09. Dans la majorité des cas, Yom Ha’atsmaout est reporté

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Le 5 iyar peut tomber un lundi, un mercredi, un vendredi ou un Chabbat. Les années où cette date tombe le vendredi ou le Chabbat, il serait sérieusement à craindre que les fêtes de Yom Ha’atsmaout et ses cérémonies ne donnent lieu à une profanation publique du Chabbat. Par conséquent, il a été décidé, à la demande du Grand-rabbinat d’Israël, dans les cas où le 5 iyar tombe le vendredi ou le Chabbat, d’avancer la fête de Yom Ha’atsmaout au jeudi (3 ou 4 iyar). Par la suite, on s’est aperçu que, même quand Yom Ha’atsmaout avait lieu le lundi, les préparatifs de Yom Hazikaron[e] – qui commence à l’issue de Chabbat – conduisaient de nombreux Juifs à profaner le Chabbat. Par conséquent, il fut décidé, toujours à la demande du Grand-rabbinat, que Yom Hazikaron et Yom Ha’atsmaout seraient repoussés d’un jour, de sorte que Yom Hazikaron ait lieu le 5 iyar, et Yom Ha’atsmaout le 6. Il ressort de tout cela que, parmi les quatre jours où peut tomber l’anniversaire de l’Indépendance, trois conduisent à avancer ou à reculer le moment de la fête.

Nous connaissons des cas comparables dans notre calendrier liturgique : en raison de la crainte qu’un Juif porte le chofar ou le loulav pendant Chabbat, nos sages ont annulé ces mitsvot le jour de Chabbat. Aussi, quand Roch hachana tombe le Chabbat, on ne sonne pas du chofar. De même, quand le premier jour de Soukot tombe Chabbat, on n’y fait pas la mitsva du loulav. Nous voyons donc que nos sages ont annulé une mitsva de la Torah, dans le but d’éviter qu’on n’en vienne à profaner le Chabbat. Toutefois, la date même de ces fêtes, qui sont bibliques, ne saurait être changée. En revanche, les fêtes d’institution rabbinique peuvent être repoussées ou avancées. Quand Pourim tombe le Chabbat, on lit le rouleau d’Esther et l’on distribue les cadeaux d’argent aux pauvres le vendredi ; puis, le Chabbat, on fait la lecture de la Torah et l’on intègre à la prière le passage ‘Al hanissim (« Pour les miracles… ») ; enfin, le dimanche, on dresse le festin et l’on envoie des cadeaux alimentaires à son prochain (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm, 688, 6, Michna Beroura 18 ; cf. ci-après, chap. 17 § 5). Dans le même ordre d’idées, quand le 9 av tombe le Chabbat, on repousse le jeûne au dimanche (cf. Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 551, 4 ; 554, 19).

De même, s’agissant de Yom Ha’atsmaout, tout dépend de la décision rabbinique : quand un jour a été décidé par les représentants du public et par le Grand-rabbinat pour y fêter la création de l’Etat, c’est en ce jour même que nous devons exprimer notre reconnaissance envers Dieu pour Son secours[10].

Il est intéressant de noter que le moment même de la proclamation de l’Etat fut avancé pour ne pas profaner le Chabbat. En effet, le mandat britannique expirait dans la nuit de Chabbat à minuit ; mais les dirigeants du Conseil du peuple ne voulurent pas que la proclamation de l’Etat se traduisît par une profanation du Chabbat ; aussi avancèrent-ils la proclamation au vendredi midi, 5 iyar.


[e]. Jour du souvenir pour les soldats tombés pour Israël, qui a lieu la veille de Yom Ha’atsmaout ; cf. ci-après § 12.

[10]. C’est ce qui a été convenu, au sein du Grand-rabbinat d’Israël, au fil des générations. Il est vrai que le Rav Goren, en 5741 (1981) a émis l’opinion selon laquelle, un Chabbat 5 iyar, on doit réciter le Hallel, car ce qui ne risque pas d’engendrer une profanation de Chabbat doit être maintenu en son temps, comme on le voit dans le cas de Pourim (Torat Hachabbat Vehamo’ed). Mais les autres rabbins ont pris l’usage, en ce jour, de ne pas faire de partition des mitsvot, comme l’explique le Rav Ya’aqov Ariel, Béahola Chel Torah 73. Dans le même responsum, le Rav Ariel écrit que « l’on ne dit pas les Ta’hanounim (supplications) le 5 iyar qui tomberait un vendredi, de même que, lorsque le 9 av tombe le Chabbat, la notion de 9 av se maintient à l’égard d’une minorité de règles. Si le 5 iyar tombe le Chabbat, on récitera néanmoins Av Hara’hamim, en raison des durs décrets qui s’abattirent sur Israël au mois d’iyar. » Il semble cependant que l’on ne dise pas Tsidqatekha à Min’ha. Si le 5 iyar tombe un lundi, et que Yom Ha’atsmaout soit donc reporté au mardi, il semble que l’on ne dise pas Ta’hanounim le lundi. C’est notamment ce qu’a décidé le Conseil du Grand-rabbinat en 5764 (2004).

Le Rav Chemouel Katz (Harabanout Harachit pp. 898-899) explique que le Rav Goren lui-même avait d’abord estimé que le Hallel doit se réciter le jour où sont fixées l’ensemble des festivités, et non le Chabbat, et qu’il n’a modifié son opinion qu’en 5741. En note 33, l’auteur raconte au nom du Rav Elfassi que, en 5761 (2001), à la synagogue du Rav Goren, Qomemiout Avraham, on adopta l’usage des autres communautés, car certains fidèles avaient entendu du Rav Goren – que la mémoire du juste soit bénie – que sa décision n’avait pas été acceptée, en cette matière, par l’ensemble de la collectivité d’Israël.

Cf. Mitsvot Reïya, Ora’h ‘Haïm 688, 1, où l’on voit que nos sages ont institué deux jours de Pourim afin de distinguer entre mitsva toranique, dont le temps est fixé également pour tous, et mitsva rabbinique, fixée en deux temps, en fonction du lieu. C’est peut-être pour une raison du même ordre que nos sages ont défini deux niveaux de méhadrin (embellissement de la mitsva) en ce qui concerne les lumières de ‘Hanouka, ce qui n’est pas le cas pour les mitsvot toraniques, dont le statut est permanent. D’après cela, on peut avancer qu’il convient particulièrement à Yom Ha’atsmaout de ne pas avoir lieu à date fixe, car il s’agit d’une institution rabbinique.

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