03. Le commencement de l’année

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Les sages sont partagés quant au fait de savoir quel jour le monde fut créé, ou, pour plus de précision, à quelle date eut lieu le sixième jour de la création, au cours duquel fut créé l’homme. Selon Rabbi Yehochoua, c’est le 1er nissan ; nous trouvons ainsi, dans la Torah, que le mois de nissan est le premier des mois de l’année. Selon Rabbi Eliézer, c’est le 1er tichri. Cette discussion reflète le caractère de Roch hachana, jour mystérieux et ineffable, de sorte que sa date est l’objet de controverse. Les Richonim expliquent que l’une et l’autre de ces opinions sont véritables : dans l’ordre de la pensée, le monde fut créé le 1er tichri ; mais dans l’ordre de l’action, il le fut le 1er nissan. La controverse porte donc sur la question de savoir quel jour est considéré, pour nous, comme jour de la création du monde : l’essentiel est-il dans la pensée ou dans l’action (Rabbénou Tam). Nos sages enseignent que notre coutume est conforme, à cet égard, à l’avis de Rabbi Eliézer ; aussi disons-nous, dans la prière de Roch hachana : « Ceci est le jour du commencement de tes œuvres, souvenir du premier jour » (Roch Hachana 27a ; Tossephot ad loc.). Quoi qu’il en soit, tout le monde s’accorde à dire que, le 1er tichri, le Saint béni soit-Il juge son monde et crée l’année nouvelle. C’est pourquoi ce jour est appelé Roch hachana (« tête de l’année ») : tout ce qui advient dans le courant de l’année nouvelle en est le prolongement[2].

Les conséquences halakhiques de la fixation du jour de Roch hachana concernent le compte des années en matière d’actes juridiques, les lois de la chemita (jachère) et du yovel (jubilée), les prélèvements et dîmes (téroumot ou-ma’asserot). Détaillons quelque peu la question :

Dans tout acte juridique, doit figurer la date, car il faut savoir quand commence l’obligation stipulée dans ledit acte ; et si on l’a antidaté, l’acte est nul. Chaque 1er tichri, on passe, juridiquement, à l’année nouvelle (Roch Hachana 8a). À l’époque des Amoraïm (maîtres de la Guémara) et des Guéonim (6ème-11ème siècles), on avait coutume de compter les années selon les règnes des rois de Grèce. À la fin de la période des Guéonim, on commença à compter les années depuis la création. C’est ce que nous écrivons aujourd’hui, dans tous les actes halakhiques, et notamment dans les actes de mariage (ketouba) et de divorce (guet).

De même, s’agissant de l’année de la chemita et de celle du yovel : le commencement de l’année est Roch hachana (Roch Hachana 8b). De même, les prélèvements et les dîmes que nous effectuons doivent porter sur les fruits de l’année même ; celui qui prélèverait des fruits d’une année pour une autre n’aurait pas rempli sa mitsva, ainsi qu’il est dit : « Tu prélèveras la dîme de tout le produit de ta semence, venant de ton champ, année par année (chana chana) » (Dt 14, 22). La date qui distingue une année d’une autre, en matière de récolte céréalière et légumière, c’est la « tête de l’année », Roch hachana (Roch Hachana 12a)[3].


[2]. De prime abord, cela semble difficile à comprendre : il eût convenu que le jour du souvenir qu’est Roch hachana eût lieu le premier jour du premier mois. Or le premier mois est nissan, d’où il suit que Roch hachana tombe au septième mois. Mais le Maharal (‘Hidouché Agadot, Roch Hachana 10b) explique que c’est bien ce qui convient, car le septième est toujours sanctifié : le jour du Chabbat ; l’année de la chemita (la jachère) ; la terre d’Israël, septième d’entre les terres… Nos sages disent, de même, en Lv Rabba 29, 11 : « Tous les septuples sont affectionnés. » On peut dire, comme prolongement aux paroles de Rabbénou Tam, que le monde fut concrètement créé en nissan, mais que c’est seulement après avoir atteint le septième mois qu’Israël peut atteindre à la racine, et percevoir la signification du jour du souvenir, lequel est déterminé selon le temps où le monde fut créé en pensée. Aussi est-ce ce jour-là que l’Éternel juge ses créatures.

Roch hachana a été fixé au jour de la création de l’homme, bien qu’il s’agisse du sixième jour de la création, parce que l’essentiel de la création réside dans l’homme (Chné Lou’hot Habrit, Toledot Adam, Beit Israël 1).

[3]. En matière de légumes, on va d’après le temps de leur cueillette ; pour les céréales, d’après le moment où elles ont poussé au tiers. Il nous est encore prescrit de prélever, les première, deuxième, quatrième et cinquième années du cycle de la chemita le ma’asser chéni (seconde dîme) ; les troisième et sixième années, au lieu du ma’asser chéni, on prélève le ma’asser ‘ani (dîme du pauvre). Le moment déterminant, quant au passage d’une année à l’autre, en matière de céréales et de légumes, c’est Roch hachana. Quant aux fruits des arbres, leur « nouvel an » est le 15 du mois de chvat (Tou bi-chvat). En d’autres termes, la troisième année d’un arbre commence à Tou bi-chvat de la troisième année, et la quatrième année commence à Tou bi-chvat de la quatrième année, et s’achève à Tou bi-chvat de la cinquième.

‘Orla (fruits d’un jeune arbre) : il nous est interdit de manger des fruits d’un arbre dans ses trois premières années. La quatrième année, il nous est prescrit de manger de ses fruits dans la sainteté, à Jérusalem. Ces années sont comptées depuis le 1er tichri : si l’on a planté un arbre le 15 av, lorsqu’arrivera Roch hachana, on considèrera qu’une année entière est déjà écoulée, puisque cet arbre a déjà eu le temps de prendre racine (pendant deux semaines) et d’exister pendant un mois de l’année précédente. Il faudra attendre deux années encore pour que trois ans soient atteints. Cependant, puisque le jour de l’an des arbres est le 15 chvat, il faudra encore attendre, de Roch hachana à Tou bi-chvat. Il faut signaler que, en matière de fruits de l’arbre, on va d’après la ‘hanata [apparition de la fleur par l’effet de la pollinisation, avant que n’apparaisse le fruit] (Choul’han ‘Aroukh, Yoré Dé’a 294, 4).

Le comput des actes écrits en fonction des rois de Grèce commença l’année où mourut Alexandre de Macédoine (en 3449 du calendrier hébraïque). Et tel fut l’usage parmi le peuple juif, jusqu’à la fin de la période des Guéonim. Certains originaires du Yémen gardent encore la coutume d’écrire ce compte dans leurs actes de mariage (ketouba). Pour toutes les règles citées dans le présent paragraphe, cf. le livre du Rav Zevin, Hamo’adim bahalakha (partie ראש השנה – תחילת השנה).

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