08. Bénédiction Chéhé’héyanou ; Hallel le soir

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Selon le Gaon Rabbi Méchoulam Ratha, puisque Yom Ha’atsmaout est un jour de fête, où le peuple juif bénéficia du secours divin, il convient de réciter la bénédiction Chéhé’héyanou (« Bénis sois-Tu… qui nous as fait vivre, nous as maintenus et nous a conduits à cette époque ») en l’honneur de ce jour, de même que l’on dit cette bénédiction à chaque fête, y compris à Pourim et à ‘Hanouka. Selon le Rav Ratha, l’obligation de réciter la bénédiction Chéhé’héyanou dépend de la joie. Aussi, celui qui ne ressent pas de joie particulière est autorisé à dire cette bénédiction à Yom Ha’atsmaout, mais n’y est pas obligé ; celui à qui la fondation de l’Etat donne satisfaction et joie, en revanche, a l’obligation de réciter cette bénédiction à Yom Ha’atsmaout.

Mais selon de nombreux auteurs, on ne récite pas la bénédiction Chéhé’héyanou à Yom Ha’atsmaout, car nos sages ont prescrit de réciter cette bénédiction les seuls jours de fête où il est interdit de travailler, telles les fêtes de pèlerinage, Roch hachana, Yom Kipour. Et si l’on dit Chéhé’héyanou à Pourim et à ‘Hanouka, jours où il n’est pas interdit de travailler, nous ne le faisons pas pour le jour de fête en tant que tel, mais pour la mitsva particulière qui lui est associée : à Pourim, la lecture du rouleau d’Esther, à ‘Hanouka, l’allumage des veilleuses. Mais s’agissant du jour de fête pris en tant que tel, sans qu’il y soit interdit de travailler, on ne dit point Chéhé’héyanou.

Si l’on veut embellir sa pratique en étant quitte aux yeux de tous les décisionnaires, on étrennera un habit neuf, et l’on dira la bénédiction Chéhé’héyanou à son sujet, tout en portant également son intention sur le jour. Il sera bon, en ce cas, de prononcer la bénédiction en public, près de l’office d’Arvit, ou le lendemain avant le Hallel, de façon que les auditeurs soient également acquittés de la bénédiction[8].

Selon certains, Yom Ha’atsmaout, où Israël bénéficia du secours divin, ressemble à la sortie d’Egypte ; par conséquent, il faut, selon eux, réciter le Hallel également le soir. Tel était l’usage du Rav Goren ; et c’est également l’usage dans certaines communautés. Mais de nombreux auteurs estiment que la règle consistant à réciter le Hallel le soir de Pessa’h est particulière, et que l’on ne peut en inférer de semblable obligation pour d’autres jours ; la preuve en est que, pour toutes les autres fêtes, on ne récite le Hallel que le jour. Par suite, il n’y a pas lieu de réciter le Hallel le soir de Yom Ha’atsmaout ; et tel est l’usage de la majorité des disciples du Rav Tsvi Yehouda Kook[9].


[8]. Les propos de Rabbi Méchoulam Ratha figurent dans ses responsa Qol Mevasser I 21 ; dans le même sens, selon le Michna Beroura (Béour Halakha 692 ד »ה שהחיינו), on dit aussi Chéhé’héyanou pour le jour même d’une fête, même s’il n’est pas interdit d’y travailler. Le Rav Ratha ajoute qu’il est préférable de dire cette bénédiction avant le Hallel, car il se peut qu’on doive alors la considérer comme portant sur la mitsva du Hallel, de même que, à ‘Hanouka, elle porte sur l’allumage des lumières. L’auteur s’appuie également sur le Baït ‘Hadach et ceux qui partagent son avis : pour eux, le principe selon lequel, en cas de doute sur une bénédiction, on est indulgent et l’on s’abstient de la prononcer, ne s’applique pas à la bénédiction Chéhé’héyanou.

De plus, selon le ‘Hatam Sofer, Ora’h ‘Haïm 51, en tout cas de doute portant sur Chéhé’héyanou, si l’on sait, en son for intérieur, que l’on est heureux, c’est une obligation pour soi-même que de réciter la bénédiction. C’est aussi l’opinion du Rav Goren dans Torat Hamo’adim, et ce qu’écrit le Michpeté Ouziel, troisième éd., Ora’h ‘Haïm 23.

Face à cela, le Yaskil ‘Avdi VI 10 estime que l’on ne récite pas Chéhé’héyanou, pour le motif que nous rapportons plus haut, dans le corps de texte. L’auteur hésite encore quant au fait de savoir si le miracle eut lieu précisément le jour de la proclamation d’indépendance. Le Yabia’ Omer VI, 42 se prononce dans le même sens, et cite de nombreux décisionnaires qui estiment que le principe selon lequel, en cas de doute portant sur une bénédiction, on soit indulgent, s’applique également à Chéhé’héyanou. C’est notamment l’opinion du Beit Yossef ; or, selon Maïmonide, une bénédiction vaine est un interdit toranique. Le Rav Moché-Tsvi Neria pense, lui aussi, que l’on ne dit pas cette bénédiction à Yom Ha’atsmaout.

[9]. Les propos du Rav Goren se trouvent dans Torat Hachabbat Véhamo’ed. Cf. l’article du Rav Chemouel Katz, Harabanout Harachit Véyom Ha’atsmaout 4, notes 7, 8, 17, 18. Dans l’ouvrage Kelavi Chakhen, à la mémoire de Gad Ezra – que Dieu venge son sang –, des articles abordent le sujet : ceux du Rav Cherki, lequel présente des arguments en faveur de la récitation du Hallel le soir, et du Rav Ya’aqov Ariel, selon qui il n’y a pas lieu de le réciter le soir. C’est déjà dans ce dernier sens que s’exprimait le Rav Neria (cité par Hilkhot Yom Ha’atsmaout Véyom Yerouchalaïm). Celui-ci énonce plusieurs raisons particulières à la lecture du Hallel le soir de Pessa’h, raisons qui ne conviennent pas à Yom Ha’atsmaout. C’est aussi en ce sens que se prononce le Rav Ariel Edery, dans Cha’har Ahalelékha.

Il semble, si l’on se rapporte aux propos de Rav Haï Gaon, que le Hallel du soir de Pessa’h ait été institué parce que, cette nuit-là, chacun doit se considérer comme étant véritablement sorti d’Egypte, ce qui l’oblige à entonner un chant de reconnaissance au moment même du miracle ; ce n’est pas le cas lors des autres jours de fête. Telle est l’opinion de la majorité des rabbins ; en effet, jusqu’à la nomination du Rav Goren en tant que Grand-rabbin d’Israël, tout le monde s’accordait sur le fait que la récitation du Hallel ressortit au jour uniquement. Même quand le Rav Goren publia sa recommandation de dire le Hallel le soir, des opinions antagonistes s’exprimèrent, et il n’était pas certain que telle fût l’opinion du Conseil du Grand-rabbinat. Certes, à la yéchiva Merkaz Harav, le Rav Tsvi Yehouda Kook donna pour instruction de le réciter le soir, conformément à la directive du Grand-Rabbin d’Israël, le Rav Goren. Toutefois, il est implicite que lui-même ne partageait pas cette opinion. Par la suite, quand le Rav Shapira fut désigné comme Grand-Rabbin d’Israël, on cessa de réciter le Hallel le soir, à la yéchiva Merkaz Harav. Et tel est l’usage de la majorité des disciples du Rav Tsvi Yehouda Kook.

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