’est à ce propos que nos sages disent : « Quiconque, les soirs de Chabbat, dit la bénédiction et sanctifie le Chabbat sur le vin, on prolonge ses jours dans ce monde-ci et dans le monde futur » (Pirqé de-Rabbi Eliézer 19).


[2]. Les décisionnaires sont partagés quant au fait de savoir si l’on peut réciter le Qidouch sur un « breuvage du pays » (‘hémer médina), c’est-à-dire une boisson importante contenant de l’alcool, telle que la bière (cf. ci-après chap. 8 § 4). Selon Rabbénou Yits’haq, on peut faire le Qidouch sur une telle boisson quand on n’a pas de vin, tandis que Maïmonide estime que ce n’est pas permis.

 

De même, les avis sont partagés sur la question du pain : pour la majorité des décisionnaires, quand il n’y a pas de vin, on peut dire le Qidouch sur le pain, puisque celui-ci est lié à la mitsva du Chabbat : en effet, c’est le pain qui sert de base aux repas qu’il nous est prescrit de faire pendant Chabbat. Mais Rabbénou Tam estime que, même si l’on ne dispose pas de vin, il n’y a pas lieu de réciter le Qidouch sur le pain.

 

En pratique, le Choul’han ‘Aroukh (272, 9, conformément à l’avis du Roch) décide que, si l’on n’a pas de vin, il est préférable de faire le Qidouch sur le pain le soir de Chabbat, comme le pensent la majorité des décisionnaires ; mais pour le repas du matin, il est préférable de le faire sur une boisson alcoolisée : dans la mesure où il n’y a pas de bénédiction particulière dans le texte du Qidouch du jour, il ne serait pas reconnaissable, si on le disait sur le pain, qu’il s’agit d’un Qidouch. En effet, c’est tous les jours qu’on mange du pain. Aussi vaut-il mieux dire le Qidouch sur une boisson alcoolisée, après quoi on tranchera le pain.

 

Dans les pays de langue allemande, où le vin était très cher, nombreux étaient ceux qui étaient indulgents et qui faisaient systématiquement le Qidouch sur une eau de vie, le matin. Ce n’est que le soir de Chabbat, où l’obligation du Qidouch repose sur la Torah elle-même, que l’on avait soin de le faire sur du vin (Michna Beroura 272, 29). Mais de nos jours où le vin est accessible, il faut réciter le Qidouch sur du vin, le soir de Chabbat et le matin. Celui qui fait le Qidouch du soir sur le pain doit manger, en plus d’un kazaït de pain [équivalent du volume d’un demi-œuf ou d’un œuf, ou 28 g environ] au titre du Qidouch, un autre kazaït au titre du repas (Chemirat Chabbat Kehilkhata 54, 21).

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