04. Temps et durée de l’allumage

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Les sages ont prescrit d’allumer les veilleuses de ‘Hanouka au moment le plus propice à la publication du miracle. Il n’existait pas alors d’éclairage de rue, la nuit, et les gens se retrouvaient en famille à l’approche du soir. À ce moment, les rues étaient pleines de monde rentrant chez soi. Nos sages ont donc défini ainsi le temps de l’allumage des veilleuses : « Du coucher du soleil au moment où le pied disparaît du marché » (Chabbat 21b). Cependant, les Richonim sont partagés quant au fait de savoir si les sages visaient par là le début du coucher du soleil (cheqi’at ha’hama), c’est-à-dire le moment où le disque solaire n’est plus visible, ou bien la fin du processus, quand la lumière elle-même disparaît, et que les étoiles apparaissent (tset hakokhavim). D’un côté, quand le soleil se couche, il y a davantage de monde dans les rues ; de l’autre, puisque le ciel reste relativement clair, les veilleuses ne se voient pas très bien, ce qui donnerait à penser qu’il est préférable d’attendre l’apparition des étoiles pour allumer. En pratique, la coutume la plus répandue est d’allumer à l’apparition des étoiles, environ vingt minutes après le coucher du soleil[8].

Il se trouve simplement que les hommes ont l’obligation de réciter la prière du soir, Arvit, et nombreux sont ceux qui ont coutume de réciter cette prière dès l’apparition des étoiles. Il leur faut donc réciter Arvit avant d’allumer les lumières de ‘Hanouka, puisque l’office d’Arvit est une obligation plus régulière[a], et que l’on y accomplit la mitsva toranique de réciter le Chéma du soir. Après l’office, on se hâtera donc de retourner chez soi afin que le moment de l’allumage soit aussi proche que possible de l’apparition des étoiles. Ceux qui ont l’habitude de faire la prière d’Arvit à une heure plus tardive, en revanche, allumeront les veilleuses de ‘Hanouka dès l’apparition des étoiles, puis ils feront Arvit à l’heure qui leur est habituelle[9].

Bien que l’on s’acquitte de son obligation en allumant une veilleuse d’une capacité d’une demi-heure, certains disent que, de nos jours, il est bon d’apporter à la mitsva un supplément de perfection, en prévoyant des veilleuses pouvant brûler deux heures, voire davantage. En effet, de nos jours, on trouve des gens qui ont l’habitude de se promener dans la rue longtemps après la tombée de la nuit, et il est bon que ces personnes voient alors les veilleuses, et que le miracle se publie ainsi[10].


[8]. Chabbat 21b : « Le temps [de l’allumage commence] au coucher du soleil ». Selon le Halakhot Guedolot, Maïmonide et le Maharam de Rothenburg, l’expression vise le commencement du coucher du soleil. Le Maharam explique que, précisément, lorsqu’on allume à un moment où il y a encore de la lumière, les observateurs comprennent que l’allumage est fait au titre d’une mitsva : c’est alors que se répand la nouvelle du miracle. Le Ran et le Rachba estiment, eux aussi, que le Talmud vise le commencement du coucher du soleil (la cheqi’at ha’hama, ou cheqi’a) ; toutefois, ils estiment qu’il est ici question de la seconde cheqi’a – celle dont parle Rabbénou Tam –, dont la durée équivaut au temps nécessaire pour marcher trois milles et quart, soit environ 55 à 58 minutes après le coucher du soleil.

Rabbénou Tam, le Roch, le Teroumat Hadéchen, le Tour, le Choul’han ‘Aroukh 672, 1 et la majorité des A’haronim (Michna Beroura 1, Kaf Ha’haïm 2), en revanche, estiment que le temps dont parlent les sages est la fin du processus du coucher du soleil, c’est-à-dire l’apparition des étoiles (tset hakokhavim). Simplement, comme on le sait, les Richonim sont partagés sur le sens de l’expression tset hakokhavim : selon les Guéonim, c’est un peu plus de la durée nécessaire à une marche de trois-quarts de mille après le coucher du soleil, tandis que pour Rabbénou Tam, c’est une marche de quatre milles, ce qui représente environ 72 minutes après le coucher du soleil. Cf. Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 261, 2 (et ses commentaires), ainsi que Béour Halakha ad loc. (cf. Pniné Halakha, Lois de Chabbat I, chap. 2 § 1, note 1). En pratique, on a l’usage de suivre l’opinion des Guéonim.

