11. La Havdala

Les femmes sont, comme les hommes, tenues d’observer la mitsva de la Havdala[l]. Et bien qu’il s’agisse d’une obligation positive dépendante du temps, la majorité des décisionnaires estiment que la Havdala est incluse dans la mitsva de Zakhor, qui fait obligation de se souvenir du Chabbat à son entrée par le Qidouch et à sa sortie par la Havdala. Or, puisque la mitsva de Zakhor (« souviens-toi ») suit le même régime que celle de Chamor (« garde »), comme nous l’avons vu au paragraphe 8, les femmes sont nécessairement tenues d’observer le Qidouch et la Havdala. Même pour ceux qui estiment que la Havdala est une mitsva de rang rabbinique, elle s’applique également aux femmes, car nos maîtres l’ont instituée aussi bien pour la femme que pour l’homme, à l’exemple du Qidouch.

Selon une autre opinion, la Havdala est une mitsva en elle-même, qu’instituèrent nos sages, et qui ne se rattache pas au commandement de Zakhor. Or, dans la mesure où elle est une mitsva qui dépend du temps, les femmes en sont dispensées (Or’hot ‘Haïm). Afin de tenir compte de cette opinion, il est préférable de prime abord d’écouter la Havdala récitée par un homme, car les hommes sont assurément soumis à cette obligation. Toutefois, s’il ne se trouve pas d’homme pour procéder à la Havdala, la femme y procédera elle-même, suivant en cela l’opinion de la majorité des décisionnaires. Lorsqu’elle fera la Havdala, elle récitera l’ensemble des quatre bénédictions[5].


[l]. Havdala: littéralement séparation. Bénédictions dites sur une coupe de vin le samedi soir, marquant le passage du Chabbat à la semaine.

[5]. Selon Maïmonide, le Chéïltot, le Séfer Mitsvot Gadol, le Séfer Ha’hinoukh et la majorité des décisionnaires, la mitsva de Havdala est toranique, car cela fait partie de l’obligation de Zakhor que de se souvenir du Chabbat à son entrée par le Qidouch et à sa sortie par la Havdala. Dès lors, les femmes y sont, elles aussi, obligées par la Torah, de la même façon qu’elles sont obligées à l’égard du Qidouch. S’agissant même de l’opinion du Roch, et de ceux des Richonim qui pensent, avec lui, que la Havdala est rabbinique, nombreux sont ceux qui expliquent que nos sages instituèrent la Havdala à la manière du Qidouch, et que, de même que les femmes sont tenues au Qidouch, elles sont tenues à la Havdala. C’est ce qu’écrivent le Méïri et le Nimouqé Yossef au nom du Ritva et du Maguid Michné.

Certes, le Or’hot ‘Haïm estime que la Havdala est de rang rabbinique, que, par ailleurs, elle n’est pas liée à la mitsva de Zakhor, et que, puisqu’elle est conditionnée par le temps, les femmes en sont dispensées. Le Rama 296, 8 tient compte de son avis et écrit que, en conséquence, les femmes ne récitent pas elles-mêmes la Havdala mais s’en acquittent par l’écoute des hommes. Toutefois, selon le Baït ‘Hadach, le Maguen Avraham et d’autres A’haronim, une femme qui le souhaite peut réciter elle-même la Havdala, et cela lui est une mitsva, car le Rama lui-même pense, conformément à l’avis de nombreux Richonim, que les femmes sont autorisées à réciter les bénédictions relatives aux mitsvot conditionnées par le temps (cf. supra chap. 2 § 8), si bien que, suivant la doctrine même du Rama, les femmes peuvent, si elles le désirent, procéder elles-mêmes à la Havdala. Il est vrai que, selon le Choul’han ‘Aroukh, les femmes n’ont pas lieu de réciter de bénédictions relatives à des mitsvot conditionnées par le temps ; mais dans le cas présent, où la grande majorité des décisionnaires estiment que les femmes ont l’obligation de la Havdala, et où, de l’avis de certains, elles y sont même obligées par la Torah, les femmes peuvent la réciter elles-mêmes, et il n’y a là aucune crainte de prononcer des bénédictions en vain.

Certes, des propos du Michna Beroura dans le Béour Halakha, on peut inférer que, si une femme procède elle-même à la Havdala, elle ne doit pas dire la bénédiction sur la bougie [Baroukh… boré méoré ha-ech : « Béni sois-Tu… qui crées les lumières du feu »], car cette bénédiction ne fait pas, dans son fondement, partie de la Havdala. Et c’est en ce sens que se prononce le Chemirat Chabbat Kehilkhata 58, 16. Toutefois, de nombreux A’haronim s’étonnent de cette position, et estiment que la bénédiction de la lumière fait bien partie de la Havdala, et qu’une femme qui récite celle-ci doit prononcer l’ensemble des quatre bénédictions. C’est la position du Igrot Moché, ‘Hochen Michpat II 47, 2, du Ye’havé Da’at 4, 27 et du Tsits Eliézer 14, 43.

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