02. Tsourat hapéta’h (« forme de portail »)

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Nous avons vu (au chapitre 21 § 7-8) que, selon la majorité des décisionnaires, les rues de notre temps sont considérées comme un domaine public de rang rabbinique, c’est-à-dire comme karmelit, et que, pour autoriser d’y transporter des objets, il suffit de les entourer de dispositifs dits tsourat hapéta’h (« forme de portail »), qui créent autour de ces rues une sorte de cloison.

La forme basique d’une telle ouverture se compose de deux poteaux surmontés d’un linteau. On peut obtenir la forme du linteau en plaçant une poutrelle horizontale sur les poteaux, ou même en tendant un fil au-dessus des poteaux.

Le principe fondamental est que les poteaux, sur les côtés, et le fil qui les surplombe, doivent dessiner ensemble la forme d’une ouverture (d’une porte). Or, dans la mesure où la porte la plus basse est au moins haute de dix téfa’him, il faut veiller à ce que la hauteur des poteaux soit d’au moins dix téfa’him. De même, le fil tendu au-dessus d’eux doit s’élever au-delà de dix téfa’him du sol. Si le fil, en quelque endroit, s’affaisse, descendant à une hauteur inférieure à dix téfa’him, toute la longueur séparant les deux poteaux est considérée comme fracturée, car il n’est point de porte dont une partie même minoritaire du linteau soit plus basse que dix téfa’him. Et si la longueur séparant ces deux poteaux (dont le fil est ainsi affaissé en quelque endroit) est de dix amot (4,56 mètres), c’est l’ensemble de l’érouv qui est invalidé, car une brèche de dix amot invalide tout l’érouv[d].

Puisque les poteaux latéraux constituent les côtés de la « porte », ils doivent être solides, de manière à ne pas se balancer sous l’effet d’un vent ordinaire, et à pouvoir supporter une quelconque porte que l’on y mettrait. Même si les poteaux ne sont aptes à supporter qu’une porte légère, de paille, ils restent valides (Ora’h ‘Haïm 362, 11)[2].

Pour la majorité des décisionnaires, il n’y a pas de limite à la longueur de l’ouverture, car, quelle que soit la distance entre les deux poteaux, fût-elle de mille amot, la forme reste celle d’une ouverture élémentaire. Selon Maïmonide, lorsque la majorité du pourtour de la ville est circonscrite par de telles « formes d’ouverture », celles-ci ne doivent pas dépasser la longueur de dix amot pour chacune d’entre elles. A priori, quand c’est possible, il est bon de tenir compte de cet avis. Mais en pratique, comme il est très difficile d’entourer les villages et les villes de « formes d’ouverture » longues de dix amot seulement, on a l’usage d’être indulgent, et de fixer des « formes d’ouverture » sans limitation de longueur (Choul’han ‘Aroukh 362, 10).

Le fil tendu au-dessus des poteaux doit être attaché solidement, de manière à ne pas se détacher sous l’effet d’un vent normal. A priori, quand c’est possible, il faut le tendre de façon qu’il ne se balance pas au vent, et qu’il ne s’affaisse pas à une hauteur inférieure à celle des poteaux, car telle est bien la nature des linteaux que de ne point se balancer ni s’affaisser. Toutefois, a posteriori, même si le fil se balance ou s’affaisse[e], cela reste valide (Michna Beroura 362, 65 ; ‘Aroukh Hachoul’han 362, 37).


[d]. Un érouv est généralement composé d’une succession de poteaux reliés par des fils, afin de pouvoir entourer une superficie suffisamment grande. Il suffit donc que le fil reliant deux de ces poteaux soit trop bas en quelque endroit et que la distance entre ces deux mêmes poteaux soit d’au moins 4,56 m pour invalider l’ensemble du dispositif.

 

[2]. Le poteau servant à la « forme de portail » doit avoir l’apparence d’un poteau ; aussi ne faut-il pas se servir d’une muraille ou d’un mur comme poteau constitutif d’un érouv du type tsourat hapéta’h (Maguen Avraham 363, 28). Mais si la « forme de portail » continue le mur en ligne droite, on peut considérer l’extrémité du mur comme un poteau (‘Hazon Ich 70, 15 ; cf. Hilkhot ‘Erouvin du Rav Lange 4, 12, p. 55).

[e]. À condition de ne pas descendre en-dessous des dix téfa’him prescrits.

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