En matière d’allumage des veilleuses de ‘Hanouka, la majorité nette des A’haronim estiment que le moment le plus approprié est la fin du processus de coucher du soleil, c’est-à-dire l’apparition des étoiles, selon ce que nous observons. C’est l’opinion du Baït ‘Hadach, du Maguen Avraham, du Touré Zahav, du Elya Rabba, du ‘Hayé Adam, du Ben Ich ‘Haï et d’autres encore. (La communauté des Perouchim de Jérusalem a coutume de suivre en cela le Gaon de Vilna 672, 1, et allume au coucher du soleil). Cf. La Prière d’Israël 25 § 5, note 3, où l’on voit que nombreux sont ceux qui ont l’usage de considérer que l’apparition des étoiles se situe environ vingt minutes après le coucher du soleil. (Certes, en matière de lecture du Chéma, qui est une mitsva toranique, nous avons suggéré d’attendre trente minutes, mais en ce qui concerne les veilleuses de ‘Hanouka, qui sont une obligation rabbinique, on peut donner pour instruction d’en faire l’allumage environ vingt minutes après le coucher du soleil. Certains estiment que l’on peut se suffire de quinze minutes après le coucher du soleil ; cf. Torat Hamo’adim 4, 1). Parmi les Richonim également, 20 minutes sont l’opinion moyenne, puisque, pour Maïmonide, on doit allumer dès le coucher du soleil, que pour le Ran et le Rachba, il faut attendre environ 58 minutes après le coucher du soleil, et qu’il faut 72 minutes pour Rabbénou Tam.

L’opinion selon laquelle on va d’après l’apparition visible des étoiles, ce qui équivaut à 20 minutes après le coucher du soleil, constitue donc l’opinion médiane. (Si les veilleuses continuent de brûler 52 minutes après l’apparition des étoiles, elles auront brûlé pendant une période telle que l’on sera quitte d’après toutes les opinions.)

[a]. Cette obligation a cours tout au long de l’année, tandis que l’allumage de ‘Hanouka ne se fait que huit jours par an ; or nous avons pour principe qu’une obligation permanente a priorité sur celle qui n’est pas permanente.

[9]. Pour ceux qui estiment que le temps de l’allumage est l’apparition des étoiles, Arvit a priorité. Toutefois, selon le Michna Beroura 672, 1 et le Béour Halakha ad loc., si l’on dit Arvit dès l’apparition des étoiles, il est préférable de faire l’allumage auparavant, afin de tenir compte de l’avis selon lequel le temps de l’allumage est le coucher du soleil. De plus, pour Maïmonide, il faut allumer dans la demi-heure qui suit le coucher du soleil ; si donc on attendait d’avoir terminé Arvit, on laisserait expirer le temps de l’allumage. Par ailleurs, même ceux qui pensent que l’allumage doit se faire à la tombée de la nuit reconnaissent que l’on peut avancer l’allumage de quelques minutes.

Cependant, dans leur majorité, les A’haronim pensent que le temps de l’allumage est l’apparition des étoiles, ce qui donne priorité à la prière d’Arvit ; et l’on ne tient pas compte de l’avis selon lequel il faut procéder à l’allumage dans la demi-heure qui suit le coucher du soleil, car on trouve encore des passants dans la rue après Arvit. De plus, nous avons vu dans la précédente note que, selon certains, c’est précisément alors qu’il convient d’allumer a priori (Ran, Rachba, Rabbénou Tam et d’autres). Il faut ajouter que, dans de nombreuses maisons, on a coutume de chanter des poèmes liturgiques et de distribuer des friandises aux enfants, ce qui les attache à la mitsva et au miracle ; or, si le père devait courir à la synagogue dès après l’allumage des veilleuses, la joie qu’ils tirent de la mitsva serait altérée. Cf. Yemé Hallel Véhodaa 12, 1, note 2.

Si l’on a l’habitude de prier à un office plus tardif, il n’y a pas de raison de changer d’usage à ‘Hanouka. De cette façon, on pourra allumer précisément à la sortie des étoiles (Yechou’ot Ya’aqov 679, 1).

[10]. Le temps de l’allumage s’étend, selon les termes du Talmud, « entre le coucher du soleil et le moment où le pied disparaît du marché » ; les Richonim écrivent que cette période équivaut à une demi-heure, et c’est ce que retient le Choul’han ‘Aroukh 672, 2. Selon le Otsar Haguéonim (responsa, chap. 65), la période est d’une heure ou d’une demi-heure : peut-être y avait-il, quant aux heures où les Tarmodaïm [vendeurs de bois au marché, qui étaient les derniers à fermer leur étal] s’en retournaient chez eux, des variations locales. Ceux qui pensent que, de nos jours, il convient d’allumer plus longtemps sont cités par Halikhot Chelomo 15, 8, Pisqé Techouvot 672, 5, Hilkhot ‘Hag Be’hag 6, 9, Yemé Hallel Véhodaa 13, 14.

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