12. Couches, pansements et autocollants

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Il est permis de se servir de couches, le Chabbat, de la même façon qu’en semaine. Certes, il faut, pour en faire usage, coller du papier et le décoller, or nous avons vu que coller du papier est interdit au titre de la mélakha de coudre, de même que décoller du papier est interdit au titre de la mélakha de déchirer. Mais dans notre cas, l’adhésion du papier se fait à l’aide d’attaches auto-agrippantes situées à l’arrière de la couche, qui viennent adhérer à une bande de repositionnement placée à l’avant, et qui peuvent s’appliquer et se détacher de nombreuses fois. Cet acte s’assimile donc au fait de boutonner et de déboutonner un vêtement, ce qui n’est pas interdit. Il n’y a pas non plus lieu de craindre de décoller les attaches auto-agrippantes – ou, dans certaines couches, la bande auto-adhésive –  pendant Chabbat pour la première fois, comme nous le verrons dans la note 9.

On peut également utiliser des couches qui s’attachent au moyen d’une bande adhésive : puisque ce « collage » est destiné à se maintenir un temps limité, de nombreux décisionnaires estiment que, de même que l’interdit de coudre ne s’applique pas à une couture prévue pour un temps limité, de même n’y a-t-il pas d’interdit à coller des couches. Il se peut aussi que, de l’avis même de ceux qui interdisent de coudre et de coller pour un temps limité, on puisse être indulgent s’agissant de couches, car les bandes adhésives des couches sont prévues pour un usage répétitif, afin que, dans le cas où l’on devrait remettre en ordre la couche, on puisse la recoller ; si bien qu’il ne faut pas considérer ce « collage » comme une couture, non plus que l’ouverture comme un déchirement, mais comme l’attachement et le détachement de boutons ou d’une bande Velcro. Toutefois, il est juste d’être minutieux sur un point : les jours de semaines, avant de jeter les couches à la poubelle, on a l’habitude de les refermer au moyen de la bande adhésive, afin d’enfermer la saleté qui s’y trouve ; or ce « collage » est cette fois destiné à se maintenir longtemps, si bien qu’il convient de ne pas le faire le Chabbat[9].

Il est permis de se servir, en cas de nécessité, d’un pansement, car son application sur le corps n’est pas assimilée à une couture. Si c’est nécessaire, on peut aussi coller le pansement sur un bandage, car ce collage n’est destiné à se maintenir que peu de temps (au chap. 28 § 9, nous exposerons la question des pansements et bandages).

Il est permis d’utiliser un marque-page adhésif : puisque un tel marque-page est destiné à être collé des dizaines, voire des centaines de fois, son statut est semblable à celui des boutons ou des bandes auto-agrippantes, auxquels ne s’appliquent pas les interdits de coudre et de déchirer.


[9]. Lorsque l’ajustement de la couche se fait à l’aide d’une bande auto-agrippante, il n’y a aucun motif d’interdit, car ce système est assimilable aux boutons. Cependant, il existe des couches dans lesquelles l’ajustement se fait au moyen de colle, comme étaient les couches d’autrefois. Dans ce cas, la règle applicable dépend d’une controverse entre Richonim : le fait de coudre ou de découdre est-il comparable au fait de nouer et de dénouer ? Car s’agissant de nouer, nous avons pour principe qu’il n’y a pas d’interdit à faire un nœud pour un temps limité, et il n’est pas non plus interdit de le défaire. Selon certains, cette permission s’applique quand le nœud est destiné à se maintenir moins de vingt-quatre heures ; selon d’autres, il suffit que le nœud soit fait pour moins d’une semaine (Rama 317, 1). En cas de nécessité, on peut permettre de faire un nœud destiné à rester moins d’une semaine (Béour Halakha 317, 4 ד »ה שאינם).

 

S’il s’agit d’un nœud qui se maintiendra jusqu’à ce que le propriétaire ou l’acheteur de la chose nouée vienne prendre celle-ci, le Levouch 317, 3 explique que, quand bien même ce nœud durerait plus d’une semaine, il serait considéré comme un nœud temporaire, et il serait donc permis de le faire et de le défaire ; c’est en ce sens qu’il est convenu de trancher (cf. ci-après, note 10).

 

Selon Rabbénou Yoël, le Raavia et le Rachbam, entre autres, coudre et découdre [et donc coller et décoller] ont même statut que nouer et dénouer : il n’y a pas d’interdit à coudre pour un temps limité. Selon Rabbénou Pérets et le Mordekhi, coudre est interdit (rabbiniquement), même pour un temps limité. Le Choul’han ‘Aroukh 340, 7 est rigoureux, mais il semble ressortir du Beit Yossef 317, 3 que l’auteur est indulgent. [Les deux ouvrages sont du même auteur, Rabbi Yossef Caro. Pour résoudre cette contradiction apparente,] le Tehila Lédavid 340, 6 explique que l’auteur est rigoureux quant au fait de coudre, mais indulgent quant au fait de déchirer. Selon lui, telle est aussi l’opinion du Rama. D’autres estiment que le Rama est également indulgent quant au fait de coudre (Chemirat Chabbat Kehilkhata). Partant, il est possible, selon les avis indulgents, de coller la fermeture de la couche et de la décoller, car cette jonction ne se fait que pour un temps limité ; mais c’est interdit selon les tenants de l’opinion rigoureuse. Le Ye’havé Da’at VI 24 écrit, se fondant sur plusieurs A’haronim, que la halakha est conforme à l’opinion indulgente, aussi est-il permis de se servir de ces couches adhésives. Il existe un autre fort motif d’indulgence : puisque cette bande auto-adhésive est conçue de telle façon qu’il est possible de la coller plusieurs fois, ce « collage » ne doit pas être comparé au fait de coudre, mais bien à l’utilisation de boutons ou de bandes auto-agrippantes, avec lesquels il est permis d’attacher et de détacher les pans d’un vêtement (Or’hot Chabbat 11, 36).

Concernant l’ouverture de la partie adhésive lorsqu’on commence l’utilisation, il est permis, si l’on suit l’opinion du Levouch et de ceux qui partagent son avis (cf. note 10), d’ouvrir la couche, bien que plus d’une semaine ait passé depuis que la fermeture a été réalisée en usine. De plus, cette fermeture elle-même ne peut être considérée comme un collage, car l’intention n’est pas ici de réaliser la jonction des attaches et de la bande adhésive, mais seulement de préserver la substance adhésive afin qu’elle ne sèche pas (Chemirat Chabbat Kehilkhata 35, note 67 ; certains exigent cependant d’ouvrir de telles couches avant Chabbat).

 

Une fois que l’on a ôté la couche sale, il est souhaitable de ne pas la refermer, car cette fermeture serait destinée à rester permanente. Malgré cela, nous indiquons seulement qu’il est « juste » de s’en abstenir, car, si l’on considère ce « collage » comme le simple fait de boutonner un vêtement, cela n’est pas interdit. De plus, selon le Rav Chelomo Zalman Auerbach (Chemirat Chabbat Kehilkhata 35, note 67), on peut considérer que cette fermeture est faite pour un temps limité car, en définitive, l’intérêt que l’on a à ce que la couche soit fermée ne vaut que durant le temps où elle se trouve dans la poubelle domestique.

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