11. L’interdit de faire obstacle à la disponibilité d’un ustensile

Il est interdit de faire obstacle à la disponibilité d’un ustensile (lévatel keli méhékhano), le Chabbat, c’est-à-dire de causer qu’il ne puisse servir à la fonction pour laquelle il fut créé ; car faire cela est assimilé au fait de démolir (soter) pendant Chabbat. Par conséquent, si de l’huile goutte depuis une veilleuse, il est interdit de placer sous elle un récipient pour recueillir cette huile ; en effet, cette huile est mouqtsé, si bien que placer un récipient sous la veilleuse aurait pour effet d’interdire de déplacer ensuite ledit récipient, puisque celui-ci en aurait recueilli l’huile. Par conséquent, placer un récipient sous la veilleuse, ce serait faire obstacle à une possible utilisation dudit récipient pendant Chabbat. Aussi, dans le cas où l’on veut éviter que l’huile ne salisse la maison, on déposera un récipient en-dessous dès la veille de Chabbat. De même, il est interdit, le Chabbat, de placer un récipient sous une poule pour qu’elle y ponde son œuf : puisque l’œuf est mouqtsé, il sera interdit de déplacer le récipient où se trouvera l’œuf, de sorte que l’on aura fait obstacle à la disponibilité du récipient (Chabbat 42b, Choul’han ‘Aroukh 310, 6 ; 265, 3).

Il existe toutefois une manière de placer un récipient sous l’huile des veilleuses ou sous la poule : en plaçant préalablement dans le récipient un objet plus important, qu’il est permis de déplacer. Alors, il sera permis de déplacer le récipient en considération de la chose permise qui s’y trouve (Michna Beroura 265, 6).

Si l’on craint la projection d’étincelles provenant des veilleuses, on sera autorisé à disposer sous celles-ci un récipient qui recueillera les étincelles ; en effet, ces étincelles n’ont pas de réalité durable, et dès qu’elles seront éteintes, il sera permis de déplacer le récipient, si bien qu’il n’aura pas été fait obstacle à la disponibilité de celui-ci. Simplement, on ne mettra pas d’eau dans le récipient, car ce serait hâter l’extinction des étincelles (Chabbat 47b, Choul’han ‘Aroukh 265, 4).

Il est interdit d’humecter des oreillers ou des édredons, car ce serait empêcher l’usage pour lequel ils sont prévus (Choul’han ‘Aroukh 305, 19). De même, il est interdit de salir des vêtements de manière telle qu’ils ne soient plus portables sans être lessivés. Si des boissons se sont renversées sur le sol, il est interdit de les éponger avec des vêtements, car ce serait empêcher que ceux-ci soient prêts à servir à l’habillage. En revanche, il est permis d’éponger le liquide avec une serpillère[h], puisque telle est sa fonction. De même, il est permis à de nombreuses personnes de se sécher les mains dans la même serviette, au point que celle-ci ne puisse plus servir à sécher ; en effet, ce n’est pas faire obstacle à la disponibilité de la serviette, car c’est pour l’usage même auquel elle est destinée que l’on s’en sera servi. De même, il est permis, le Chabbat, de placer un sac dans la poubelle, puis d’y jeter des déchets. Certes, le sac se transformera alors en mouqtsé, comme les déchets qu’il contiendra ; mais l’interdit de faire obstacle à la disponibilité d’un ustensile n’a pas lieu de s’appliquer ici, car telle est la fonction d’un sac-poubelle que de recueillir les déchets (Levouch 265, 3, Choul’han Chelomo 308, 17, alinéa 7, Yalqout Yossef II p. 480 ; cf. Chemirat Chabbat Kehilkhata 22, 28, Or’hot Chabbat 19, 329).

Il est permis de placer un ustensile devant des poussins afin qu’ils puissent, par son biais, monter à leur gîte et en descendre. Bien que les animaux soient mouqtsé, cet acte n’a point pour effet d’empêcher l’ustensile d’être disponible ; en effet, à tout moment, on pourra les en chasser. Toutefois, tant que les poussins s’y trouvent, il est interdit de prendre l’ustensile (Chabbat 128b, Choul’han ‘Aroukh 308, 39).


[h]. En ayant soin de ne pas transgresser l’interdit d’essorer ; cf. chap. 13 § 5.

Livres