03.Que l’ombre soit majoritaire par rapport au soleil

Le sekhakh doit protéger du soleil. Tant qu’il fait écran à la majorité de ses rayons, il est valide, car la majorité est considérée comme l’intégralité (roubo ké-koulo) (Souka 2a). Le lieu où cela se mesure est le sekhakh : si, au niveau du sekhakh, l’ombre est supérieure au soleil, et que, sur le sol de la souka, il semble que le soleil soit majoritaire, la souka demeure valide. En effet, c’est la nature des rayons du soleil que de s’élargir à mesure qu’ils descendent ; mais ce faisant, ils deviennent moins intenses, de sorte que, en vérité, l’ombre de la souka est supérieure à son ensoleillement.

A priori, il est bon que le sekhakh fasse beaucoup d’ombre, afin qu’il soit agréable d’être assis dans la souka, mais que, d’un autre côté, il ne soit pas trop épais, à la manière d’une habitation fixe. En d’autres termes, il est bon, a priori, que l’on puisse voir, à travers le sekhakh, les étoiles la nuit, ou, à tout le moins, le scintillement du soleil le jour. Cependant, a posteriori, même si le sekhakh est entièrement hermétique, au point qu’aucun rayon de soleil ne pénètre par son biais, le sekhakh reste valide (Choul’han ‘Aroukh 631, 3). Et si le sekhakh est hermétique au point que la pluie elle-même ne peut y pénétrer, certains estiment que la souka n’est pas valide, puisqu’elle est étanche comme l’est une habitation permanente (Rabbénou Tam). Il y a lieu de tenir compte de leur opinion. Toutefois, en cas de nécessité pressante, quand il est impossible de clairsemer le sekhakh, par exemple le Chabbat ou le Yom tov, il est permis de résider dans cette souka, et même de réciter la bénédiction sur le fait d’y résider[3].

Si, pour la majorité du sekhakh, l’ombre l’emporte sur l’ensoleillement, mais que, pour une minorité, le soleil l’emporte sur l’ombre, toute la souka est valide ; et ceux-là même qui s’assoient sous la partie clairsemée du sekhakh – où le soleil l’emporte sur l’ombre – peuvent réciter la bénédiction sur leur résidence dans la souka[4].

Parfois, le sekhakh n’est pas posé sur une surface plane, si bien que, pendant une partie des heures de la journée, le soleil est supérieur à l’ombre, tandis que pendant d’autres heures c’est l’ombre qui est supérieure. En pratique, on va d’après le midi solaire : si l’ombre l’emporte alors sur le soleil, la souka est valide ; sinon, elle est invalide. (Il arrive, dans certains cas, que, même si à midi le soleil l’emporte sur l’ombre, on considère le sekhakh comme s’il était plan. Et si, de cette manière, l’ombre l’emporte sur l’ensoleillement, la souka est cachère. Cf. Choul’han ‘Aroukh 631, 5).


[3]. Selon de nombreux auteurs, il suffit a priori que les rayons du soleil soient visibles à travers le sekhakh (Rachi, Ran, Méïri et d’autres). Pour Maïmonide, il faut a priori, que les grandes étoiles, qui se voient le jour, soient visibles la nuit à travers le sekhakh. D’autres pensent que, a priori, il faut que les étoiles ordinaires soient visibles (Baït ‘Hadach, Qorban Nethanel). Dans les contrées froides, il y a lieu d’épaissir le sekhakh, bien que, par cela, seuls les rayons du soleil soient visibles de jour (Maharil, Bikouré Ya’aqov, Michna Beroura 631, 5). Il arrive que des gens essaient de voir des étoiles, la nuit, au travers du sekhakh, et que, n’y parvenant pas, ils s’affligent de ne pas accomplir la mitsva de la manière la plus parfaite (la-mehadrin). Mais en réalité, si le sekhakh est percé de fentes, la souka atteint bel et bien le rang de « perfection » ; et si l’on ne voit pas les étoiles, c’est seulement parce que la souka se trouve dans un environnement éclairé, ou parce que les pupilles ne se sont pas encore habituées à voir dans l’obscurité.

Selon Rabbénou Tam, si la pluie ne peut pénétrer au travers du sekhakh, la souka n’est pas valide. Selon le Roch, Rachi et le Yeréïm, elle est valide. C’est aussi ce qui ressort de tous les autres Richonim, qui n’ont pas mentionné cette condition nouvelle. Plusieurs Richonim et A’haronim écrivent qu’il est bon, cependant, d’être rigoureux conformément à l’avis de Rabbénou Tam. En cas de nécessité pressante, il est permis d’être indulgent, comme l’écrivent le Birké Yossef 631, 2 et le Michna Beroura 631, 6. Cela laisse entendre que l’on peut même réciter la bénédiction, conformément au raisonnement du Radbaz II 229, selon qui, dès lors qu’il a été halakhiquement fixé que la souka est cachère, on en récite la bénédiction, et l’on ne dit point que, « en cas de doute sur une bénédiction, on s’abstient » (c’est aussi ce qu’écrivent le Chévet Halévi VII 60 et le ‘Hazon Ovadia p. 37). Cf. Har’havot.

[4]. La notion de majorité ombragée doit se vérifier à deux égards : a) que, sur la majorité de la superficie du sekhakh, l’ombre l’emporte sur le soleil ; b) que si l’on compte globalement le pourcentage d’ombre et de soleil, l’ombre forme la majorité.

Selon certains auteurs, il faut bien veiller à ce qu’il n’y ait pas d’endroit d’une superficie de sept téfa’h sur sept (53,2 cm²) où le soleil soit supérieur à l’ombre. En effet, puisqu’un tel fragment est important, et que le soleil y est majoritaire, cette partie de la souka serait invalide (Rama 631, 2, Levouch, Choul’han ‘Aroukh Harav). D’autres sont indulgents en la matière (Méïri, et c’est aussi ce que laisse entendre le Choul’han ‘Aroukh). Pour être quitte d’après tous les avis, il faut veiller à ce que la souka ne contienne pas de partie grande de sept téfa’h sur sept où le soleil soit supérieur à l’ombre. Mais a posteriori, cette partie elle-même est cachère, et l’on peut y réciter valablement la bénédiction.

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