10. Interdit de la masturbation féminine

Il est interdit aux femmes, elles aussi, de se stimuler elles-mêmes afin de parvenir au plus haut point de la jouissance. Cela, parce que cette passion doit être réservée à l’intensification de l’amour et de l’attachement entre l’homme et sa femme, et non utilisée pour satisfaire un désir égoïste. Certes, pour deux raisons, liées l’une à l’autre, cet interdit, à l’égard des femmes, est moins grave qu’à l’égard des hommes. Premièrement, chez les hommes, l’émission de semence porte atteinte à la mitsvat ‘ona, car la puissance virile est limitée : lorsque la semence est émise en vain, la volonté de l’homme de s’unir à sa femme est moindre ; et si le moment prévu pour l’union prend place le même jour, il arrive que l’homme ne puisse s’unir à sa femme, quand même il le voudrait. Chez la femme, en revanche, il n’y a pas tellement de limitation en cette matière : même après s’être conduite au sommet du plaisir, la femme pourra connaître un nouveau sommet auprès de son mari, et, quoi qu’il en soit, elle pourra au moins s’unir à lui. Deuxièmement, la semence de l’homme contient la possibilité même de la conception, tandis que, dans les liquides sécrétés par la femme par l’effet de l’excitation, aucune matière ne permet la conception. En effet, même après leur sécrétion, l’ovule présent dans l’utérus peut être fécondé comme avant.

Mais quoi qu’il en soit, il reste interdit aux femmes de se stimuler elles-mêmes, car tout ce plaisir doit être réservé au renforcement du lien entre époux.

Il existe une autre différence entre hommes et femmes : chez l’homme, l’excitation est relativement rapide, et tout contact du membre viril risque d’éveiller le mauvais penchant ; aussi les sages interdisent-ils à l’homme de toucher à son membre, de crainte qu’il ne vienne à émettre vainement de la semence (cf. ci-dessus, § 5) ; tandis que, chez la femme, un contact ordinaire à cet endroit ne crée pas tant d’excitation que cela, de sorte que les sages ont pu dire, en matière d’inspection du sang de nida : « Toute main qui, chez la femme, multiplie l’inspection, est digne d’éloge » (Nida 13a)[15].


[15]. Il ressort des propos de Rabbénou Tam (Tossephot, Nida 13a) qu’il n’est pas interdit aux femmes de se stimuler elles-mêmes à cet endroit intime ; c’est d’ailleurs ce qui permet aux sages de dire que toute main qui, chez la femme, multiplie ses inspections intimes, pour vérifier s’il se trouve du sang de nida, est digne de louange. C’est aussi ce qui ressort du Birké Yossef, Yoré Dé’a 335, 5.

Cependant, selon Na’hmanide, le Rachba, le Ritva, le Ran et le Méïri, il est interdit aux femmes de se satisfaire manuellement ; simplement, au cours d’un examen intime ordinaire, il n’y a pas d’excitation. L’interdit est conforme à ce que dit la Torah de la génération du déluge : « Toute chair avait perverti sa voie sur la terre » (Gn 6, 12). L’expression « toute chair » comprend également les femmes, car elles aussi avaient corrompu leur voie de cette manière. De plus, celle qui se laisse entraîner par le penchant au plaisir d’une façon désordonnée risque d’en arriver à des fautes supplémentaires. Quelles que soient les explications avancées par les différents auteurs, le fondement de l’interdit est commun : cela porte atteinte à l’alliance matrimoniale ; car tout cet ardent désir est destiné au renforcement de l’amour et de l’attachement entre l’homme et sa femme, dans le cadre de la mitsvat ‘ona, et à l’accomplissement de la mitsva de procréer (au chap. 5 § 3, la mitsva de procréation sera expliquée spécialement du point de vue de la femme).

Dans le même sens, le Torah Lichmah 504 écrit : « Nous trouvons dans le Cha’ar Hakavanot 10, Drouché halaïla 7 de Rabbi Isaac Louria – que la mémoire du juste soit bénie – ces paroles : “Sache que, de même que les démons proviennent de l’homme émettant sa semence en vain, lorsqu’il se trouve sans femme, de même la femme crée des démons [quand elle se satisfait] sans le concours de l’homme. Cela apparaît allusivement dans le verset (…) : Nul fléau [נגע, litt. nul contact] n’approchera de ta tente (Ps 91, 10) ; ce qui signifie : le fléau, qu’est Samaël (ange de la mort), entité mâle, n’approchera pas de ta tente (אהלך), c’est-à-dire de ta femme.” » Cependant, cela n’est pas aussi grave que l’émission vaine de semence chez l’homme ; aussi Rabbi Isaac Louria n’a-t-il pas institué un ensemble de jeûnes pour la corruption de semence féminine, comme il l’a fait pour l’homme. Et lorsqu’une femme ne parvient pas à éprouver de jouissance lors de l’union avec son mari, et qu’une spécialiste craignant Dieu conseille à cette femme de tenter de se stimuler elle-même, solitairement, il lui est permis de le faire, pour deux raisons : d’une part, la chose se fait dans le but de l’accomplissement de la mitsva ; d’autre part, en cas de nécessité pressante, on peut s’appuyer sur l’opinion de Rabbénou Tam et du Birké Yossef. (Cf. ‘Hidouché ‘Hatam Sofer, Nida 13a, d’où il ressort que l’auteur est indulgent pour une femme mariée qui pense à son mari.)

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