06. Enfant adultérin (mamzer)

Les décisionnaires sont partagés quant au fait de savoir si un homme, lorsqu’il a péché par adultère, et a engendré un fils et une fille adultérins, a accompli, par leur biais, la mitsva de croître et de multiplier[6].

De même, les décisionnaires sont partagés quant au fait de savoir si le mamzer lui-même a la mitsva d’épouser une femme – qui lui soit permise, c’est-à-dire enfant adultérine ou prosélyte –, et d’avoir d’elle un fils et une fille, bien que ces derniers aussi soient destinés à avoir le statut de mamzer.

Certains estiment que c’est une mitsva pour le mamzer, lui aussi, que d’avoir des enfants, bien que ceux-ci soient promis à endosser également le statut de mamzer. Le Talmud nous apprend en effet que le statut de sota (femme soupçonnée d’adultère) s’applique aussi dans le cas où le couple est  formé d’enfants adultérins : si un doute s’élève entre les époux, on doit, conformément à la procédure de la sota, effacer le nom divin et faire boire à la femme mamzer les eaux amères afin de rétablir la paix au sein du couple, bien que, après leur réconciliation, l’enfant qu’ils concevront soit destiné à être mamzer.

D’autres estiment préférable que le mamzer n’ait pas d’enfants, afin de ne pas multiplier les cas d’enfants mamzer parmi le peuple juif. À l’appui de cette position, on cite le conseil donné au mamzer par les sages d’épouser une femme esclave (chif’ha), afin de purifier par elle sa semence, quoiqu’il ne puisse accomplir par le biais de cette femme la mitsva de croître et de multiplier, puisque, halakhiquement, les enfants qu’elle lui donnera ne seront pas rattachés à lui d’un point de vue généalogique. En d’autres termes, pour remédier à sa situation, les sages ont permis au mamzer d’épouser une esclave provenant d’un autre peuple, et achetée par un Juif, afin que les enfants qu’elle lui donnera soient eux aussi considérés comme esclaves, de même que leur mère, et que, dès lors, ils n’héritent pas du statut de mamzer. Après leur naissance, le père les émancipera ; par cela, ils auront le statut d’esclaves affranchis, qui sont des Israélites cachères, et ne sont point touchés par le défaut du statut adultérin. Nous voyons donc qu’il est préférable que le mamzer n’accomplisse pas la mitsva de procréer, afin de ne pas  transmettre le défaut de la condition adultérine à sa descendance[7].


[6]. Quand un homme a des relations charnelles avec une femme mariée à un tiers, et qu’il naît de cette union un fils adultérin, certains Richonim estiment que, malgré sa terrible faute, cet homme est quitte, par cet enfant, de la mitsva d’engendrer un fils. C’est l’avis de Na’hmanide, du Rachba et du Ritva, qui s’appuie sur le Talmud de Jérusalem (Yevamot 2, 6). C’est aussi l’avis du Rama, Even Ha’ezer 1, 6, du Levouch et du ‘Aroukh Hachoul’han. Cependant, pour le Radbaz (VII 2), il est inconcevable que l’on accomplisse une mitsva par le biais d’une ‘avéra (faute) ; selon lui, le Talmud de Jérusalem avait simplement exprimé des doutes à ce sujet, sans trancher la question ; de même, l’auteur déduit la règle des écrits du Rif, de Maïmonide et du Roch, qui ne disent pas que l’on s’acquitte de la mitsva par le biais d’un enfant adultérin. Le Birké Yossef 1, 12 se prononce comme le Radbaz. Le Min’hat ‘Hinoukh 1, 8 et le Peri Yits’haq 1, 42 expliquent que, selon ceux qui estiment que l’on accomplit la mitsva de procréer par le biais d’un tel enfant, la faute n’est commise que durant le temps de l’accouplement, lequel n’est alors qu’un instrument permettant la réalisation d’une mitsva (hekhcher mitsva), tandis que la mitsva elle-même est accomplie au moment de la naissance ; aussi n’est-ce pas une mitsva accomplie par le biais d’une ‘avéra. Le Tsits Eliézer explique que la ‘avéra annule la mitsva quand celle-ci est susceptible d’annulation ; mais dans le cas dont il s’agit, l’enfant est vivant, et ne saurait être tenu pour nul ; par conséquent, la mitsva se voit accomplie par son biais.

S’agissant du motif de cet avis – d’après lequel la mitsva se trouve accomplie par le biais d’un enfant mamzer –, il convient de rappeler que le Talmud, dans sa conclusion, tranche selon l’avis de Rabbi Yossé, selon qui, dans l’avenir, les enfants adultérins seront purifiés et admis à s’intégrer à l’assemblée d’Israël (Qidouchin 72b). Certains pensent que seuls les enfants adultérins non connus comme tels seront purifiés (Maïmonide, Mélakhim 12, 3, Ran et Tossephot Haroch). D’autres pensent que, pour répondre aux nécessités de l’heure, même les enfants notoirement adultérins seront purifiés (Na’hmanide, Rachba).

[7]. Ceux qui estiment que le mamzer doit, lui aussi, accomplir la mitsva de procréer sont le Ya’avets, dans ses responsa II 97 et le Rav Bentsion Ouziel. Toutefois, il semble que ces auteurs eux-mêmes reconnaîtraient qu’il serait préférable que le mamzer eût des enfants d’une esclave, purifiant ainsi sa descendance. Et bien que, en un tel cas, il n’accomplisse pas halakhiquement le devoir de croître et de multiplier – puisque les enfants nés de cette union ne lui sont pas rattachés généalogiquement –, il n’en accomplit pas moins la mitsva de peupler le monde (lachévet yetsarah : « C’est pour qu’elle fût habitée qu’Il la forma », Is 45, 18), mitsva plus générale et plus grande.

Certains décisionnaires pensent que, bien que le mamzer accomplisse la mitsva de procréer en ayant des enfants partageant avec lui ce statut, il ne devra pas le faire a priori.  Aussi, dans le cas où il n’aurait pas la possibilité de prendre une esclave et de purifier ainsi sa descendance (Qidouchin 69a), il est préférable qu’il n’accomplisse pas la mitsva de croître et multiplier (il pourra épouser une prosélyte ou une femme mamzer stériles, ou qui utiliseront la contraception de manière permanente). C’est ce qu’écrivent le Nétivot Lachévet, Even Ha’ezer 1, 8 et le Min’hat ‘Hinoukh 1, 22. De même, il est démontré, d’après le Talmud de Jérusalem Yevamot 8, 2, que, selon Rabbi Yehouda, on ne marie pas un mamzer à une femme mamzer, afin de ne pas multiplier les cas d’enfants ayant ce statut (Pné Moché, Even Ha’ezer 1, 1).

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