06. Intronisation de Dieu dans la prière

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Principalement, la prière de Roch hachana a pour objet l’intronisation de Dieu en tant que notre Roi. Aussi, dans la formule finale de la troisième bénédiction de la ‘Amida, au lieu de dire Ha-E.l haqadoch (le Dieu saint), nous disons Ha-Mélekh haqadoch (le Roi saint) ; et nous continuons de faire ainsi durant tous les dix jours de pénitence. Cette question est si importante que, si l’on s’est trompé, et que l’on n’ait pas dit Ha-Mélekh haqadoch, on n’est pas quitte de son obligation, et l’on doit recommencer sa ‘Amida (Choul’han ‘Aroukh 582, 1 ; cf. ci-après, 5 § 2). À Roch hachana, on ajoute encore, dans le libellé de cette bénédiction, des prières sur le dévoilement de la royauté divine :

Aussi, que ton nom soit sanctifié, Éternel notre Dieu, par Israël ton peuple, par Jérusalem ta ville, par Sion, sanctuaire de ta gloire, par le règne de la maison de David, ton oint, par ton palais et ton Temple… Que toutes tes œuvres te craignent, que se prosternent devant Toi toutes les créatures, et qu’elles forment toutes une assemblée unique, afin d’accomplir ta volonté d’un cœur entier… Et toute la méchanceté, comme de la fumée, sera détruite, car le gouvernement du mal, Tu le supprimeras de la terre. Et Tu règneras, Toi, Éternel notre Dieu, seul sur toutes tes œuvres, sur le mont Sion, résidence de ta gloire, et à Jérusalem, ville de ton sanctuaire.

Quant à la bénédiction du jour de fête : sa formule finale est, dans toutes les prières de Roch hachana, Mélekh ‘al kol haarets, meqadech Israël véyom hazikaron (« Roi de toute la terre, qui sanctifies Israël et le jour du souvenir »). Dans la ‘Amida de Moussaf, qui est la prière principale de Roch hachana, où l’on sonne du chofar, les sages ont institué trois bénédictions particulières : les Malkhouyot (passages relatifs à la royauté), les Zikhronot (passages relatifs au souvenir) et les Chofarot (passages relatifs au chofar). Les Malkhouyot en constituent la partie principale ; cette partie est en effet la première, on y mentionne la sainteté du jour, et c’est cette bénédiction que l’on conclut par la formule Mélekh ‘al kol haarets, meqadech Israël véyom hazikaron. Nous voyons donc que le propos principal du jour du souvenir est d’introniser Dieu en tant que notre souverain Roi. Cependant, la bénédiction des Zikhronot traite également du fait que Dieu est le Roi du monde, et que c’est à ce titre qu’Il se souvient de chacune de ses créatures. De même, la bénédiction des Chofarot traite du dévoilement de la royauté divine dans le monde, qui se produit par le biais du son du chofar, comme ce fut le cas lors du don de la Torah au Sinaï, et comme ce le sera dans l’avenir : c’est en effet au son d’un grand chofar que se rassembleront tous les exilés, pour se prosterner devant l’Éternel à Jérusalem. La sonnerie du chofar elle-même, que nous écoutons à Roch hachana, exprime la royauté divine : c’est par l’effet de la crainte qu’elle inspire que nous nous tenons devant Dieu, le cœur brisé, prêts au repentir.

Nous aurions pu, très inquiets pour l’avenir de notre vie au cours de l’année nouvelle, consacrer tout le jour du jugement à des prières individuelles, pour la subsistance, la santé, et toutes les autres choses que l’homme se préoccupe d’atteindre tout au long de l’année. Mais telle est la vertu particulière des Juifs : leur volonté la plus profonde, c’est que la royauté de Dieu, béni soit-Il, se révèle, que le monde entier connaisse son parachèvement et soit délivré, même s’il est nécessaire, pour cela, de connaître des épreuves. C’est ce grand et redoutable chemin qu’a choisi le peuple d’Israël, depuis les pères du monde, les patriarches, qui prirent sur eux de croire en Dieu face à tous les idolâtres qui les entouraient, jusqu’au long exil, où, malgré toute la souffrance qu’il recèle, Israël choisit de ne pas s’assimiler parmi les peuples, et de continuer à porter le drapeau de la foi et de la Torah, afin d’amender le monde en la royauté du Tout-Puissant.

Quand Israël se détourne de sa propre souffrance et se préoccupe de l’honneur divin, et du dévoilement de la royauté divine, le Saint béni soit-Il dit aux anges de service : « Voyez mes enfants affectionnés, qui délaissent leur souffrance et se préoccupent de mon honneur. » Ainsi se tarissent les arguments du Satan (l’accusateur), qui veut anéantir Israël ; et Israël jouit d’une année nouvelle où un pas supplémentaire sera franchi en direction du parachèvement et de la Délivrance. Plus nous nous évertuerons à accueillir la royauté de Dieu, à Roch hachana, avec modestie et crainte, dans l’allégresse et le tremblement, plus nous bénéficierons du bien et de la bénédiction au cours de l’année nouvelle.

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