10. Temps de Kol nidré; accueil de Kipour par les hommes

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Comme nous l’avons vu (§ 5), c’est une mitsva que d’ajouter une part de temps profane au temps saint, et d’accueillir la sainteté du jour avant le coucher du soleil ; de plus, l’accueil du jour doit se faire par le biais de paroles. Il y a à cet égard deux coutumes, qui sont liées au moment où se récite le texte de Kol nidré.

Certains ont coutume de terminer la récitation de Kol nidré dès avant le coucher du soleil et l’accueil de la sainteté du jour, car la halakha veut que l’on ne délie pas des vœux, le Chabbat[p], à moins que ce ne soit pour les besoins du Chabbat même (Chabbat 157a). De l’avis même de ceux qui estiment que Kol nidré est destiné à annoncer son intention pour l’avenir – intention que toutes les résolutions que nous prendrons sur nous soient bli néder, non constitutives de vœux formels (cf. ci-dessus, chap. 5 § 12) –, il n’y a pas lieu de dire Kol nidré après l’entrée du jour, puisque cette cérémonie ressemble à une annulation de vœux (hatarat nédarim) (Rama 619, 1 ; Michna Beroura 5).

Mais nombreux sont ceux qui ont coutume de terminer la lecture de Kol nidré après le coucher du soleil ; certains, même, commencent cette lecture après le coucher du soleil. Et bien que, selon la halakha, on ne se délie pas de ses vœux le Chabbat, cela devient permis quand cette annulation de vœux répond aux besoins du Chabbat. Or, puisque la récitation de Kol nidré a pour but de se laver de la faute des vœux que l’on prononce à tort, elle répond bien aux besoins de Yom Kipour (cf. Chabbat 157a ; Choul’han ‘Aroukh 341, 1).

En pratique, ceux qui ont coutume de terminer la récitation de Kol nidré quelques minutes avant le coucher du soleil feront bien de prendre sur eux la sainteté du jour au moment de réciter la bénédiction Chéhé’héyanou ; en effet, cette bénédiction exprime notre reconnaissance pour le fait d’être arrivé à ce jour ; dès lors, il est juste d’accueillir, par elle, la sainteté du jour. Certes, lors des autres fêtes, on dit Chéhé’héyanou au moment du Qidouch que l’on fait sur une coupe de vin ; mais à Kipour, on l’on ne fait de Qidouch sur le vin, on dit Chéhé’héyanou à l’entrée du jour (‘Erouvin 40b, Choul’han ‘Aroukh 619, 1).

Cependant, dans la majorité des communautés, on termine le Kol nidré après le coucher du soleil ; aussi faut-il accueillir la sainteté du jour avant cela. Il est en effet certain que la mitsva d’ajouter du temps profane au temps sacré importe davantage que le supplément de perfection consistant à dire Kol nidré avant l’entrée du jour, puisque, si l’on s’en tient à la stricte règle, il est permis de dire Kol nidré après le coucher du soleil. Par conséquent, afin que l’assemblée n’oublie pas d’accomplir la mitsva, il est juste que l’administrateur de la synagogue (le gabaï) proclame à haute voix : « Nous prenons sur nous la sainteté de Yom Hakipourim. » Parfois, l’officiant estime qu’il aura le temps de parvenir à la bénédiction Chéhé’héyanou avant le coucher du soleil, puis, tout en récitant Kol nidré, il s’aperçoit qu’il n’y parviendra pas. Il doit alors s’interrompre afin de proclamer, avant le coucher du soleil, la réception du jour. Ensuite, il poursuivra la lecture de Kol nidré[9].


[p]. Or le jour de Kipour est appelé Chabbat.

[9]. Selon Rabbénou Tam, la récitation de Kol nidré est destinée à déclarer son intention [d’annuler ses vœux] pour l’avenir ; mais on ne saurait se délier de ses vœux formulés au cours de l’année écoulée sans en indiquer le détail. Selon le Roch, par le Kol nidré, on se délie de ses vœux de l’année écoulée, mais il n’y a pas lieu de déclarer son intention quant aux vœux de l’an suivant, afin que l’on ne déconsidère pas les vœux. En pratique, on a coutume, durant la cérémonie de Kol nidré, de se délier de ses vœux passés et de déclarer également son intention pour l’avenir, comme nous l’expliquions au chap. 5 § 11-12. On fait cela pendant le crépuscule, ainsi qu’après la tombée de la nuit, puisque l’annulation des vœux répond aux besoins de Yom Kipour, afin de nous laver du péché consistant à avoir formulé des vœux inconsidérément ; cf. Rivach 394, Kaf Ha’haïm 619, 25, Ye’havé Da’at I 59.  Outre le fait que cette annulation répond aux besoins de Kipour, nous apprenons par ailleurs que, après l’accueil du jour, nos sages ont permis d’enfreindre, pour les besoins d’une mitsva, certains de leurs propres interdits (Pniné Halakha – Les Lois de Chabbat I 3, 4). Or certains auteurs estiment que la règle est la même après que l’assemblée a pris sur elle la sainteté du jour (ibid. note 4). Et puisque l’interdit d’annuler des vœux le Chabbat est rabbinique, et que la présente annulation répond aux besoins d’une mitsva, c’est permis.

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