07. Convient-il que la femme omette certains passages afin de réciter la ‘Amida en minyan ?

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La question est fréquemment posée : que convient-il qu’une femme fasse, lorsqu’elle arrive à la synagogue au cours de l’office de Cha’harit de Chabbat, alors que l’assemblée s’apprête à réciter la ‘Amida ? En ce qui concerne les hommes, on le sait, la conduite à tenir est encadrée par des règles détaillées, gouvernées par des principes concurrents : d’un côté, la visée essentielle de la prière communautaire est de réciter la ‘Amida en même temps que l’assemblée – aussi le particulier peut-il omettre des paragraphes des Pessouqé dezimra afin de rejoindre l’assemblée au moment de la ‘Amida. À  l’inverse, durant la prière de Cha’harit, les hommes doivent faire précéder la ‘Amida des bénédictions du Chéma, afin de juxtaposer la mention de la Délivrance (que l’on trouve dans les derniers mots de la bénédiction qui suit le Chéma, Baroukh… gaal Israël) et la ‘Amida (cf. La Prière d’Israël 14, 5 note 8 ; 25, 4). En revanche, les femmes ne sont pas tenues de réciter les bénédictions du Chéma ; dès lors, elles ne sont pas non plus obligées de juxtaposer la mention de la Délivrance à la ‘Amida. D’un autre côté, elles ne sont pas non plus tenues de prier au sein d’un minyan.

La réponse à cette question est la suivante : si l’on s’en tient à la seule règle de droit, chaque femme est autorisée à choisir pour elle-même la conduite à tenir. Cela, en raison du fait que les femmes sont exemptées, aussi bien de la récitation des Pessouqé dezimra et des bénédictions du Chéma que de la prière publique. Si bien que nous sommes en présence de deux avantages concurrents, et toute femme est fondée à choisir quel avantage préférer ; l’essentiel étant toutefois la concentration de l’esprit sur le sens de la prière (kavana), si bien que l’on devra se choisir celle des solutions qui semble le mieux favoriser l’application de son esprit.

Toutefois, si l’on nous demandait conseil, nous suggérerions de sauter les Pessouqé dezimra et les bénédictions du Chéma afin de dire la ‘Amida en même temps que l’assemblée. Puisque l’obligation essentielle de la femme en matière de prière est de réciter la seule ‘Amida, il est préférable de réciter celle-ci de la meilleure façon qui soit, conjointement avec l’assemblée ; on aura ensuite le mérite de répondre amen aux bénédictions, ainsi que de répondre à la Qédoucha, pendant la répétition de la ‘Amida, puis d’écouter la lecture de la Torah. Si l’on dispose de plus de temps avant que l’assemblée n’arrive à la ‘Amida, il sera bon de dire également le Chéma et la bénédiction Emet véyatsiv ; de cette façon, on accomplira la mitsva de se rappeler la sortie d’Egypte, et l’on juxtaposera la mention de la Délivrance à la ‘Amida[2].


[2]. Selon la majorité des décisionnaires, les femmes sont dispensées de réciter les Pessouqé dezimra, comme nous l’avons vu plus haut, chap. 15 § 4, et tel est l’usage. En revanche, comme nous l’avons appris au chap. 2 § 2-5, les décisionnaires estiment, dans leur majorité, que les femmes sont tenues de réciter la ‘Amida. La raison pour laquelle les Pessouqé dezimra furent institués était de servir de préparation à la ‘Amida : introduite par des louanges, la prière se dit de façon plus sincère (cf. La Prière d’Israël 14, 1) ; par là même, elle est davantage agréée. D’un autre côté, nos maîtres disent de celui qui récite la ‘Amida conjointement avec l’assemblée que sa prière est certainement agréée (Berakhot 8a). Si bien que l’importance de réciter la ‘Amida en même temps que les autres fidèles l’emporte sur celle de réciter les Pessouqé dezimra. Certes, s’agissant des hommes, la question se pose différemment : puisque nos maîtres ont institué des bénédictions encadrant les Pessouqé dezimra, il est fait obligation aux hommes, en tout état de cause, de ne pas omettre ceux-ci, comme nous l’expliquons dans La Prière d’Israël 14, 5. Mais les femmes, quant à elles, sont entièrement dispensées de la lecture des Pessouqé dezimra; il semble donc préférable qu’elles récitent la ‘Amida en même temps que l’assemblée.

De plus, le fait même, pour une femme, de se rendre à la synagogue démontre que son désir essentiel est de bénéficier d’une prière communautaire ; par conséquent, il est préférable qu’elle récite la prière par excellence qu’est la ‘Amida au même moment que la communauté. Si elle le souhaite, elle pourra dire après cela le Chéma et ses bénédictions. Quant aux Pessouqé dezimra, il n’est pas nécessaire d’en rattraper la lecture (cf. op. cit. 14, note 9).

Certes, le Halikhot Chelomo 5, note 4 estime que, puisque les femmes n’ont pas l’obligation de prier en communauté, il vaut mieux qu’elles prient dans l’ordre du rituel. Mais il semble que, quoiqu’il n’y ait pas d’obligation à prier conjointement avec la communauté, il y ait là, spirituellement, un avantage, car la Présence divine repose sur le minyan, et le moment où l’assemblée récite la ‘Amida est un moment propice. Aussi, à notre humble avis, il est préférable d’accomplir son obligation de la façon la plus parfaite. Le Rav Na’houm Rabinowitz s’accorde en cela avec notre point de vue et ajoute que, s’agissant des hommes eux-mêmes, nous regrettons que la prière, par sa longueur, devienne trop souvent un acte routinier au lieu de rester l’expression d’une intense supplication ; il n’est donc pas juste, poursuit-il, de donner pour directive aux femmes d’ajouter aux prières qui ne leur sont pas obligatoires, car il faut craindre que la concentration ne s’en trouve atteinte ; or nous avons pour principe qu’un peu de prière, dite avec kavana, vaut mieux que beaucoup sans kavana.

Quoi qu’il en soit, il semble que, si l’on a le temps de réciter, avant la ‘Amida, la bénédiction Emet véyatsiv, cela n’ait que des avantages. Nous avons vu, en effet, que, bien qu’en pratique les femmes soient dispensées de mentionner chaque jour la sortie d’Egypte, certains décisionnaires estiment qu’elles y sont tenues ; si bien qu’Emet véyatsiv a préséance sur les autres bénédictions du Chéma.

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